Histoire

Algérie-France : L'Etat français a fait un «petit pas» vers la vérité sur l'assassinat de Maurice Audin

Publié par DKNews le 26-01-2018, 16h19 | 49
|

L'Etat français a fait un «petit pas» vers la   reconnaissance de la vérité sur l'assassinat de Maurice Audin lorsque le   président Emmanuel Macron a déclaré que c'est l'armée qui l'avait assassiné   en 1957, a affirmé vendredi l'historien français Gilles Manceron. 

Sur la base la déclaration récente du président Macron faite au député   Cédric Villani, qui est membre de La République en marche (LRM) et qui a   aussi présidé le Prix Maurice-Audin de mathématiques selon laquelle  «Maurice Audin a été exécuté par l’armée française», «on peut dire que   l'Etat français a fait un petit pas vers la reconnaissance de la vérité sur   l'assassinat de Maurice Audin, car ces mots n’ont jamais été prononcés   auparavant par un représentant, officiel ou officieux, de l’Etat», a   expliqué dans une interview à l'APS Gilles Manceron pour qui «le mot   +exécuter+ veut dire qu’il y a eu une intention meurtrière délibérée, et,   comme il n’y a eu dans ce cas aucune procédure judiciaire, cela signifie   une décision d’assassinat extrajudiciaire». 

«L’auteur de cet assassinat est désigné comme n’étant pas +un militaire   français+ ou +des militaires français+, qui auraient pu agir en l’absence   d’ordres reçus, mais comme étant +l’armée française+. Ce meurtre relève   d’un ordre de la hiérarchie de l’armée. C’est un petit pas de plus de la   part de l’Etat français vers l’aveu de la vérité», a-t-il soutenu,   déplorant que cette déclaration s’accompagne de «beaucoup d’hypocrisie et   de lâcheté», car, selon lui, «rien n’est dit sur les témoignages ou   documents qui ont conduit le président à cette conclusion». 

«Cela présage peut-être de la volonté du président Macron de dire enfin   toute la vérité sur cette disparition, mais ce n’est pas encore le cas», a   déduit l'historien. 

On craint la vérité sur les crimes coloniaux 

Dans une interview accordée au quotidien L'Humanité, Cédric Villani a   déclaré que le président Macron lui a annoncé que le grand travail   d'ouverture des archives, initié par François Hollande, «allait se   poursuivre», attestant qu'à ce jour, «aucune archive ne venait apporter un   éclairage décisif « sur le sort de Maurice Audin et que l'Etat «ne cherche   plus à imposer sa version». 

Sur la question des archives, Gilles Manceron soutient, pour sa part, que   l'armée française et l'ancien gouvernorat général ont des archives et que   «si ce meurtre résulte d’un ordre de la hiérarchie de l’armée dont le chef   d’état-major en Algérie était alors le général Raoul Salan, et le   commandant dans la région d’Alger, le général Jacques Massu, chef de la 10e   division parachutiste, il est clair qu'il a été forcément partagé par le   ministre résidant d'alors, Robert Lacoste, qui partageait totalement avec   eux la conduite de la bataille d'Alger». 

«Le pouvoir gouvernemental à Paris était lointain, faible et instable. On   était d’ailleurs dans une période de transition entre deux équipes   ministérielles, ce qui laissait encore davantage les mains libres aux   ultras de l’Algérie française qui détenaient alors les pouvoirs civils et   militaires dans l’Algérie coloniale.

Ce sont eux les responsables des pires   crimes, mais l’Etat français les a laissé faire, et, par la suite, n’a   voulu ni juger les responsables ni reconnaître leurs crimes», a-t-il   expliqué. A une question sur des poursuites judiciaires à l'encontre des   instigateurs ou des auteurs de ce crime, l'historien a indiqué qu'elles «ne   sont pas possibles», ajoutant que «ceux qui l’ont décidé comme ceux qui ont   reçu l’ordre de le commettre sont probablement tous morts». 

«En raison de l'amnistie consécutive aux Accords d'Evian, aucune des   personnes encore en vie impliquées dans les crimes de la bataille d’Alger   ne peut être poursuivie pour les avoir commis», a-t-il rappelé, indiquant   que «ce qu’ils craignent et ce que craignent aussi les autorités françaises   jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’on dise la vérité sur leurs crimes». 
 

Une pleine ouverture des archives est nécessaire en France 

«Reconnaître la vérité sur tous les crimes commis par l’armée française   pendant la guerre d’indépendance algérienne, laisser les historiens accéder   librement aux archives pour établir les faits, serait une £uvre utile pour   la société française», a-t-il souhaité, regrettant que les autorités   françaises «hésitent à reconnaître les faits ou à ouvrir véritablement les   archives aux historiens tant que les personnes en cause n’ont pas toutes   disparu». 

«Le président Macron aura-t-il le courage de dire la vérité au pays ou de   permettre que les historiens l’établissent ? Les dernières déclarations de   Cédric Villani au journal l’Humanité laissent entendre qu’il va avoir ce   courage», a estimé l'historien, soulignant que la reconnaissance officielle   par l’Etat français de «toute la vérité» sur l’affaire Audin est une «étape   essentielle dans un combat plus important encore: celui pour la   reconnaissance officielle des responsabilités de l’armée française dans des   milliers d’autres disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires   survenues pendant cette guerre, dont des familles ( ) sont toujours   aujourd’hui en attente d’informations sur leur sort et sur les responsables   de ces disparitions».  «Une pleine ouverture des archives est nécessaire en France. Si des fonds   ne sont pas accessibles, ce n’est pas parce que leur volume rendrait   difficile leur gestion.

C’est par manque de volonté politique. Or, cela   seul pourrait contrer le discours de la droite extrême qui se nourrit du   mythe des +bienfaits de la colonisation+», a-t-il conclu.

|
Haut de la page

CHRONIQUES

  • Walid B

    Grâce à des efforts inlassablement consentis et à une efficacité fièrement retrouvée, la diplomatie algérienne, sous l’impulsion de celui qui fut son artisan principal, en l’occurrence le président de la République Abdelaziz Bouteflika, occupe aujour

  • Boualem Branki

    La loi de finances 2016 n’est pas austère. Contrairement à ce qui a été pronostiqué par ‘’les experts’’, le dernier Conseil des ministres, présidé par le Président Bouteflika, a adopté en réalité une loi de finances qui prend en compte autant le ress

  • Walid B

    C'est dans le contexte d'un large mouvement de réformes sécuritaires et politiques, lancé en 2011, avec la levée de l'état d'urgence et la mise en chantier de plusieurs lois à portée politique, que ce processus sera couronné prochainement par le proj

  • Boualem Branki

    La solidité des institutions algériennes, la valorisation des acquis sociaux et leur développement, tels ont été les grands messages livrés hier lundi à Bechar par le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales Nouredine Bédoui.

  • DK NEWS

    Le gouvernement ne semble pas connaître de répit en cette période estivale. Les ministres sont tous sur le terrain pour préparer la rentrée sociale qui interviendra début septembre prochain.

  • Walid B

    Dans un contexte géopolitique régional et international marqué par des bouleversements de toutes sortes et des défis multiples, la consolidation du front interne s'impose comme unique voie pour faire face à toutes les menaces internes..

  • Walid B

    Après le Sud, le premier ministre Abdelmalek Sellal met le cap sur l'Ouest du pays où il est attendu aujourd'hui dans les wilayas d'Oran et de Mascara pour une visite de travail et d'inspection.