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Le chef de service chirurgie thoracique au CHU de Bab El Oued, la Pre Karima Achour invitée hier du forum de dkNews - Cancers bronchiques et pneumologiques : 20 chirurgiens pour 40 millions d’Algériens

Publié par DK News le 18-01-2015, 18h59 | 251
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Cancer bronchique et pneumologique (CBP). On l’appelle plus simplement cancer du poumon. Appellation simple, mais combien effrayante. Déstabilisante. Reçue comme un choc, elle annonce une fin prochaine de parcours.

Le mot cancer est déjà suffisamment porteur de danger. Quand lui accole celui de « poumon », c’est le désarroi, la certitude que rien ne va plus.  Et pourtant, ajouta la professeure Achour Karima, on ne peut pas dire que celui qui en est atteint ne savait pas.

La professeure Achour Karima était hier l’invitée du Forum de DK News. Pour animer une conférence débat avec la presse sur le thème du cancer bronchique et pneumologique.  Elle est chef de  service chirurgie thoracique au CHU Bab El Oued.  

Nul fumeur n’est censé ignorer que le tabac tue. La professeue dit que le cancer du poumon est appelé la « mauvaise blague ». Pourquoi mauvaise blague ? Sur le paquet de cigarette la mention «tue» est bien visible et lisible. 

Ou bien d’autres mentions équivalentes. Du moment que le fumeur sait car il lit, pourquoi accepte-t-il de courir le risque ?  Il devrait connaître d’autres chiffres pour se dissuader de fumer. Sur 100% de fumeurs atteints de cancer, 85% décèdent dans les deux années qui suivent le diagnostic, sans passer par le chirurgien.

Qu’en est-il des 15% restants qui subissent l’opération chirurgicale, 10% décèdent tandis que les autres 5% survivent au maximum 5 années. Alors , pourquoi continuer à fumer tout en sachant ce qui les attend ? Peut-on appeler ça un suicide ?

Le fumeur devrait encore savoir qu’il n’y a pas que lui qui est exposé du fait qu’il sera «victime» d’un tabagisme actif. Le tabagisme passif tue lui également. Le fumeur expose au cancer ceux qui font partie de son entourage constant, les collègues de bureau , sa propre famille. Sur dix personnes faisant partie de son entourage, le tabagisme passif en expose trois.  Même si quelqu’un ne fume pas, la fumée peut le contaminer.

Il  y a encore pire. Fumer un paquet importé par la contrebande équivaut à fumer  40   paquets de production nationale.  Attention, il ne s’agit pas de publicité. C’est mourir plus vite que de fumer «contre-bande». Le danger existe dans les deux cas.

Et ce n’est pas fini. Il y a une nouvelle habitude qui s’ancre chez les jeunes. Il s’agit de la «chicha» ou  «reguinla». Fumer une dose revient à fumer l’équivalent de 2 paquets de cigarettes.  Il y a toujours la question inévitable. Quelle politique de prévention ? La professeure place la lutte contre le tabagisme au cœur de la politique de prévention.

Tout est consigné dans le plan cancer dont est chargé le professeur Zitouni. C’est un plan global qui concerne toutes les formes de cancers. Le plan a été remis au président de la République et la réponse est attendue depuis. Mais, il y a encore beaucoup plus important.

C’est le grand déficit en matière de prise en charge des cancers bronchiques et pneumologiques. Les chiffres sont parlants.

Pour 45 millions d’habitants, en Algérie il n’y a que quatre centres de prise en charge en la matière. Et plus encore il y a seulement une vingtaine de chirurgiens thoraciques, soit la moyenne de un chirurgien pour deux millions et demi d’Algériens.

Par Said Abjaoui


Toute une vie qui part en fumée : Le premier cancer par sa fréquence en Algérie

Le cancer bronchique et du poumon est le plus important cancer par sa fréquence en Algérie et est causé principalement par la fumée du tabac  et du narguilé, a indiqué, hier, le chef de service chirurgie thoracique au CHU de Bab El Oued, Pre Karima Achour.

Invitée hier au forum du quotidien DK News pour aborder un sujet d'actualité : «Les cancers bronchiques», la Pre Achour a tiré la sonnette d'alarme sur les dégâts importants causés par la cigarette.

A ce sujet, elle a noté que 99% des cancers du poumon sont causés par la fumée de cigarette et 1%  de ces cancers sont dus à des causes intrinsèques et physiologiques.Dans le même ordre d'idées, elle a prévenu de la nocivité extrême de la cigarette algérienne qui est issue, dans la plupart des cas, de la contrebande et provoque des dégâts dix fois plus importants que la cigarette étrangère.

«Un paquet de cigarette algérienne est l'équivalent en matière de toxicité de dix paquets de cigarette étrangère», a alerté la specialiste. En ce qui concerte le  narguilé, elle a aussi averti de son extrême toxicité, notant que la consommation d'une dose de chicha produit le même effet que 40 cigarettes (2 paquets de cigarettes).

