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Le Pr Mostefa Khiati, chef de service pédiatrie à l'EPH d'El-Harrach et président de la Forem invité du forum de DK News : La résistance aux antibiotiques est due à leur prescription anarchique

Publié par DK News le 23-08-2014, 18h36 | 1644
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Mustapha Khiati soutient que «1 million d’enfants consultent en Algérie pour des maladies. 50 000 sont hospitalisés. La plupart sont traités aux antibiotiques.» 

« Victimes de leur succès, les antibiotiques ont pris le caractère d'une «potion magique» soignant tout, tout de suite... mais ce n'est pas vrai !»Telle est la conclusion qu’on peut tirer. Comment l’antibiotique prescrit devient un agent pathogène ?

Comment une famille de médicaments qui a changé en mieux la santé des populations et des animaux peut devenir un vecteur de maladies ? Le professeur Khiati met en cause la formation continue des médecins prescripteurs : «Il faut savoir qu’après 5 ans, le médecin ne retient que 20% de ce qu’il a appris pour la simple raison que la médecine se renouvelle dans son ensemble au cours de ce laps de temps.

Aux USA et au Japon, il existe un système d’actualisation des connaissances des médecins sanctionné par une licence d’activité qui permet au médecin de poursuivre son exercice de la médecine.» Ce qui n’existe pas en Algérie : «La participation aux séminaires, colloques, congrès ce n’est pas de la formation continue» conteste le professeur.

Coordination

Le professeur Khiati appelle de tous ses vœux l’institution d’un organisme de coordination pour anticiper les effets d’une résistance accrue des bactéries aux antibiotiques, risque que l’OMS a placé au premier rang des préoccupations des politiques de santé dans le monde : il faut d’autre part coordonner les études et les recherches épidémiologiques en la matière.»

Sachant que des jeunes médecins ont réalisé des études en ce sens à Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Constantine, Annaba, Oran, Mila, Aïn M’lila, Alger et Sétif (il existe donc une base pour réunir les conditions et les moyens pour avoir des bases de données sur la résistance des bactéries aux antibiotiques.» S’agissant de l’administration des antibiotiques à des enfants de moins d’un an, les chercheurs ont constaté, sous d’autres cieux «que les risques étaient doublés par la prise d'au moins un antibiotique avant l'âge d'un an.

Le risque est proportionnel aux doses administrées, chaque traitement supplémentaire pendant la première année rendant l'enfant 1,16 fois plus susceptible de développer de l'asthme. Des études rétrospectives ont par ailleurs permis d'établir une corrélation encore plus forte que celle initialement envisagée. Ces données confirment la thèse selon laquelle les antibiotiques, en tuant les bactéries utiles, altèrent l'équilibre de la flore intestinale.»

Flore intestinale

Le professeur Khiati a rappelé que l’intestin est  le lieu où se développe une flore évaluée à «quelque 200 milliards de bactéries. Les antibiotiques détruisent les bactéries responsables de la maladie s’ils sont prescrits avec précision pour traiter la partie malade de la bactérie, soit l’enveloppe ou le noyau ou tout autre partie à soigner.

Une mauvaise prescription, un mauvais dosage, l’arrêt de la prise du médicament avant le terme requis, tout cela concourt à la résistance des bactéries aux antibiotiques et donc à leur innocuité future pour en venir à bout. Et donc «altérer les fonctions immunitaires et causer ou exacerber des maladies telles que l’autisme», est-il écrit. Tout comme il est relevé que «des enfants ayant été traités aux antibiotiques pendant leur petite enfance peuventt développer de l’asthme». Cette affection est «symptomatique de dysfonctionnements immunitaires», d’après la littérature.

