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Au forum de dk news - exode des cerveaux : Encourager les retours , décourager les départs un double défi

Publié par DK News le 14-02-2015, 19h41 | 134
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La fuite des cerveaux ou l’exode des cerveaux. Phénomène qui a longtemps hanté l’esprit des pouvoirs publics. Tant les présidents que les gouvernants qui se promettaient à la fois d’y mettre fin et de réunir les conditions pour que les cadres qui ont quitté le pays puissent trouver ici, dans leur pays, les facilités nécessaires à leur réinsertion.

Promesses difficiles à exaucer. Alors, autant créer les conditions pour retenir chez eux ceux qui ne sont pas encore partis et mettre fin à cette hémorragie de compétence. Double défi, encourager les retours et décourager les départs. Double défi qui demande encore à être relevé. A la fin années 80, une décision fut prise de mettre en retraite les cadres supérieurs de l’Etat qui cumulaient au moins 20 années dont dix par décret. Ainsi, des quadragénaires ont été mis à la retraite.

Puis, une décision fut prise d’élaborer le fichier central des cadres,  précocement retraités, pour les affecter et les cadres «marginalisés» aux postes où ils seraient rentables. La survenance de la tragédie nationale avait permis d’ajourner le recensement et les placements. Ne restait plus en place que le projet à concrétiser de la réinsertion des cadres installés à l’étranger.

Des cadres restés au pays tirent la sonnette d’alarme. Il serait plus urgent de s’occuper d’eux pour les empêcher céder à la tentation de rejoindre leurs aînés à l’étranger. Le développement du pays a besoin de toutes ses compétences, tant celles installées en Algérie que celles qui se sont «exilées» à l’étranger.

Comment utiliser les compétences nationales installées à l’étranger au service du développement du pays ? Quel rôle doivent jouer ces compétences nationales dans la relance du développement du pays ? Un défi aux enjeux difficilement gagnables. Le Forum de  DK News a reçu hier trois éminents spécialistes , à savoir le Professeur Mustapha Khiati, chef du service pédiatrie à l’EPH El Harrach, Président de la Forem, M. Mustapha Benyahia, président de l’association algéro-danoise, et Madani Ameur, consultant aux Emirats arabes unis.

Le professeur Khiati subordonna d’abord la réussite de ce projet portant sur la contribution des compétences nationales à l’étranger à l’existence d’une volonté politique. Les deux autres conférenciers sont également du même avis. La volonté existe. Mais cela ne suffit pas. Le professeur Khiati en énuméra les préalables.

Il faut d’abord un fichier des compétences nationales exerçant à l étranger. Ensuite, il faudrait une ouverture aux compétences et dans quel cadre. S’ouvrir à quels secteurs ? Il faudrait ensuite placer le dossier auprès du Premier ministre pour lui garantir les conditions du succès et de l’efficacité ; le dossier bénéficiera ainsi d’une haute attention.

Peut-on dire que l’Algérie est victime de la politique de discrimination positive prônée par exemple par la France à l’endroit de nos cadres candidats à l’émigration «professionnelle» ? Une attention particulière est apportée à la compétence  de nos universitaires et  de nos cadres qui sont très appréciés à l’étranger.

Cela n’empêche pas, selon Madani Ameur, «de mettre le paquet sur nos diplômés» restés  en Algérie. Il ne faut pas oublier que l’Algérie supporte tous les coûts de la formation du primaire jusqu’à l’université. C’est tout bénéf pour les pays d’accueil. Ils sont d’une valeur inestimable. Citons un cas au moins, Le professeur Lyès Zerhouni qui a eu à gérer 30 milliards de dollars pour  un laboratoire de recherche fort connu aux Etats-Unis.

Les experts Algériens d’origine sont éparpillés un peu partout dans le monde. 12 000 au Qatar, des milliers aux Etats-Unis, en France, en Malaisie. Il faut trouver les moyens de leur coopération ou de leur insertion, d’autant que leur cœur bat pour leur pays. Ils veulent être utiles et reconnus comme tels. M. Mustapha Benyahia insiste sur les conditions à réunir pour leur accueil, d’autant qu’il y a un réel engouement pour le retour au pays.  

