France - Algérie : En France, il faut aborder «sans regimber» l'histoire de la colonisation

Publié par Dk News le 09-11-2018, 16h12 | 16

En France, il serait «grand temps» de rompre avec   la distillation «parcimonieuse» dans les programmes scolaires en   envisageant d’aborder, «sans regimber», l’histoire réelle de la   colonisation, a affirmé l'historienne Michèle Riot-Sarcey. 

«Il ne suffit pas de mentionner le fait colonial, mais de rompre   définitivement ce long silence ponctué de tentatives désastreuses   d’enseigner +les effets positifs de la colonisation», a-t-elle souligné   dans une tribune publiée jeudi soir par Libération. 

L'historienne, fondatrice en 2005 du Comité de vigilance face aux usages   publics de l’histoire (CVUH), appelle à mettre au jour les «multiples   faits» de résistances qui «n’ont cessé de ponctuer le temps colonial»,   soutenant que «rompre le silence, n’est pas l’équivalent d’un prêche pour   une réconciliation des mémoires (les mémoires ne se commandent pas)». 

L'auteure du «Procès de la liberté» (La Découverte, 2016) et coordinatrice   de l’ouvrage collectif «De la catastrophe» (éd. du Détour, 2018), plaide   pour que les élèves reçoivent des comptes rendus d’une «conflictualité dans   le temps long des insurrections et des résistances». 

«En effet, quel que soit son âge, l’élève a besoin de référence positive à   laquelle il peut s’identifier», a-t-elle dit, relevant que les années de   silence «ne peuvent être compensées par la reconnaissance tardive et   sélective des morts sous la torture».  

Selon elle, les héritiers des victimes du massacre du 17 octobre 1961 des   Algériens à Paris, «événement à propos duquel on a tant tardé à dévoiler la   part maudite de la police française et donc de l’Etat», réclament «la   reconnaissance d’un combat juste».  «Comment ont-ils pu réagir aux déclarations récentes d’Emmanuel Macron sur   la vérité de la mort de Maurice Audin ? Combien sont-ils encore à attendre   ce dévoilement si parcimonieux ? Des milliers selon les historiens»,   a-t-elle expliqué, rappelant qu'avant eux, Jean-Luc Einaudi, «peu apprécié»   par l’Académie, avait révélé la pratique «illégale» de l’armée française.

 
«La mémoire du passé, on le sait, est moteur d’histoire, rendre accessible   et visible les stigmates de celui-ci est de la responsabilité de tous pour   éviter de nourrir les ressentiments», a-t-elle dit, appelant à réviser   l’esprit des programmes scolaires en France.

«Or, si nous voulons accorder   justice à tous ceux et celles qui attendent en vain une prise en compte de   leur histoire, c’est-à-dire la nôtre, il serait bon de réviser l’esprit des   programmes scolaires qui relègue à la marge cette part éminemment nationale   du passé», a-t-elle soutenu.