Histoire

Massacres du 17 octobre 1961 : 55 ans après, un «crime d’Etat» occulté et des archives non encore ouvertes

Publié par DKNews le 17-10-2016, 18h23 | 20
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Cinquante cinq ans après les massacres d’Algériens à Paris, qui manifestaient pacifiquement pour l’indépendance de l’Algérie, ce «crime d’Etat» reste occulté malgré les appels incessants d’historiens, de témoins et des familles de victimes d’ouvrir les archives de la brigade fluviale.

Considéré par des historiens comme «la répression d'Etat la plus violente qu'ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l'histoire contemporaine», ces massacre continuent à hanter la mémoire collective française et les officiels n’osent pas, pour l’instant, ou ne veulent pas reconnaître ce crime contre des Algériens à qui un couvre-feu leur a été imposé par le gouvernement français de l’époque.

Même si le président François Hollande a fait un «effort», selon des observateurs, sur la question mémorielle liée aux crimes de colonisation française contre les Algériens, «il n’osera pas aller au-delà», estime-t-on.

Ils citent pour preuve son revirement concernant la journée du 19 mars et sa dernière déclaration relative aux harkis.

Organisée par la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN), la manifestation pacifique des Algériens, hommes, femmes et enfants, pour boycotter ce couvre-feu discriminatoire, a été réprimée dans le sang par la police française qui avait ouvert le feu, tuant des manifestants dont des dizaines ont été jetés dans la Seine.

Le bilan était lourd du côté des Algériens : une centaine de morts, des centaines de blessés et plus d’une centaine de disparus.

Dans un «Appel contre l’oubli», publié à l’occasion du 55e anniversaire du massacre en France des Algériens, la militante et écrivaine, Monique Hervo, a indiqué être «toujours autant horrifiée par le refus de reconnaître la réalité du massacre du 17 octobre 1961 qui se déroula dans la capitale française».

Pour cette militante de 87 ans, qui avait manifesté ce jour-là avec les Algériens, les archives de la brigade fluviale, dont on disait qu’elles étaient détruites, ne le sont pas. «Exigeons des éclaircissements en souvenir de ces Algériens noyés».

Le «Collectif 17 octobre 1961 Banlieue Nord-Ouest» abonde dans le même sens en exigeant, pour toutes ces femmes, pour tous ces hommes, «qui se sont battus aux côtés du peuple algérien avec courage», l’ouverture de toutes les archives, dont celles de la brigade fluviale, chargée en octobre 1961 de remonter les corps noyés dans la Seine.

Un «crime d’Etat» commis pas la France

Du côté des officiels, Monique Hervo a déploré que le «silence d’Etat» eut duré 51 ans jusqu’au mandat du président François Hollande qui a reconnu officiellement qu’il y eut une «sanglante répression», mais sans prononcer le terme de «massacres».

Ce qui a poussé le militant antiraciste, anticolonialiste, de la mémoire, Henri Pouillot, à interpeller le président français actuel sur ces massacres lui réitérant de reconnaître ce «crime d’Etat» commis par la France.

Dans une lettre ouverte à François Hollande, publiée sur son blog personnel, ce témoin de la guerre de libération et de la torture de l’armée française en Algérie, a rappelé au chef de l’Etat français que le 15 octobre 2011, en sa qualité de candidat à la présidence de la République, il avait signé la pétition initiée par le «Collectif du 17 octobre 1961» demandant au président de la République de «reconnaître et condamner ce crime d'Etat commis par la France le 17 octobre 1961».

«Le 17 octobre 2012, comme ce collectif n'avait pas de réponse à ses 2 courriers, je suis un de ces militants (en tant que l'un des animateurs de ce collectif) qui ont patienté plus d'une heure sous la pluie devant la porte de l'Elysée sans pouvoir être reçu», a-t-il écrit, indiquant avoir pris connaissance de sa position en tant que chef de l’Etat à travers les médias.