Par ailleurs et s'agissant de la conséquence du tabagisme, elle a indiqué que 80% des malades atteints du cancer du poumon meurent dans les cinq ans qui suivent le diagnostic.La chirurgie et la radiothérapie ne sont pas efficaces La spécialiste a aussi ajouté, à ce titre, que la chirurgie et la radiothérapie n'était efficace que dans moins de 10% des cas et que la prévention reste le meilleur moyen d'éviter cette pathologie dangereuse.

« Les malades atteints de ce cancer meurent dans des conditions affreuses et douloureuses et les antidouleurs n'ont plus d'effet à partir d'une certaine dose », a-t-elle noté à ce propos.S'exprimant sur le nombre de cas recensés annuellement, l'intervenante a fait savoir qu'il n'existe pas de registre national indiquant l'incidence de la maladie, appelant ainsi à créer des registres dans chaque structure et à les amonceler tous les deux à trois ans.

Au vue d'accueillir les malades, elle a également recommandé la création de centres en chirurgie thoracique et la formation du personnel médical aux traitements des cancers bronchiques.
S'agissant de la prévention, elle  a conseillé plus de rigueur et de sévérité dans l'application des lois anti-tabac, notamment l'interdiction de fumer dans les lieux publics, précisant que le tabagisme passif nuit à la santé à même hauteur que le tabagisme.

Elle a donné comme exemple les mesures répressives en Angleterre qui consistent à refuser de porter assistance médicale aux fumeurs et ce qui a permis de réduire considérablement le nombre de fumeurs.

Notons également que les enfants sont très influençables par leur entourage, elle a appelé les parents et les enseignants à ne pas fumer devant les enfants afin de donner le bon exemple.

Par Par Sonia Belaidi


La prévention systématique économiserait des centaines de milliards et de vies humaines

Karima Achour, professeure, chef de service chirurgie thoracique au CHU de Bab El Oued est longuement intervenue au Forum de DK News sur les cancers bronchiques et pneumologiques.

« Si la prise en charge thérapeutique est mise en place tôt, c’est à-dire la chirurgie associée à un traitement par adjuvant, les chances de survie augmentent sensiblement» a expliqué la Pre Karima Achour, chirurgien thoracique à l’hôpital Mustapha, mais pas au-delà de 5 ans.

«Il n’y a pas actuellement de moyens d’exploration fiable pour le dépistage précoce du cancer du poumon» a attesté la professeure qui signale que le service qu’elle dirige à Bab El Oued est encore en développement.

Généralement, c’est fortuitement, à l’occasion d’une consultation pour une tout autre pathologie, que le cancer du poumon, qui évolue insidieusement sans signes cliniques, est découvert. Si la chance est du côté du patient, la maladie est encore à ses débuts. La chirurgie est alors la première indication. Au stade avancé du cancer du poumon, il n’y a pratiquement rien à faire pour le malade :

« La mort est certaine dans les 5 ans dans d’atroces souffrances. Un fumeur de 2015 sera un cancéreux dans 10 ans ! Les taxes fixées par l’Etat  ne couvrent pas un centième du coût  du traitement d’un cancer broncho pneumologique : ce sont des centaines de milliards par an dépensés dans des soins qui ne sauveront pas la vie du fumeur ou de celui qui a subi passivement les fumées du tabac en quelque endroit que ce soit».

La professeure dénonce l’absence d’enquêtes épidémiologiques : «  Nous ne savons pas combien il ya de cancers, ni le suivi des dossiers des malades fumeurs. Il n’y a que 4 services de chirurgie thoracique en Algérie et seulement 30 chirurgiens pour une population de 38 millions ! »

Le tabagisme provoque aussi le cancer du larynx, de l’estomac, de la sphère ORL, de la vessie… mais «  qui s’occupera des kystes hydatiques ? Des lésions tuberculeuses qui nécessitent des opérations chirurgicales ? », s’écrie Karima Achour.

Rapports

« Nous écrivons des rapports qui sont transmis par la voie hiérarchique aux autorités compétentes. Ces rapports n’ont aucune suite pour la prise en charge des problèmes de santé publique comme le cancer broncho-pneumologique. »

Mme Achour est effarée par l’écart entre les intentions et l’effectivité des politiques arrêtées notamment en matière de prévention. La cause la plus fréquente du cancer broncho-pulmonaire est le tabagisme, responsable de 13 500 cas. « C’est un grave problème de santé publique.

La prévention doit s’adresser à la jeunesse, à la protection des non-fumeurs exposés, à l’interdiction de fumer sur le lieu de travail et dans les lieux publics. Faire interdiction absolue aux médecins, infirmiers de fumer sur leur lieu de travail». Les lois existent : il suffit de les appliquer !

« De façon drastique souligne -t-elle. L’augmentation de la taxe sur les tabacs n’est pas dissuasive : impliquer plus les entreprises de production de tabac, détruire le tabac de contrebande  informer plus sur les méfaits du tabac, ouvrir des centres de sevrage, associer les autorités, les associations, les parents d’élèves.