Par Said Abjaoui


Bureaucratie, le mal absolu

Il est des circonstances qui éclairent le passé et le futur possible d’une nation. Pour cela, il est nécessaire de savoir créer un débat. Le lieu qui en est l’illustration publique pour l’opinion demeure le Forum.

Les personnalités invitées, hier, au Forum de DK News ont apporté leur intelligence, leur savoir et leur intégrité à ce qui est devenu un acte cathartique : le professeur Mostefa Khiati, chef du service pédiatrie de l’EPH d’El Harrach, le docteur Benyahia Mustapha, président d’une association algéro-danoise ont, avec M. Madani Ameur, ancien journaliste à l’Entv et consultant aux Emirats arabes unis, mis le savoir et la technicité au-dessus de tout autre considération.

Richesses connues et inconnues

«Nous avons les chiffres des richesses matérielles, du patrimoine ; nous connaissons même les réserves du pétrole, du gaz, et d’autres ressources. Connaît-on le patrimoine le plus important ? Les compétences algériennes ?

Celles qui sont ici et à l’étranger» s’interroge Madani Ameur. Le professeur Khiati avait dressé un état des lieux en rappelant la préoccupation affichée, notamment en organisant des universités d’été qui avaient traité du sujet, à savoir : «Le rôle des compétences nationales à l’étranger dans la relance du développement local. »


Deux millions de nos concitoyens sont installés à travers les continents, 500 000 d’entre eux sont des compétences avérées. Qu’elles aient gardé leur nationalité d’origine ou non, ces compétences dans les domaines les plus pointus sont, certainement, disposées à contribuer au développement de leur pays, l’Algérie, dans les formes qui doivent être étudiées. »

Connaître et respecter

« Quatre actions incontournables : recensement  général des compétences algériennes à l’étranger, adapter la réglementation pour asseoir le cadre de leur intervention, assurer un climat pour l’accueil, un environnement positif, des conditions d’accueil et de rétribution aux standards internationaux. Exploiter au mieux les compétences en signant un contrat en bonne et due forme qui laisse l’initiative à l’intervenant, sans obstacle bureaucratique. »

Compétence, intégrité, performance

Ce qui a été ébauché par le professeur est précisé par Madani Ameur. Il informe que 12 000 Algériens vivent aux EAU, «c’est un Algérien qui a créé la Compagnie de navigation aérienne de ce pays, un autre était l’organisateur de la pétrochimie (née après la Guerre de Ramadhan de 1973) l’Algérien Hamrakraoua était considéré comme une compétence supérieure,  respecté et honoré jusqu’à son départ en retraite) et je viens d’apprendre que 5 000 ingénieurs  ont été recrutés récemment, et perçoivent des salaires de 15 000 euros par mois.»

«Dubaï est un Etat qui n’a pas d’argent comme le laisserait penser son développement : l’intelligence de ses dirigeants est de mettre le savoir et la technicité au premier rang et de ne plus intervenir avant les réalisations des projets. Ils éliminent dès le début les empiétements de la bureaucratie sur le technique. Quand la première pierre du plus grand édifice de Dubaï a été posée, il y a eu le lancement d’une enchère pour acheter la première nuitée dans les chambres d’hôtel en construction…»

Les anecdotes de Madani Ameur ont un sens : tout ce que l’on peut demander à une compétence, c’est de proposer un projet, demander les conditions de sa réalisation, l’existence d’un environnement non parasité et la non-intervention de personnes étrangères au bon déroulement de ce projet.

Ces conditions sont-elles «folles» ?

Le professeur Khiati raconte qu’il a rencontré des contremaîtres de la Sncf qui seraient prêts à mettre leur savoir et leur expérience au service du rail algérien : «J’en ai parlé à des responsables des transports qui m’ont répondu qu’ils n’en avaient pas besoin.»

Les rencontres du professeur à Singapour, Kuala Lumpur, Québec sont instructives : «Les innovateurs, les inventeurs sont nombreux et réussissent partout où leur esprit d’initiative n’est pas bridé.»