Henri Pouillot reproche à François Hollande d’avoir oublié, dans sa position «laconique» vis-à-vis des massacres du 17 octobre 1961, d'évoquer qui est responsable de «ces faits».

«Ils ne sont pas reconnus comme un crime d'Etat, comme vous vous étiez engagé un an plus tôt à le faire», a-t-il souligné.


Une commémoration sur le pont Saint-Michel contre l’oubli des massacres

Une centaine de personnes se sont rencontrées lundi au pont Saint-Michel (Paris) devant la stèle érigée en mémoire des victimes algériennes du massacre perpétré par la police française le 17 octobre 1961.

Organisée par la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN), la manifestation pacifique des Algériens, hommes, femmes et enfants, pour boycotter ce couvre-feu discriminatoire, a été réprimée dans le sang le 17 octobre 1961 par la police française qui avait ouvert le feu, tuant des manifestants dont des dizaines ont été jetés dans la Seine.

Le bilan était lourd du côté des Algériens : une centaine de morts, des centaines de blessés et plus d’une centaine de disparus.

Ces massacres, non encore reconnus officiellement par l’Etat français en tant que «crime d’Etat», sont considérés par nombre d’historiens comme «la répression d'Etat la plus violente qu'ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l'histoire contemporaine».

La cérémonie de recueillement, au cours de laquelle une minute de silence a été observée, s’est déroulée, pour la première fois sans la maire de Paris, Anne Hidalgo qui a délégué son premier adjoint, Bruno Julliard, mais elle a été rehaussée par la présence des ambassadeurs d’Arabie Saoudite, des Emirats arabes unis, du Yémen et de l’Etat de Palestine, accrédités en France.

Elle s’est déroulée également en présence de l’ambassadeur d’Algérie en France, Amar Bendjama, qui a déposé une gerbe de fleurs, des moudjahidine témoins des massacres, des membres de familles des victimes, des élus locaux, notamment d’origine algérienne, des députés algériens chargés de la communauté algérienne, des militants du mouvement associatif et un groupe de collégiens de l’Ecole internationale algérienne à Paris.

Les présents, notamment des moudjahidine et des membres du mouvement associatif, ont réitéré à cette occasion leur demande pour que la France officielle reconnaisse ce «crime d’Etat» et l’ouverture des archives de la brigade fluviale.

Cinquante-cinq ans après ce massacre, ce «crime d’Etat» reste toujours occulté en France et les responsables officiels n’osent pas aller au-delà de leurs déclarations qui se sont contentés de parler de «répression».

Dans un «Appel contre l’oubli», publié à l’occasion du 55e anniversaire du massacre, la militante et écrivaine, Monique Hervo, a indiqué, rappelle-t-on, être «toujours autant horrifiée par le refus de reconnaître la réalité du massacre du 17 octobre 1961 qui se déroula dans la capitale française».

Pour cette militante de 87 ans, qui avait manifesté ce jour-là avec les Algériens, les archives de la brigade fluviale, dont on disait qu’elles étaient détruites, ne le sont pas. «Exigeons des éclaircissements en souvenir de ces Algériens noyés», a-t-elle réclamé.

Pour sa part, le «Collectif 17 octobre 1961 Banlieue Nord-Ouest» a abondé dans le même sens en exigeant, pour toutes ces femmes, pour tous ces hommes, «qui se sont battus aux côtés du peuple algérien avec courage», l’ouverture de toutes les archives, dont celles de la brigade fluviale, chargée en octobre 1961 de remonter les corps noyés dans la Seine.

Plusieurs cérémonies similaires sont organisées ce lundi dans la banlieue de Paris (Nanterre, Saint-Denis, Bobigny et Sarcelles) par des associations, signale-t-on, alors que d’autres régions, comme à Granville (Normandie) des militants de la section de la Ligue des droits de l'homme se sont rassemblés samedi devant la mairie avant de jeter des fleurs dans le port, en hommage aux victimes algériennes du 17 octobre 1961, demandant au gouvernement de reconnaître ces massacres.