La prévention par tous les moyens est une obligation car dans le cancer broncho-pneumologique les chances de survie sont très minces pour la simple raison que la maladie est découverte, dans 80% des cas selon les spécialistes, aux stades 3 ou 4. En clair, quand la médecine n’y peut plus rien ou très peu ; le malade, qui décède dans les douze mois, avec un bon pronostic.

Stadification et cartographie

Bien que le débat ait focalisé sur les dangers et la prévention, il est important de rappeler que la professeure Achour a une maîtrise incontestable des moyens de diagnostic et de chirurgie du cancer broncho-pneumologique :  « Le diagnostic précoce du cancer du poumon est difficile, les symptômes n’apparaissant que lorsqu’il atteint la plèvre ou la paroi thoracique ou qu’il entraîne des métastases. Pour connaître la progression du cancer la technologie s’est substituée à la chirurgie :

Tomodensitométrie, Imagerie à résonnance magnétique ont joué un rôle, mais c’est surtout le TEP(tomographie par émission de positons) qui a pris une place déterminante dans l’évaluation et la stadification des cancers.

C’est une technique d’imagerie fonctionnelle qui évalue le métabolisme plus spécifique de la tumeur en utilisant comme traceur, le 18F-FDG (18 fluero desoxy glucose) qui entre en compétition avec le glucose et s’accumule dans les cellules cancéreuses, en permettant leur visualisation». « Cette technique permet un diagnostic à 92% mais sans affirmer la nature maligne des lésions !

L’histologie est appelée à confirmer l’état réel soit par des techniques non chirurgicales comme l’écho-endoscopie bronchique et œsophagienne pour la localisation précise des ganglions à ponctionner tout n sachant que leur valeur prédictive est faible.

L ‘autre voie est chirurgicale médiastin-scopie, médiastinotomie, ou la thoracovidéoscopie qui permettent d’obtenir une cartographie des ganglions du médiastin presque complète » détaillait la professeure dans une communication scientifique.

Ce préalable à la prise en charge d’un cancer broncho-pulmonaire est la base « pour la localisation et l’extension anatomique de la tumeur ; elle sert à évaluer l’extension de la maladie cancéreuse à divers moments de son histoire et permet un regroupement par stades, à caractère pronostic». 

Karima Achour, professeure de chirurgie thoracique, chef de service au CHU Bab El Oued a animé un Forum de prévention. Avec fougue. Avec courage. La santé publique a besoin de se hisser au niveau des exigences du siècle.

Par O. Larbi


A retenir ...Manque de moyens et de ressources humaines: 20 chirurgiens pour 40 millions d’habitants

Avec une vingtaine de chirurgiens thoraciques pour une population estimée à plus de 38 millions d’habitants, la prise du cancer du poumon enregistre un déficit très important en matière de moyens d’infrastructures mais aussi de ressources humaines.

«Les rendez-vous donnés aux patients sont très éloignés et ce n’est pas de notre faute. Actuellement je suis au CHU de Bab El Oued, on ne dispose pas encore d’un centre de chirurgie thoracique digne de ce nom. Normalement un service doit être mis à la disposition de mon équipe. Les moyens actuels nous obligent à trier les patients opérable avec une moyenne de deux interventions par semaine» a déclaré le chef de service  chirurgie thoracique du CHU de Bab El Oued.
Leurs effets


Sont 10 fois plus dévastateurs : Les cigarettes algériennes ultra-toxiques !
 
Un demi-siècle après sa découverte, le cancer du poumon tue toujours autant dans le monde. D’après les spécialistes, l’apparition de la maladie est liée à 99% au tabagisme. Toutefois, la toxicité des cigarettes diffère d’une marque à une autre. Selon la Pre Achour, les cigarettes algériennes sont 10 fois plus nocives que les cigarettes importées de l’étranger.

Fumer la chicha revient à fumer 2 paquets de cigarettes. «Un jeune qui a fumé sa première cigarette à l’âge de 12 ans risque de finir avec un cancer du poumon à l’âge de 30 ans.Même si le degré de toxicité diffère le résultat reste le même avec au bout une mort certaine pour 85% des malades diagnostiqué de ce cancer» a-t-elle souligné.  


Pour diminuer le nombre de fumeurs : Le cancer du poumon n’est pas pris en charge par la sécurité sociale en Angleterre  

Devant l’ampleur du phénomène et le coût très élevé de la maladie, les autorités anglaises ont pris une surprenante décision en choisissant de ne plus prendre en charge les malades atteints du cancer du poumon.

«D’après les Anglais, les citoyens sont depuis les années 50 au courant des effets nocifs du tabac. En partant de ce principe, chaque citoyen est responsable de lui-même en cas de survenue d’un cancer du poumon. Cette politique a permis à l’Angleterre de diminuer de manière drastique le nombre de fumeurs et de cancer du poumon dans le pays».     

Par Rachid Rachedi

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