Luka Modric, la victoire du jeu sur les chiffres

Publié par Dk News le 04-12-2018, 16h19 | 4

A 33 ans, le Croate a été désigné comme meilleur joueur de l’année. Une victoire qui récompense un milieu de terrain peu porté sur le but mais indispensable.

Ils n’ont jamais parlé pour lui, ni dit grand-chose de son talent, de son influence ou de sa contribution à ses équipes successives. Ce lundi 3 décembre, les chiffres valident pourtant le triomphe de Luka Modric : avec 753 points, très loin devant Cristiano Ronaldo, il a été désigné Ballon d’or 2018. Qui aurait parié en début d’année sur le Croate pour interrompre l’ère Messi-Ronaldo ? L’Argentin et le Portugais ont imposé l’idée que « meilleur joueur » rimait avec buteur. Que les temps changent.

Modric défend une autre vision du football, celle qui correspond à son jeu et ses moyens forcément, mais aussi à une certaine philosophie. « Même si, aujourd’hui, il semblerait qu’il n’y ait que les statistiques qui comptent, que seul le nombre de buts soit reconnu et que le reste n’ait pas d’intérêt, celui qui investit dans le bien commun, qui pense aux autres et à la réussite collective reste essentiel », théorise-t-il, le 10 octobre, dans un entretien à France Football.

En 2018, Modric n’a pas beaucoup plus fait trembler les filets qu’à son habitude, lui dont la saison plus prolifique au Real Madrid plafonne à quatre buts. Vainqueur de la Ligue des champions et finaliste de la Coupe du monde, il est rattrapé à 33 ans par les distinctions individuelles – il était déjà meilleur joueur de l’Union des associations européennes de football (UEFA) de la saison 2017-2018. Ce secret d’initiés, celui d’un milieu relayeur qui rend les autres meilleurs et le jeu plus simple, devient enfin une évidence.

La Coupe du monde en Russie a servi de loupe. Pendant un mois, Modric a été le cœur et le cerveau de son équipe. Celui qui impose le rythme, fluidifie le jeu, donne, trie et récupère des ballons ou trouve les solutions aux problèmes.

A Tottenham, où il évoluait entre 2008 et 2012, son entraîneur, Harry Redknapp, ne donnait qu’une consigne à ses coéquipiers : « Give it to Luka. » Donnez-lui le ballon, il saura toujours quoi en faire. Pour ceux qui jouent à ses côtés ou qui le dirigent, son talent est une évidence. Mais cela n’a pas toujours été le cas.

Après tout, Modric a été désigné comme pire recrue de l’intersaison du Real Madrid en janvier 2013 par les internautes du site du quotidien sportif espagnol Marca. Les limites de la démocratie sondagière…

Adolescent, le joueur de 1,72 m est aussi resté à la porte du Hajduk Split. Trop gringalet. Enfant de la guerre, Modric fuit son village à onze ans pour Zadar, où sa famille s’entasse de longues semaines dans une chambre d’hôtel.

A 18 ans, il débute au Dinamo Zagreb. Son talent crève les yeux. La France – ou du moins celle qui s’intéresse au Stade Rennais – le découvre le 19 décembre 2007 lors d’un match de Coupe de l’UEFA. La pelouse du stade de la Route-de-Lorient est gelée, les joueurs des pantins ridicules, mais Modric donne, lui, l’impression d’être le seul chaussé de pneus neige, tant il survole son sujet. Les grands d’Europe ne sont pas encore tout à fait convaincus.

« Tout le monde s’arrêtait sur son gabarit, son manque de statistiques avec le Dinamo », resitue Damien Comolli. Chargé du recrutement de Tottenham, le Français persuade ses dirigeants d’investir 18 millions d’euros sur lui. On dit Modric trop frêle, pas assez guerrier pour le championnat anglais ; il deviendra vite le maître à jouer du club londonien. Pas un numéro 10, mais un « vrai 8 », dit Comolli.