Madani Ameur reprend la parole pour «insister sur la mise en valeur des jeunes diplômés algériens, ceux formés par les universités nationales… On demande à ces jeunes de l’expérience pour avoir un emploi. Tout cela est dépassé dans le monde de l’économie de la connaissance, sachant que l’université forme des éléments capables d’occuper les postes pour lesquels ils ont été formés dès le premier jour de remise des diplômes !

Je suis également d’accord pour dire que pour que la jeunesse soit aux postes de responsabilités, il faut qu’il y ait une activité de grande ampleur et de grande intensité. Quand Boumediene dirigeait l’état-major de l’ALN, il avait 29 ans, Benyahia guère plus…»

Après 1962, les plans de développement ont mis les jeunes devant les défis du moment : maîtriser le saut technologique et sociétal induit par le pouvoir politique. Lors de la nationalisation des hydrocarbures, les ingénieurs et techniciens algériens ont pris la relève des étrangers et ont réussi la gageure de continuer la production sur tous les sites pétroliers et gaziers.

L’humain

Messieurs Khiati et Ameur ont mis en évidence les exigences du management moderne, efficace, ont récusé la prétention des bureaucrates à tout régenter, si «ce n’est que pour conserver des privilèges».
Il s’agirait d’ouvrir les portes et les fenêtres, «l’amour de l’Algérie, de la patrie est le garde-fou suprême.»

L’intervention du docteur Benyahia, installé au Danemark, s’est articulé sur la différence de comportements avec le patient, le malade. «Au Danemark, les malades ont des droits, sont informés de tous les actes qui les concernent, ont des  recours, dont celui des associations qui les accompagnent pour rétablir leur droit si celui-ci est lésé. Il y a des questionnaires remis au patient qui permettent d’apprécier la qualité des soins et les conditions de prise en charge. Ici, il n’y a rien… »

Et pourtant, une Académie de médecine existe au Boulevard Krim Belkacem dont l’une des missions est de défendre les droits des malades. Cette intervention fait le lien avec celles des deux autres intervenants : il est temps de créer les conditions pour que tous les Algériens participent au développement de leur pays, de leur nation.

Par O. Larbi


40 000 médecins ont quitté l’Algérie depuis 1962

Selon le Dr Khiati, l’Algérie a formé  depuis l’Indépendance plus de 10 000 médecins. «60 000 de ces praticiens sont restés pour exercer leur profession en Algérie alors que 40 000 ont choisi de quitter le pays».

«En France, il y aurait près de 12 000 médecins algériens. 3 000, reconnus par l’Ordre des médecins français exerceraient en tant que médecins. Les autres travaillent comme infirmiers ou médecins de garde» a souligné le président de la Forem.


Formation médicale : L’Université algérienne n’a rien à envier à celles européennes

La qualité de la formation en médecine prodiguée par l’Université algérienne est la même que celle dispensée par les grandes universités européennes, a indiqué hier le Dr Benyahia Mustapha, président de l’Association algéro-danoise. «Après avoir obtenu mon diplôme dans les années 90, je suis parti dans le Sud pour trouver un emploi.

Après un certain temps, j’ai quitté le pays pour la France. Moins d’une semaine après mon arrivée, j’ai pu décrocher un poste au sein du service des urgences d’un hôpital parisien. Quelque temps après, j’ai pu grâce à la formation acquise en Algérie, établir un diagnostic qui m’a valu la reconnaissance de l’une des plus grandes sommités du domaine médicale en France», a indiqué le Dr Benyahia.


12000 Algériens établis aux Emirats arabes Unis

D’après M. Madani Ameur, ancien journaliste et consultant aux Emirats arabes unis, l’Algérie dispose d’un capital de savoir inestimable qui, faute d’une «réelle volonté politique de l’exploiter», se tourne vers l’étranger où les conditions de travail et de vie sont les meilleures. «Dernièrement, 5 000 ingénieurs de Sonatrach ont quitté l’entreprise vers le Golf où un salaire de 15 000 euros et un environnement de travail adéquat leur ont été accordés.

La même chose est arrivée à la compagnie nationale du transport aérien, Air Algérie. 75 de ses pilotes ont rejoint la compagnie Qatar Airways. En tout, il y aurait près de 12 000 cadres algériens travaillant et faisant le bonheur actuellement des Emirats arabes unies», a indiqué M. Ameur.
Par Rachid Rachedi

 

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