8e Festival national de musique diwan :La compétition dominée par les diwans de l'Oranie

Publié par Dknews le 30-05-2014, 16h12 | 83

La compétition du 8e Festival national de musique diwan a été dominé par les diwans de l’Oranie avec l’attribution jeudi soir du premier prix du concours à l’association «Sidi Blel» de Mascara qui avait revivifié, lors de son passage, un pan du diwan de plus en plus rare.

Lors de la soirée de clôture de cette édition, le jury présidé par le chercheur Azeddine Ben Yaakoub, a choisi de récompenser les efforts de cette troupe qui a assuré un spectacle riche en couleurs et en authenticité puisé dans le répertoire «Migzawa» que peu de jeunes praticiens maîtrisent et qui reste une spécialité de la région.

Le second prix de la compétition a été décerné à la jeune troupe «Jil Saed» d’Oran, dont l’âge des membres n’atteint pas trente ans, menée par le maallem Lahbib alors que la troisième distinction est revenue à «Noudjoum Ediwan» de Sidi Bel-Abbès, qui s’étaient eux aussi distingué par l’interprétation de Bradjs méconnus des jeunes et jamais joués sur scène.

Le produit du master-class qui s’est tenu pendant le festival a été présenté au public, un concert réunissant trois troupes locales de diwan et leurs trois maallmine. La plus jeune troupe de diwan de la région de Bechar est elle aussi monté sur scène mené par le tout jeune Abdelmalek Tifoune, 12 ans, et joue déjà du goumbri et chante comme ses aînés accompagnés d’enfants, âgés de à 8 et 14 ans.
 
Une huitième édition, du potentiel et des problèmes financiers

Même si la renommée et l'envergure du Festival national de musique diwan dépassent, et de loin, celles de la manifestation internationale dédiée à ce même genre, ce rendez-vous s’enrichit encore au fil du temps de recommandations des participants.

L’événement devrait «encourager la recherche scientifique sur ce rituel ainsi que la préservation de ses composantes», ont estimé des universitaires. Un grand nombre de formations musicales se sont constituées, au bout de huit ans d’existence, motivées par l’intérêt porté au diwan, même dans des régions où le rituel n’a jamais été pratiqué, mais aucun suivi n’est accordé aux lauréats en dehors d’une scène à Alger.

L’insuffisance du budget alloué au festival de Bechar, pourtant le seul évènement d’envergure de la wilaya, a obligé les organisateurs à délaisser les rencontres académiques, jugées à peine moyennes par les participants, la recherche scientifique mais surtout la création et l’échange. La subvention ne permet pas de prendre en charge tous les participants et de les garder ensemble durant les sept jours du festival, tout en offrant les moyens logistiques nécessaires à cet événement, a-t-on constaté sur place. 

Cependant, la tenue de cet évènement à tout de même permis de produire des spectacles de qualité attendus toute l’année par le public mélomane de Bechar à l’image des concerts de Hasna El Becharia, El Dey, et Essed qui a attiré un nombre important de spectateurs. Même si la conception du festival, sous forme de concours, a été souvent critiquée la 8e édition a montré que la principale entrave à l’essor de cet évènement se résumait à l’absence d’une vision sur le long terme et surtout au financement.

Ouvert le 23 mai, le Festival national de musique diwan a pris fin jeudi soir à Bechar après avoir produit quinze troupes en compétition en plus de dix groupes invités en tête d’affiche, les trois lauréats se produiront sur la scène du festival international de musique diwan qui devrait se tenir prochainement à Alger. 

L’échange artistique délaissé pour des raisons financières

L’échange artistique et la rencontre entre praticiens, foyer de créativité que tout les festivals culturels tentent d’entretenir, a été délaissé, pour des raisons financières, dans la programmation du 8e Festival national de musique diwan, a-t-on constaté sur place.

Avec quinze troupes musicales en compétition et dix têtes d’affiche, entre amateurs, initiés, invités et anciens lauréats, cet événement aurait pu fournir à Bechar l’environnement idéal pour l’échange, l’apprentissage du jeu et des Bradjs du diwan (morceaux), la naissance de nouvelles voies de fusion et surtout favoriser la recherche.

Mais le budget alloué à cette unique manifestation d’envergure dans la wilaya, estiment les organisateurs, ne permet pas de prendre en charge tous les participants et de les garder ensemble durant les sept jours du festival, tout en offrant les moyens logistiques nécessaires à cet événement. Prendre part à cette édition se résume, ainsi, à se produire sur la scène du stade Ennasr et à repartir le lendemain, avec l’espoir de recevoir l’un des trois prix ouvrant la voie pour la scène du festival international de musique diwan d’Alger qui se tiendra prochainement.

Même si le spectacle y est, l’échange et la création restent absents de cette édition, éprouvée par les charges financières -- alors que le festival est doté d’un des plus petits budgets des festivals algériens -- à l’exemple de la location du matériel de sonorisation qui n’est pas disponible sur place.

Pourtant, ce festival a permis la formation d’un nombre important de troupes de diwan à Bechar et dans d’autres régions d’Algérie, y compris dans celles où le rituel et la tradition n’existent pas comme Tindouf. Des diwan que les observateurs croyaient oubliés ont été redécouvert grâce à la compétition comme ceux d'Ouargla ou de Biskra. Basé sur la transmission orale, ce legs ancestral «nécessite la rencontre et l’échange humain pour durer». 

Même si les adeptes n’ont plus rien à apprendre, «la diversité de ce patrimoine reste une source intarissable d’inspiration», estiment des universitaires comme Azeddine Benyaâkoub.
Ces universitaires et chercheurs, dont Abdelwahed Fadhel ou l’ethnomusicologue américaine Tamara Turner, voient en cet événement une occasion d’approfondir leurs recherches sur le diwan, où il reste «beaucoup à faire», vu qu’il réunit un nombre important de maîtres qui se retrouvent pour perfectionner leurs répertoires ou simplement jouer cette musique en dehors du contexte du spectacle, chose impossible cette année selon les organisateurs.

Le commissaire de la manifestation, Hamdani Amari, a affirmé avoir tenté à plusieurs reprises «depuis 2013 de convaincre d’autres sources de financement en dehors du ministère de la Culture», sans grand résultat. En attendant, même le master-class qui sera présenté en clôture réunira des maâllemine (maîtres) de troupes locales au lieu de s’ouvrir aux diwan d’autres régions.Ouvert vendredi, le 8e Festival national de musique diwan se poursuivra jusqu’au 29 mai à Bechar avec une dernière soirée de compétition avant la clôture.