Pétrole Trois questions à l’expert Abdelmadjid Attar

Publié par DK NEWS le 08-02-2020, 17h57 | 12

 L’expert dans les questions énergétiques, ancien  ministre des Ressources en eau et ancien P-dg de Sonatrach, Abdelmadjid  Attar, évoque, dans un entretien accordé à l'APS, des répercussions  importantes du coronavirus sur la demande pétrolière mondiale et sur les  prix du baril qui risquent de descendre sous la barre des 50 dollars. Il  estime nécessaire que l'Opep et ses partenaires recourent à une réduction  additionnelle de leur offre d'ici mars prochain. 
 
Depuis l'apparition du coronavirus en Chine, les prix du  pétrole ont sensiblement chuté. Pensez-vous que cette épidémie virale  constitue la seule origine de cette baisse ou s'agit-il également d'autres  facteurs? 


C’est effectivement l’épidémie du Coronavirus qui est  à l'origine de la baisse du prix du pétrole, parce qu’elle a eu des impacts  négatifs sur tous les autres paramètres dont dépend le marché pétrolier, y  compris les fondamentaux. Le premier impact est déjà la baisse de la consommation chinoise de  pratiquement 3 millions de baril/jour depuis le début de l'épidémie, une  baisse causée par le recul des volumes raffinés, lui-même causé par une  énorme baisse du trafic de transport terrestre, maritime et aérien,  entrainant une hausse des stocks de carburants qui sont au maximum de leur  niveau. Cette réaction en chaine au sein du deuxième consommateur mondial de  pétrole, a aussi des impacts négatifs sur tous les échanges commerciaux et  industriels avec ses partenaires, qui entrainent automatiquement une baisse  de la demande mondiale et une augmentation des stocks, surtout dans le  secteur des transports, principal consommateur de pétrole.  
 
Faut-il s’attendre à ce que cette baisse s'inscrive dans la  durée ? 
La baisse est déjà importante puisque le baril a chuté  à 54 dollars et pourrait encore continuer de baisser pour se situer entre  45 et 50 dollars dans les mois à venir, parce que cette épidémie a eu un  impact sur la mobilité en Chine d’abord, puis entre la Chine et les autres  pays. Et qui dit mobilité dit transport,  un secteur énergivore et  principal consommateur de pétrole.  Même une solution médicale rapide à cette épidémie ne permettra un  rétablissement du marché qu’après plusieurs mois. Nous sommes donc en face  d’une situation qui peut probablement faire reculer la demande mondiale de  pétrole en 2020, et dans le meilleur des cas le stabiliser au même niveau  que 2019, ce qui signifie, dans les deux cas, un prix du baril très  fragile. 
 
Le Comite technique de l'Opep+ a recommandé, lors d'une  réunion extraordinaire tenue entre mardi et jeudi à Vienne, une nouvelle  réduction de la production pétrolière.Pensez-vous qu'une telle décision  permettrait d'équilibrer le marché pétrolier ou alors qu'une simple  prolongation de l'accord actuel de réduction de la production, au-delà du  31 mars prochain, suffirait pour soutenir les cours? Quel serait alors  l'impact sur l'Algérie? 


A mon avis la prolongation de la réduction de la  production est plus que nécessaire, mais insuffisante sur l’année 2020, au  regard des incertitudes qui existent encore sur l’évolution de la situation  en Chine au cours des prochains mois. Je pense qu’une réduction additive  est à envisager sérieusement d’ici le mois de Mars. Pour l’Algérie, ce n’est qu’un tout petit producteur au sein de l’OPEP, et  elle sera plus affectée par la baisse du prix plutôt que par une éventuelle  baisse de production de sa part.  Si le baril se stabilise ou atteint une moyenne de 50 dollars pour toute  l’année 2020, il y aura automatiquement des impacts négatifs sur  l'économie, mais Il est trop tôt pour avancer la moindre hypothèse au sujet  des programmes de développement. Une loi de finances complémentaire est  prévue pour cette année, et je pense qu'elle va répondre à cette question.