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M. Habib Yousfi, président de la Confédération générale des entrepreneurs algériens (Cgea) : Nous avons les moyens de notre politique industrielle

Publié par DK News le 06-04-2015, 19h15 | 92
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Invité à donner son point de vue sur «la participation du secteur privé au développement, le pacte économique et social, le développement des wilayas du sud du pays», Habib Yousfi a, très à l’aise, répondu aux questions des journalistes présents au Forum de DK News. Son expérience permet la hauteur de vue et ses capacités d’éclairer sur l’action nationale en matière économique.

Habib Yousfi a donné une visibilité mondiale au patronat algérien : en Afrique, au sein de l’OIE (Organisation internationale des entrepreneurs), de l’OIT (organisation internationale du travail) en engageant les entrepreneurs algériens dans une vision moderne de l’entreprise respectueuse des droits des travailleurs qui sont des droits de l’Homme.  Il affirme que «les droits sociaux ont pour base l’économie, la production de richesses.»

Autorité morale

La participation de la Cgea (Confédération générale des entrepreneurs algériens) aux tripartites a contribué à l’adoption de décisions qui n’ont pas été toujours suivies d’effet. Il n’en reste pas moins que ce partenariat a servi à rapprocher les points de vue des différentes parties, le partenariat finissant par reconnaître le rôle décisif du secteur public dans la protection des acquis économiques, industriels et de création d’un espace culturel favorable à l’entreprenariat, au recul de l’économie informelle et de la bureaucratie.

Lors de la dernière Tripartite, Habib Yousfi était à la droite du Premier ministre, choisi par les organisations patronales pour les représenter et parler en leur nom. Ce n’est pas seulement symbolique, c’est une reconnaissance du long parcours d’un homme qui a construit les briques du débat sur les rôles respectifs de l’Etat et du secteur privé :

si, aujourd’hui, on parle de plus en plus d’économie nationale, on le doit à la politique de mobilisation de toutes les forces dans un contexte économique et géostratégique mondial de remise en cause des intérêts nationaux au profit de l’entreprise transnationale.

En reconnaissant le «rôle historique important de l’Etat» qui dispose de ressources financières qui ont servi à la mise en place d’infrastructures sans «  recourir à l’impôt». L’Etat algérien a démontré (au FMI et à la Bird) ainsi qu’aux autres institutions financières internationales «  que les ressources en hydrocarbures, sont une chance et non une malédiction » et qu’elles «  peuvent être utilisées pour financer l’accroissement du capital physique et humain afin de soutenir la croissance économique. »

Le patronat algérien est bien conscient que sans cette démarche de l’Etat, l’Algérie  serait encore très retardataire, son propre développement précaire.

Valeur ajoutée

Au lieu de cela, les investisseurs privés peuvent compter sur l’Etat pour entreprendre dans des secteurs qui produisent de la valeur ajoutée. Ce qui signifie, qu’aujourd’hui, la PME algérienne subsiste en créant des emplois, du capital de matière grise et des produits qui répondent à la demande du marché.

Le recul des pratiques administratives et bureaucratiques et de corruption libéreraient l’initiative, mais les entrepreneurs sont réticents à opter pour les secteurs  suivants : agriculture, tourisme, pharmacie, industrie métallurgique et sidérurgie, informatique et services, transport, notamment.

Le président de la Cgea tient à rendre hommage au ministre de l’Habitat et de l’urbanisme qui a « une short-liste » de tous les investisseurs du bâtiment afin de les associer au programme de réalisation des logements. «  Mais c’est le seul ! » M. Yousfi rappelle que le problème du développement est lié à la mise en œuvre des décisions des Tripartites, «il faut que le comité de suivi, mis en place soit efficace, qu’il se réunisse… »

En substance, M. Yousfi tient à une contribution concrète du privé national au développement : «  Que les grandes entreprises nationales et étrangères soient tenues d’associer, dans un cadre de sous-traitance, les PME algériennes.

Il y a des barrages qui sont en construction, cela demande du béton ; des entreprises locales sont capables d’en produire et de le livrer…» «On nous oppose toujours le même refrain : les délais de réalisation, comme si le privé entravait le développement » s’exclame le président de la Cgea.

Pouvoir et devoir

Il ajoute : «Comment accepter que le montagnard vive comme il y a deux siècles et le citadin bénéficie de tous les avantages de la modernité ? Je suis pour une juste répartition des richesses. » Habib Yousfi est pour qu’un mouvement de fond booste la pratique de toutes les sphères économiques en Algérie « sinon le risque est grand de perdre l’autonomie de décision qui fait la force des nations.»
Il est urgent de mobiliser toutes les forces vives pour une agriculture «qui nourrisse tous les Algériens. Nous avons les moyens de le faire. Nous devons le faire.»

Réagissant à «Thalassa » (la mer) consacrée à l’Algérie par France 3, M. Yousfi appelle à un sursaut pour dynamiser le secteur du tourisme.S’agissant de l’industrie, il observe que le privé est bien installé dans les industries de transformation.

«  Mon souhait est que l’on profite des conditions offertes par les ressources financières pour activer la dynamique de création d’emplois par les entreprises agro-industrielles, les PME du BTP et les secteurs de technologies innovantes.»

Les efforts de l’Etat pour la mise à niveau des entreprises et plus particulièrement les PME du secteur privé doivent être accompagnés de contraintes pour les grands groupes industriels à offrir de la sous-traitance aux entrepreneurs privés qualifiés.

