Culture

Entretien avec l’artiste Mustapha Ayad : «Déjà tout petit, je voulais faire le métier de mon père»

Publié par Djamel BOUDAA le 12-10-2021, 14h54 | 28
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Dans un entretien à DK News, Mustapha Ayad, le fils du grand comédien Rouiched évoque son long parcours,  sa venue au théâtre et parle avec beaucoup de tendresse de son père qui avait au début refusé de voir son fils devenir comédien puis a accepté et appréciant les compétences artistiques de son fils l’a encouragé à toujours aller de l’avant.  

DKNews : pouvez-vous évoquer pour nos lecteurs votre long parcours?
M.A : Adolescent, J’ai intégré en 1965 la troupe théâtrale des Scouts « El Ikbal » d’El Biar et j’ai appris beaucoup . Trois années plus tard, précisément en octobre 1968, j’ai rejoint l’ ex Ecole nationale d’art dramatique et chorégraphique (INADC ) de Bordj El Kiffan où j’ai suivi une formation qui s’est étalée sur quatre années et où j’ai eu d’excellents professeurs, notamment les stars égyptiennes Karam MOUTAWAA, et Saad ARDECHE , Mr SAUVAGEOT , ainsi que madame BENTAMAR .Une fois diplômé, j’ai été recruté automatiquement par le Théâtre national algérien ( T N A ). J’ai intégré cette grande institution culturelle en octobre 1972. A la fin de l’année 1973, j’ai rejoint d’abord le Théâtre régional d’Annaba et de Constantine ( T R A C ), que j’ai quitté en 1976. Après deux années blanches, j’ai réintégré le TNA en 1978 et en 1999 j’ai pris une retraite anticipée. Durant cette période, j’ai monté en association avec la grande comédienne SONIA, Hadria wa El Haouès, pièce avec laquelle nous fîmes une longue tournée à l’échelle nationale, nous avons donné aussi des représentations dans les bases de la SONATRACH. En 2003 ce fut la création de l’association Les amis de Rouiched avec au programme une première pièce intitulée El Bouaboun de ROUICHED (Les concierges) cette pièce mise en scène par Abdelkader Tadjer, se voulait un hommage à l’auteur. Plus tard, nous avons monté une autre de ses œuvres Hassan Terro, dont j’ai assuré la mise en scène et interprété le premier rôle (Hassan ).
Ma carrière s’est poursuivie avec d’autres pièces théâtrales dont Le revizor, En attendant Godot pièces adaptées respectivement des œuvres de GOGOL et de Samuel Becket, Hasna ou Hassan de Benguettaf, Djeha vend son âne de Nabil Bedrane, GALOU larabe ghalou de ziani Cherif Ayad et les martyrs reviennent cette semaine de ziani Cherif Ayad et des téléfilms et feuilletons comme Hassan Taxi et Hassan Nia de Rouiched , HASSAN au maquis de Moussa HADDAD, Serkadji de Hadj Rahim, Assia de Mustapha Kateb, El badra de Amar Tribèche et Zabana, film retraçant le parcours héroïque du grand militant Ahmed Zabana, de Saïd Ould Khelifa, EL BEDRA (1) de TRIBECHE et EL BEDRA (2) de HAZOURLI . J’ai aussi fait de la mise en scène soit en tant que metteur en scène et Co-metteur en scène.

DKNews : revenons un peu à l’Association des amis de Rouiched. Qu’est-elle devenue ? 
M.A : L’Association les amis de Rouiched disparut en 2015 avec la mort de la comédienne et actrice Fatiha Berbère, qui était la présidente de l’association et le membre le plus important de par son charisme, son précieux apport et de irremplaçable travail qu’elle faisait. C’était une artiste très humaine, très altruiste et très généreuse.

DKNews : d'après votre livre "Rouiched:, mon père, mon ami ", comédien est un choix personnel. Comment votre père a-t-il accueilli votre décision de devenir comédien ?
M.A : Au début, il ne voulait pas, il désirait que je suive une formation d’ingénieur à l’Institut des hydrocarbures de Boumerdès et comme je ne voulais pas, je lui avais dit que j’ai passé l’examen et que j’ai échoué. Il ne s’avoua pas vaincu et m’inscrivit dans une école de comptabilité pour que je fasse carrière dans une entreprise étatique ou dans l’administration. En bon fils, j’y ai étudié et obtenu le diplôme de comptable. Diplôme que j’ai mis dans mon tiroir pour ne jamais le sortir, jusqu’à ce jour. 
 Mais le hasard fait bien les choses. Grâce à monsieur Mustapha Kateb, le directeur du TNA, qui était invité chez nous et à qui j’ai demandé secrètement de m’aider à faire du théâtre, car mon père était contre cette idée. J’ignore comment ce grand monsieur a pu le convaincre à m’inscrire à l’Institut national d’art dramatique et chorégraphique. Une nouvelle ère commença pour moi. Mustapha Ayad, « le fils de mon père… Rouiched ». Comprenez par là que depuis que j’étais tout petit je voulais faire le métier de mon père, rien que le métier de Rouiched, l’homme aux mille et un mimes… 

DKNews : comment était-il avec vous sur scène ?
M.A : il se comportait avec moi comme avec les autres comédiens. Il ne me faisait pas de cadeau sur scène, il était, je pense plus rigoureux et plus intransigeant avec moi qu’avec mes collègues. Sur scène, il me considérait comme Mustapha Ayad le comédien, pas comme Mustapha Ayad le fils . il faut souligner que dans le domaine de sa profession, mon père était considéré comme l’homme fort au caractère difficile, perfectionniste, analysant le moindre détail et refusant la plus petite erreur. Il s’imposait à lui-même une discipline stricte au même titre que pour tous les autres. Cette attitude lui a valu le respect de tous. 
 Avec le temps et m’ayant découvert et constaté ma volonté de toujours faire mieux, il fut convaincu de mes compétences et m’encouragea. 