Résistance

C’est un facteur des plus dangereux de résistance bactérienne aux antibiotiques, parce que dès que le malade se sent un peu mieux, il arrête de prendre son médicament. Le professeur Khiati rappelle que l’antibiotique se présente avec un rectangle rouge sur la boîte, «il n’est pas  vendu sans ordonnance».  Utilisés à tort dans le cadre de maladies d'origine virale, les antibiotiques perdent leur capacité à soigner certaines maladies bactériennes. Ils sont efficaces contre les bactéries mais ne peuvent rien contre les virus.

Le pneumocoque, une bactérie banale, responsable de la plupart des otites, résiste désormais à la pénicilline, un antibiotique, dans 42% des cas, contre 0,5% en 1984 ! Chez les enfants, son taux de résistance atteint même 60% depuis 2001 ! En Algérie, le bacille de la tuberculose résiste dans plus de 60% des cas ; les infections urinaires et pulmonaires à 50%. «Il est donc important de différencier une infection bactérienne et une infection virale. Les symptômes de ces deux infections sont souvent similaires mais elles ne se traitent pas de la même façon. » 

Les maladies de l’enfance d’origine bactérienne

La scarlatine est une maladie bactérienne à streptocoque. Son traitement : prise d’antibiotiques. La prévention : traitement antibiotique. La coqueluche est une maladie respiratoire bactérienne, due au bacille de Bordet-Gengou.

Elle peut entraîner de graves complications, surtout chez le nourrisson. Une étude publiée en 2011 a, en effet, révélé qu'une trop grande consommation d'antibiotiques pendant l'enfance pourrait être dangereuse pour la santé. L’auteur de cette étude, le Pr Blaser a fait le lien entre l'abus d'antibiotiques et l'augmentation de maladies chroniques comme l'asthme, l'obésité ou le diabète de type 1 (insulino-dépendant) chez les enfants. 

Maladies nosocomiales 

La résistance des bactéries aux antibiotiques reste aujourd’hui un problème majeur de santé publique, comme l’attestent de nombreux rapports publiés de par le monde. La situation apparaît particulièrement préoccupante en milieu hospitalier, où les staphylocoques et certains bacilles, parmi les entérobactéries, sont souvent responsables d’infections dues à des souches multirésistantes. Ces maladies surviennent dans les structures hospitalières ; elles sont la cause d’un million de décès de porteurs du VIH/sida chaque année.

Efficacité

L'efficacité des antibiotiques dépend du bon suivi de la prescription faite par le médecin. Voici 5 règles d'or pour contribuer à préserver l'efficacité des antibiotiques :
1. Veiller à bien respecter la dose et la durée d'un traitement antibiotique.
2. Ne pas arrêter un traitement prématurément. Même si l'état s'améliore, l'antibiotique doit être pris jusqu'au bout.
3. Ne pas donner son traitement à quelqu'un d'autre. Un antibiotique est spécifique à chaque personne.
4. Ne pas réutiliser un antibiotique plus tard, une fois le traitement terminé.
5. En cas de doutes ou d'effets indésirables, demander conseil à son médecin.
En ce qui concerne les antibiotiques, il faut être particulièrement vigilant avec les enfants. 

Mise à niveau

Le professeur Khiati souhaite que les examens en milieu hospitalier pour déterminer quel germe est responsable de la maladie soient effectifs dans les 2 heures. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Une mise à niveau de nos laboratoires, pour un meilleur diagnostic des infections à pneumocoque est nécessaire. L’organisation des observatoires régionaux permettra une meilleure surveillance des infections à pneumocoque. La disponibilité des moyens matériels est indispensable pour atteindre de tels objectifs.

Par O. Larbi


La sonnette d’alarme est tirée

La sonnette d’alarme a été tirée hier au forum du quotidien DK News 
sur la consommation excessive et irrationnelle d’antibiotiques dans 
le traitement de certaines infections.

Le Pr Mustapha Khiati, chef de service pédiatrie à l’hôpital d’El Harrach a averti des dangers liés à l’usage, à tort et à travers des antibiotiques, sachant que cette utilisation excessive diminue de leurs efficacités.