La mémoire collective française «a commis un déni» de ce massacre (1er adjoint-maire de Paris)

La mémoire collective française «a commis un déni» du massacre des Algériens le 17 octobre 1961 à Paris et sa région, a affirmé lundi à Paris le premier adjoint-maire de Paris, Bruno Julliard, qui a reconnu qu’il y avait, ce jour-là, «trop de victimes» algériennes.

«Pendant trop longtemps, la mémoire collective de notre pays a commis un déni de ce massacre et des générations après, nous sommes déterminés maintenant de nous souvenir, de rendre hommage à ces centaines d’Algériens morts pour avoir défendu un idéal», a déclaré à la presse Bruno Julliard qui a représenté la maire de Paris, Anne Hidalgo, à la cérémonie de commémoration sur le pont Saint-Michel (Paris) du massacre par la police française d’Algériens le 17 octobre 1961.

«C’est très important aujourd’hui que des élus de Paris se remémorent et rendent hommage à ces très nombreuses victimes, trop nombreuses victimes, d’une répression sanglante, d’un massacre il y a 55 ans maintenant», a-t-il ajouté.

«Si notre pays, pendant si longtemps, a refusé de voir la réalité en face, nous sommes heureux que nous puissions aujourd’hui être ensemble, dans un esprit fraternel et de solidarité, pour commémorer et rendre hommage à ces très nombreuses victimes», a-t-il souligné.

Pour sa part, l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à Paris, Khalid Bin Mohammad Al Ankary, s’est dit honoré de participer à ce recueillement à la mémoire des victimes du 17 octobre 1961, souhaitant à l’Algérie un développement et une sécurité durables, alors que, de son côté, l’ambassadeur de l’Etat de Palestine, Salman al-Herfi, a estimé que cette journée «douloureuse» donne «une leçon sur le combat du peuple algérien qui reste un exemple pour le peuple palestinien et un modèle pour lui dans sa lutte pour l’indépendance».

«Nous nous recueillons aujourd’hui à la mémoire des martyrs algériens qui, par leur lutte et leur sang, ont tracé route de la liberté et de l’indépendance, montrant ainsi aux peuples opprimés, notamment les Palestiniens, l’exemple à suivre», a-t-il affirmé.

Les membres du mouvement associatif présents à cette commémoration ont été pratiquement unanimes à demander la reconnaissance par l’Etat français de ces crimes et l’ouverture des archives de la brigade fluviale.

«Nous réclamons l’ouverture des archives de la brigade fluviale. Il n’y a pas que le préfet de police de l’époque, Maurice Papon, qui était responsable de ce massacre, toutes les autorités étaient d’accord pour jeter les Algériens dans la Seine», a indiqué un des membres du Collectif du 17 octobre 1961, ajoutant que 55 ans après, «nous n’avons pas avancé d’un iota en matière de reconnaissance par la France de ce crime».

«Nous demandons à ces élus, notamment d’origine algérienne, de faire quelque chose dans ce sens», a-t-il ajouté. Karim Alouache, un élu de Bondy, une commune française située dans la banlieue nord-est de Paris, qui se souvient que sa mère et son père ont été embarqués par la police, a indiqué qu’il est présent à cette cérémonie pour «le devoir de mémoire».

«Notre obligation est de commémorer et de se rappeler que si nous existons aujourd’hui c’est grâce aux sacrifices de toutes ces personnes que je salue et remercie».

Un des responsables de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN), organisatrice des manifestations, Askri Ahmed, a déploré que 55 ans après, le gouvernement français ne reconnaît pas encore ce crime. «C’est une lutte qu’il faut continuer à mener» pour la reconnaissance de «ce crime d’Etat», a-t-il dit.

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