DKNews : vous avez même joué dans une pièce les trois générations de la famille Ayad, c'est- à- dire Rouiched, vous et votre fils « KARIM ». Pourriez-vous nous parler de cette expérience ?
M.A : Nous avons joué tous les trois Rouiched mon père, moi-même et mon fils Karim dans la pièce « EL BOUABOUNE » (les concierges) avec Rouiched comme metteur en scène et moi comme assistant. C’était au T N A en 1994. La première version de cette pièce a été montée en 1970 et la mise en scène était signée Mustapha KATEB. Dans cette pièce, j’ai incarné deux personnages : l’agent de la SONELGAZ et le chiffonnier.

DKNews : Qu’a ressenti Rouiched ce jour-là ?
M.A : Mon père était très fier de voir son petit- fils Karim évoluer à ses côtés sur scène. Mais il n’ignorait pas que c’était la seule et unique fois, car même si Karim était comédien dans le sang, ceci dû sûrement à l’hérédité, et qu’il avait aussi le don de jouer merveilleusement bien presque de tous les instruments de musique, par simple plaisir,,il n’avait cependant aucun penchant pour le domaine artistique. Il était encore au lycée en classe de terminale à préparer son baccalauréat.

DKNews : Et quelle a été la réaction du public de vous voir tous les trois sur scène ?
M.A : Le public était émerveillé de nous voir tous les trois ensembles, car en plus d’être une curiosité, c’était une première. Trois générations d’une même lignée au théâtre, c’était fabuleux.

DKNews : vous n'avez jamais essayé d'imiter Rouiched ?
M.A : L’idée d’imiter mon père ne m’a jamais effleuré. Et même si je le voulais, je ne pouvais pas. Rouiched c’est Rouiched. Il était inimitable. Il avait sa propre personnalité, ses propres gestes, sa propre façon de parler et il était surtout, comment dirais-je naturel quand il jouait un rôle, il était dans la peau du personnage. 

DKNews : ne pensez-vous pas qu'on retrouve en vous cependant un peu le grand comédien qu’était Rouiched? 
M.A : oui je le reconnais ; c’est inné, c’est héréditaire, et même les spectateurs me font la remarque. Bien sûr ! Surtout en début de carrière, tous me voyaient comme lui. Mais j’ai essayé de créer ma propre personnalité artistique, avoir mon propre style, ma façon à moi d’être sur les planches. J’ai toujours voulu faire honneur à Rouiched qui était à la fois mon père et mon ami. 

DKNews : a part vous et votre fils Karim, qui est monté une seule fois sur les planches, il n’y a pas eu d’autres membres de la famille Ayad, qui ont choisi la voie de l’art, particulièrement du théâtre?
M.A : Effectivement, à part moi, personne dans la famille n’a choisi de devenir comédien.

DKNews : est-ce que vous regrettez d’avoir embrassé la carrière de comédien ? 
M.A : Non, je n’ai jamais regretté d’avoir choisi le métier de comédien. C’est un métier fabuleux. On y apprend beaucoup de choses. On côtoie des gens merveilleux et puis il y a le public. Le public est formidable ? Vous vivez par et pour le public et il vous le rend bien. C’est un moment extraordinaire d’être applaudi par le public, d’être salué dans la rue, de voir les gens vous sourire, vous dire des mots très gentils, encourageants. Il faut dire que le public algérien est formidable, il aime l’art, il apprécie le beau et surtout il communique bien avec les artistes. Mon père, qui respectait beaucoup ses fans me disait :« C’est le public qui fait de toi un artiste ».

DKNews : que vous a inculqué Rouiched ?
M.A : Sur le plan professionnel, Rouiched m’a inculqué la rigueur, la discipline, la persévérance, la sincérité, l’amour du travail, l’effort, la volonté de toujours mieux faire et la bonne communication avec les autres comédiens. Sur le plan personnel, il m’a appris le respect, l’honnêteté, la compréhension de l’autre, l’amour de la vérité et de la franchise, la solidarité, la générosité …..Il m’a aussi inculqué l’amour du pays et le nationalisme. 

DKNews : vous avez rendu un hommage à votre père dans votre livre "Rouiched: mon père mon ami, ", vous avez aussi remonté une de ses pièces. Pensez-vous lui organiser un hommage en montant une pièce de Rouiched ?
M.A : Why not ? Si je trouve les moyens nécessaires, j’essayerai d’organiser un hommage avec un riche programme et la participation de nombreux spécialistes du théâtre.
 

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