A titre d’exemple, il a mentionné que plus de 50% des bactéries responsables des infections gastriques, urologiques et respiratoires les plus dangereuses ont développé des résistances et ne répondent plus aux traitements classiques.

Il a ainsi fait savoir que d’ici quelques années, les infections banales ne pourraient plus être traitées aux antibiotiques car toutes les bactéries auraient acquis des capacités de défense.Pour ce faire, le Pr Khiati a indiqué que la consommation des antibiotiques devait être contrôlée et leurs prescriptions devaient faire l’objet de critères bien définis.A ce sujet, il a appelé à la création d’un observatoire de suivi des résistances aux antibiotiques ayant pour rôle le répertoire des cas de résistance et la sensibilisation et prévention sur les dérives relatives à leurs utilisations.

Il est donc impératif selon l’intervenant de trouver des solutions efficaces et rapides sur cet état des lieux en faisant appel à tous les secteurs concernés. S’agissant des solutions, le chef de service pédiatrie a recommandé la formation continue des médecins, la prescription de ces médicaments que dans les infections d’origine bactérienne et le recours aux traitements phitothérapeutiques.
Par ailleurs, l’intervenant a cité le recours aux antibiotiques, à outrance, pour soigner les animaux destinés à la consommation, d’où la nécessité du renforcement des contrôles agraires.

En ce qui concerne la prescription médicale, le spécialiste a noté que les dosages et la durée du traitement devaient être respectés. A ce sujet, il a expliqué qu’un sous dosage du traitement participe à la résistance des bactéries ainsi que la langue période de prise du médicament, d’où la recommandation d’une prudence et d’une rigueur.

Pour ce qui est des infections de l’enfant, le conférencier a déploré le fait que pas moins de 50% des enfants admis à l’hôpital ont recours aux antibiotiques de prime abord, alors que les infections ne sont pas causées de tous les cas par des bactéries.
A ce titre, il a recommandé aux médecins de faire preuve de davantage de rationalisme et prudence dans la prescription de ces molécules, sachant qu’il n’y a pas d’antibiotiques de rechange et que toutes les molécules sont déjà sur le marché.

Par Sonia Belaidi 


La résistance des bactéries, causes des maladies infectieuses gastriques, respiratoires et urologiques, est due au recours anarchique des antibiotiques, a indiqué samedi le Pr Mustapha Khiati, chef de service pédiatrie à l'hôpital d'El Harrach à Alger.

Le PrKhiati, également président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), a souligné, lors d'une conférence-débat au forum du journal DK News, que les antibiotique «ne doivent être prescrits qu'en cas d'infection à origine bactérienne et selon des critères bien déterminés», rappelant qu'il «n'y a pas d'antibiotiques de rechange à l'heure actuelle», et que «toutes les formes moléculaires sont déjà commercialisées».

Il a noté, à ce titre, que «50 à 60% des bactéries, responsables des infections les plus dangereuses, à l'instar de la tuberculose, ont développé des résistances, en raison de la consommation abusive de ces médicaments et du non-respect des dosages et des durées des traitements». A ce sujet, il a relevé que «50% des enfants admis annuellement à l'hôpital ont recours aux antibiotiques», qualifiant ce pourcentage d'«énorme et irrationnel».

Le même spécialiste a préconisé le «contrôle rigoureux» des médicaments commercialisés en Algérie pour qu'ils soient conformes aux standards internationaux. A propos de la flore intestinale, le Pr Khiati a relevé que les antibiotiques «éliminent les bactéries utiles à la digestion et fragilisent par-là même le système digestif».

Au plan vétérinaire, il a préconisé un «contrôle plus rigoureux» de l'utilisation des antibiotiques chez les animaux, soulignant que leur consommation participe aux résistances bactériennes chez l'être humain. Par ailleurs, l'intervenant a suggéré la création d'un observatoire national de suivi des cas de résistance aux antibiotiques en vue de sensibiliser sur les dangers de l'usage fréquent de ces molécules. 

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