Société

Nadia Madani: quand le handicap devient une force sur le chemin de la réussite

Publié par DKNews le 06-03-2018, 16h07 | 20
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De nombreuses femmes algériennes démontrent chaque jour, à force de détermination et de courage, que rien ne peut résister à leur envie de réussir même dans des domaines considérés comme la "chasse gardée" des hommes. Nadia Madani fait partie de cette catégorie hors du commun, mettant de côté son handicap moteur qui, au lieu de constituer un frein, aura été un moteur pour réaliser ses rêves et arracher admirations et reconnaissances.

"Le vrai handicap est dans la tête" : tel est le leitmotiv de cette dame d’Ain M’rane (commune de Chlef), dont la détermination, conjuguée à une volonté à toutes épreuves, l'a menée loin sur le chemin du succès et de la réussite, en dépit d’un handicap moteur qu’elle "n’a jamais estimé comme tel".

Et pour preuve, cette "dame de fer" a investi le domaine agricole, en optant pour les filières de vétérinaire, élevage avicole et aliments de bétail, un secteur somme tout "masculin" où, paradoxalement, Mme Madani s’est faite un nom, dans cette région conservatrice de Chlef, où elle fait figure de "femme d’affaires accomplie et très respectée", de l’avis même de ses clients.

Mme Madani est née dans la ville de Constantine (1963) avec un handicap moteur ayant nécessité son déplacement en France pour traitement et rééducation. Elle y passa ses 13 premières années d’enfance. Une "durée suffisante pour bénéficier d’une résidence permanente en terre française", a-t-elle indiqué à l’APS, "mais j’ai préféré le retour au pays en 1987 ", a-t-elle avoué.

Et de poursuive : "ma véritable histoire a commencé à l’université de Constantine où je me suis inscrite dans la filière vétérinaire, avant de rencontrer mon futur mari, qui fut dès lors un soutien solide pour moi".

Après le mariage, le couple est parti travailler dans la wilaya de Chlef, précisément dans la commune d’Ain M’rane où Mme Madani "en pure jeune fille de la grande ville, trouva d’abord la vie + pas à son goût+ dans cette petite bourgade de l'année 1993", raconte-t-elle.

Elle commença d’abords à travailler dans le secteur de l’enseignement, avant de se faire recruter dans l’abattoir communal, avec son mari, également vétérinaire.

C’est là que les difficultés ont commencé, se rappelle-t-elle amusée, car "nombre de paysans de la région rejetaient l’idée de faire examiner ou vacciner leur bétail par une femme", se rappelle-t-elle.

Un constat qu’elle a vite fait, mais à force de détermination et de travail, les choses ont beaucoup changé dans ce milieu "masculin" par excellence.

"C’est surtout mon amour du métier qui m’a permis de tenir et de prouver, par mon travail, la capacité de la femme à réussir dans le domaine agricole ", affirme-t-elle, se disant fière de son parcours.

Car, outre son travail acharné sur le terrain, la femme-courage, qui parlait très mal l’arabe (son long séjour en France oblige), a vite fait d’apprendre le dialecte local, pour communiquer avec la population, au moment où son handicap "n’a jamais constitué" pour elle, " une entrave" à la consécration de son rêve de création d’une usine de production d’aliment de bétail, assure-t-elle.

Un rêve réalisé aujourd’hui, grâce à sa riche expérience sur le terrain, en tant que vétérinaire, de même qu’en matière d’élevage de volaille.

2013 fut une année heureuse pour Mme Madani et, pour cause, ce fut l’année où, grâce à un soutien de l’annexe locale de la Caisse nationale d’assurance chômage (CNAC), son rêve d’usine de production d’aliment de bétail et de volaille a pu voir le jour.

"Le projet est actuellement en plein essor et j’aspire à le développer davantage à l'avenir ", a-t-elle confié, sans cacher les "craintes du début", quand elle a eu l’idée de présenter son projet à la CNAC. "Outre les entraves bureaucratiques, j’avais surtout peur d’essuyer un refus à cause de mon handicap ", a-t-elle confié.

"Mais mes craintes se sont vite dissipées devant les facilitations accordées par la CNAC qui, en plus du soutien de ma famille, ont permis la concrétisation de mon projet en 2013", s’est-elle félicitée.

Cette usine, qui contribue actuellement à l’approvisionnement du marché local en aliment de bétail et de volaille, fait partie des investissements prospères cités en exemple en matière d’efficience des dispositifs publics de soutien à l’emploi, ici la CNAC.

Un avis corroboré par le représentant de la CNAC à Chlef, Lhadi Aoues, qui estime, que le projet de Mme Madani ait partie des "plus importants" investissements de la région, dans le domaine agricole.

Il a souligné les compétences professionnelles et l’expérience de terrain de la promotrice, comme étant les "seuls critères ayant prévalu dans la validation de son dossier", assurant que son handicap "loin de constituer une entrave, fut au contraire un atout pour elle", car les personnes aux besoins spécifiques sont considérées prioritaires auprès de la CNAC, en application d’une instruction de la tutelle préconisant la facilitation de l’intégration de cette catégorie sociale, affirme le responsable.

Encore plus, des visites de terrain sont régulièrement effectuées par les services de la CNAC, au niveau de ce projet, doté d’un investissement de plus de 4,5 millions de Da, en vue de "constater les développements à son niveau et d’informer sa promotrice sur les dernières nouveautés introduites dans le domaine, tout en voyant s’il y’a nécessité de la faire bénéficier d’une formation en gestion et entreprenariat ", assure Lhadi Aoues.

Le même responsable a tenu, à l’occasion, à dissiper les craintes des personnes aux besoins spécifiques quant à la prise en charge de leurs demandes d’investissement, par la CNAC, affirmant que son dispositif a assuré le financement d’une dizaine de projets initiés par des promoteurs relevant de cette catégorie, durant ces cinq dernières années.

Nonobstant son handicap, si cette dame a su imposer le respect, en se frayant une place en tant que femme d’affaires aux compétences avérées, elle peut surtout se targuer d’avoir contribué au changement de certaines mentalités, dans un secteur (agricole) sensé être exclusivement masculin.

Mais au delà de son sens des affaires, Mme Madani est surtout une "mère au foyer accomplie", de l’avis même de son mari et de ses trois enfants, qui se disent "très fiers" de cette "mère qui a construit sa propre réussite", à travers un parcours des plus impressionnants, d’abords entamé en France, avant son retour au bercail à Constantine, puis son installation à Ain M’rane.

La dame a tenu, à l’occasion, a assurer qu’elle" ne pense nullement à retourner en France", non sans lancer un appel aux jeunes en vue de "saisir les opportunités disponibles en Algérie", et à rejeter l'idée de la "Harga", qui ne fait que "menacer leur vies et attrister leurs familles", dit-elle.

La dame s’est dite, en outre, "très optimiste" quant à la place dévolue actuellement à la femme dans la société algérienne, estimant que celle-ci (femme) peut réaliser ses ambitions à force de "volonté, détermination et travail".

Des valeurs qu’elle préconise, également, pour toute personne aux besoins spécifiques, qui doit être convaincue que tout "handicap est seulement dans l'esprit".

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