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Armes chimiques: réunion spéciale de l'OIAC à La Haye, un rapport sur l'attaque de Douma dévoilé

Publié par DKNews le 26-06-2018, 16h03 | 33
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Une réunion spéciale de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) est prévue ce mardi et mercredi à La Haye, à la demande de Londres, lors de laquelle un rapport sur l'attaque présumée au sarin et au chlore du 7 avril à Douma en Syrie sera dévoilé, selon des sources diplomatiques.

La décision de donner aux experts de l'OIAC le pouvoir de nommer les responsables de toute utilisation future d'armes chimiques devrait notamment figurer à l'ordre du jour de la réunion, selon les mêmes sources.

Les inspecteurs de l'Organisation doivent de manière imminente dévoiler, lors de la session spéciale du plus haut organe politique de l'organisation, un rapport attendu de longue date sur l'attaque présumée au sarin et au chlore du 7 avril à Douma, près de Damas.

Lire aussi: Attaque chimique présumée en Syrie: l'OIAC entame son enquête dimanche à Douma

A la mi-juin, l'OIAC a annoncé que du sarin et du chlore avaient été "très probablement" utilisés dans deux attaques dans le sud de la Syrie en mars 2017.

Cette attaque présumée, qui a fait au moins 40 morts, selon des secouristes, a été imputée par les Occidentaux au gouvernement syrien et a déclenché des frappes de Washington, Paris et Londres contre des installations du gouvernement syrien. Pour leur part, Moscou et Damas ont dénoncé une "mise en scène".

"Il est évident qu'un nouveau rapport accusateur, rempli de fausses preuves, est en train d'être préparé", a affirmé récemment un haut responsable de l'armée russe, le général Igor Kirillov, lors d'une conférence de presse.

"La mission spéciale de l'OIAC mène son enquête comme elle l'entend", a-t-il assuré, en estimant que cette enquête n'avait "rien à voir ni avec l'objectivité, ni avec l'impartialité".

Aux yeux du général Kirillov, ces annonces "douteuses" visent à "renforcer l'argumentation tirée par les cheveux" des experts de l'OIAC avant la présentation du rapport sur l'attaque présumée à Douma.

Pour sa part, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a affirmé que des équipements servant à la fabrication des armes chimiques découvertes à Douma, dans l'ex-enclave rebelle de Ghouta orientale reprise par les forces du gouvernement syrien, avaient été fabriqués en Europe de l'Ouest.

"Cet équipement est venu aux mains de terroristes et combattants en provenance de l'Europe de l'Ouest", a-t-elle assuré, lors d'un briefing.

Lire aussi: Allégations d’utilisation d’armes chimiques en Syrie: l'ONU craint des conséquences "dévastatrices"

Fin avril, la Russie avait déjà affirmé avoir trouvé des cylindres contenant du chlore en provenance d'Allemagne et des "fumigènes" britanniques dans la Ghouta orientale.

Rarissime, la session spéciale de l'OIAC, prix Nobel de la paix en 2013 à La Haye, a été demandée par la Grande-Bretagne, représentée pour l'occasion par le chef de sa diplomatie Boris Johnson.

Londres a pris cette initiative quelques semaines après l'empoisonnement par un agent innervant de l'ex-agent russe Sergueï Skripal et de sa fille à Salisbury (sud-ouest de l'Angleterre). Une attaque chimique, la première depuis des décennies en Europe, que le Royaume-Uni a accusé la Russie d'en être derrière, ce que Moscou a catégoriquement démenti. Londres a en raison de cette attaque appelé au renforcement du pouvoir de l'OIAC (193 pays membres), mais le projet britannique devra pour être approuvé obtenir une majorité des deux tiers des votants.

La tension risque de monter lors des pourparlers de La Haye qui se dérouleront à huis clos mercredi et se poursuivront probablement jusqu'à jeudi pour un vote clé sur le projet de résolution britannique.

La Russie, qui a déjà accusé les "casques  blancs"-- en Syrie d'avoir mis en scène l'attentat de Douma, a déjà fustigé le projet.

"Le rôle d'attribution (des attaques chimiques, ndlr) dépasse le mandat de l'OIAC", a estimé l'ambassade de Russie aux Pays-Bas dans un communiqué.

Selon des médias, les Occidentaux vont tenter ce mardi de "muscler" l'OIAC en lui donnant le pouvoir de désigner les responsables de telles attaques, un projet qui se heurte à l'opposition de la Russie. Pour Moscou, les règles régissant l'OIAC ne peuvent être changées qu'en modifiant la convention elle-même.

"Les initiateurs font peu pour dissimuler le fait qu'ils prévoient de s'en servir pour attiser l'hystérie anti-syrienne et anti-russe", a aussi affirmé l'ambassade russe sur son compte Twitter.

Lire aussi: Agression contre la Syrie: la Russie propose un projet de résolution demandant à l'ONU de condamner l'opération militaire occidentale

Pour être approuvé, le projet britannique devra obtenir une majorité des deux-tiers des votants.

Soutenue par 11 alliés, la Grande-Bretagne va, lors de la réunion qui s'ouvre mardi, proposer que l'OIAC "commence à attribuer la responsabilité des attaques d'armes chimiques en Syrie" comme l'a dit M. Johnson dans un tweet le 13 juin.

"Avec son expertise technique avérée en matière d'armes chimiques, l'OIAC est le bon organe pour étudier qui est derrière une attaque", a-t-il ajouté.

Une source diplomatique française a de son côté déclaré sous le couvert de l'anonymat que "le mandat et les moyens de l'OIAC doivent être adaptés aux défis du 21e siècle".

"Ils ont été conçus dans un contexte entièrement différent, pour vérifier de façon indépendante la bonne destruction par les grandes puissances de la Guerre froide de leurs stocks d'armes chimiques", a fait valoir cette source.

Au Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie avait exercé l'an dernier son droit de veto pour mettre fin au mandat de la mission d'enquête commune ONU-OIAC, le Joint Investigative Mechanism (JIM), en Syrie.

Avant de disparaître en décembre, le JIM avait déterminé que le gouvernement syrien avait utilisé du chlore ou du gaz sarin au moins quatre fois contre sa propre population et que le groupe terroriste autoproclamé Etat islamique (EI/Daech) avait utilisé du gaz moutarde en 2015.

Techniquement, l'OIAC est capable d'identifier les responsables d'une attaque à l'arme chimique, a indiqué son directeur Ahmet Uzumcu, mettant la communauté internationale en garde contre l'inaction: "Une culture de l'impunité ne peut pas se développer autour de l'utilisation d'armes chimiques".

Le sujet des armes chimiques est longtemps resté tabou depuis leur apparition sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Mais le recours récent aux gaz toxiques dans les conflits irakiens et syriens, et aux agents neurotoxiques à Salisbury et à Kuala Lumpur contre le demi-frère du leader nord-coréen Kim Jong Un, suscite une inquiétude croissante dans le monde entier.

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