Ce ne serait qu’un soutien pour un retour sur investissement : le développement de PME performantes,  de productivité et de capital humain rentable est le but de toutes les économies dans le monde et les grandes entreprises en seraient les premières bénéficiaires…

D’autre part les programmes de développement régional, les projets communaux doivent prendre en compte l’existence sur leur territoire d’entreprises qui peuvent participer à l’effort, tout en soudant le corps social autour de réalisations qui profiteront à tous. C’est une des recommandations de « la démocratie participative. »

Des confrères ont loué la diplomatie de M. Yousfi, d’autres auraient aimé glaner des déclarations spectaculaires : il a distillé tout en finesse des impressions que chacun peut exploiter sans nuire à la vérité.

Celle d’aujourd’hui : Avancer toutes forces confondues pour édifier une nation capable de compter dans un monde de plus en plus sélectif dominé par des rapports brutaux et sans concessions.
Habib Yousfi a encore l’enthousiasme des pionniers ! Ils avaient l’obligation de réussir.

Par O. Larbi


Des idées et des convictions

«Nous pouvons arriver à l'autosuffisance alimentaire, et nous y  parviendrons. Nous pouvons et nous devons vendre du soleil en matière énergétique.  Nous avons les moyens de construire des pôles autour des universités».

Nous devons mettre en œuvre des stratégies globales et par filière,  associer un jeune bénéficiaire de l'Ansej avec un cadre diplomé. Nous devons construire des voitures et investir dans la pièce détachée. Nous devons exploiter nos 1 200 kilomètres de littoral pour développer le tourisme.  Et d'autres idées encore. Le président du de la Cgea, M. Habib Yousfi, est prolixe en idées. En convictions.

«Nous sommes arrivés dans un contexte où il serait de la plus haute importance que soit relancée  l'économie du fait de la situation de crise qu'annonce la baisse drastique du prix du baril de pétrole.
Situation de crise ? Certainement que oui si le prix du baril ne remonte pas dans la durée. Pour relancer l'économie, il faudrait relancer les entreprises.

Quelle place tient l'entreprise du secteur privé dans le processus de développement? Quelle implication du pacte économique et social? Quelle place dans le développement, notamment des wilayas du Sud ?  Pour nous en parler, le forum de DK News a reçu hier M. Habib Yousfi, président de la Confédération générale de entrepreneurs algériens.  

L'économie est arrivée à une étape très importante du fait de la nouvelle situation générée par l'abaissement drastique du prix du pétrole. Elle était adossée aux ressources en provenance de l'exportation des hydrocarbures et pouvait financer le développement. C'est une nouvelle situation aujourd'hui.  

Pouvons-nous dire que le rythme de développement va demeurer le même ? Pouvons-nous dire que l'activité nécessite l'implication des jeunes, et  que l'entreprise privée reçoit des plans de charge de la part de l'Etat ? Dans les deux cas, ce n'est pas un oui.

L'entreprise privée, pour parler d'elle, est capable car elle a les compétences voulues. Malgré l'annonce par l'Etat de mesures nouvelles, de grandes mesures, le secteur privé n'est pas aligné sur le secteur  public alors que autant les entreprises du secteur public que celles du secteur privé sont des entreprises nationales. A ce titre, elles devraient ne pas être discriminées dans l'octroi des plans de charge.

Il n'y a pas assez d'entreprises. Pour qu'un pays soit développé, il lui faudrait disposer de 1,5 million d'entreprises. Comment participer au développement sans un plan de charge conséquent ?
Quand on parle de l'Ansej, il faudrait bien accompagner celle-ci par des cadres.

Que pourra faire un jeune qui reçoit un milliard et achète un camion, ou n'importe quoi d'autre alors que l'activité a besoin d’être encadrée et pourquoi pas une association du jeune demandeur avec un cadre diplômé ? Il faudrait des budgets répondant aux normes.

Il faudrait développer des solutions simples et surtout aider le secteur privé.Question. L'Algérie, disait-on, exportait du blé. C'était, disait-on, le grenier de l'Europe. Pourquoi sommes-nous devenus un grand importateur en ce domaine particulier ? Manque de volonté politique ? Pour des spécialités. Il  y a un manque de volonté politique.

Les colons avaient laissé 19 000 km. L'agriculture peut assurer  l'autosuffisance alimentaire.  
Il y a encore beaucoup à faire par exemple opter pour des chaines de fabrication des voitures et surtout la fabrication de pièces de rechange et développer le métier d'équipementier. 

Par Said Abjaoui


ANSEJ :Les jeunes doivent être accompagnés par des universitaires
Répondant à une question sur les dispositifs d'aide à la création de micro-entreprises (Ansej et Cnac), mis en place par les pouvoirs publics pour régler la problématique du chômage chez les jeunes et participer à la diversification de l’économie nationale, M. Habib Yousfi a estimé que l’absence d’encadrement et de suivi, réduirait considérablement les chances de survie de ces nouvelles micro-entreprises créées dans le cadre de ces deux dispositifs.

Dans ce cadre, l’intervenant a préconisé de faire accompagner les porteurs de projets par des universitaires plus aptes à orienter les jeunes investisseurs vers les segments productifs et générateurs de richesse afin d’accroître les chances de réussite de leurs projets.    


L’innovation :Un levier majeur du développement

D’après M. Yousfi, la recherche et l’innovation sont des leviers majeurs du développement économique et social. «Les jeunes algériens sont pleins de talents. Les universités regorgent de potentialités. L’Etat doit mobiliser plus de ressources et accorder plus de soutien à cette jeunesse qui sera dans un futur proche la source de l’innovation en Algérie».

Par Rachid Rachedi

 

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