Le FMI considère que les subventions énergétiques et alimentaires dans les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) sont coûteuses et inefficaces, suggérant que les pays qui n’ont pas encore entrepris de réformes en la matière devraient commencer à s’y préparer en améliorant la transparence et la sensibilisation au coût des subventions et en mettant en place des dispositifs efficients de protection sociale.
Dans une étude publiée jeudi, l’institution de Bretton Woods indique que le coût des subventions dans les pays du MENA est «très élevé» et que ''ce fardeau est de plus en plus difficile à supporter».
C’est le cas notamment des subventions énergétiques qui ont coûté près de 237 milliards de dollars en 2011 dans cette région, soit l’équivalent de 48% des subventions mondiales et de 8,6% du PIB du MENA.
Elles se sont élevées à 204 milliards de dollars dans les pays exportateurs de pétrole de la région et à 33 milliards de dollars dans les pays importateurs. Quant aux subventions alimentaires, elles ont été estimées à 22 milliards de dollars en 2011, soit 0,7% du PIB.
Recours excessif aux subventions généralisées
Selon les auteurs de cette étude, étant donné la faiblesse des dispositifs de protection sociale, les pays de la région MENA «recourent excessivement» aux subventions généralisées pour soutenir les revenus réels et lutter contre la pauvreté en appliquant des prix abordables pour les produits de grande consommation, ainsi que pour protéger la population des chocs causés par les variations des cours des produits de base.
Cependant, notent-ils, les subventions sont souvent inefficaces et ne sont ni bien ciblées ni rentables en tant qu’outil de protection sociale.
«Les subventions profitent aux pauvres dans une certaine mesure, mais les riches en sont les principaux bénéficiaires car ils consomment davantage de biens subventionnés, en particulier les produits énergétiques», constate le FMI.
Dans ce sens, ajoute l’étude, les subventions, en particulier aux produits énergétiques, ont un coût économique en faussant les prix relatifs, ce qui favorise la surconsommation et la mauvaise affectation des ressources, réduit les ressources exportables et limite donc l’accumulation de richesse pour les pays exportateurs d’énergie.
En outre, les subventions encouragent la contrebande et le marché noir, ce qui peut entraîner des pénuries des produits subventionnés, affirme encore le rapport.
Concernant les pays exportateurs de pétrole de la région MENA, le FMI estime que du fait que les pressions budgétaires soient moins évidentes dans de nombreux pays d’entre eux, la réforme des subventions n’y semble pas encore urgente, mais elle est de plus en plus envisagée.
Quelle approche pour une réforme réussie des subventions?
Par ailleurs, l’analyse du FMI reconnaît que le rôle particulier joué par les subventions constitue un obstacle important à leur réforme et que bien qu’elle bénéficie à la croissance à long terme, l’élimination des subventions aura des effets inflationnistes à court terme et pèsera sur la compétitivité des secteurs qui dépendent de produits et services subventionnés.
«La stabilité politique joue un rôle important aussi, car beaucoup de pays considèrent que la réforme des subventions est une source potentielle de troubles, surtout dans le contexte actuel'', souligne encore le FMI.
Quant à la démarche à entreprendre pour une réforme réussie des subventions, le FMI propose que les pays du MENA doivent adapter leur stratégie de réforme à leur propre situation, mais il recense un certain nombre de facteurs qui sont susceptibles d’assurer le succès de l’opération.
A ce propos, il préconise une ''préparation minutieuse'' avec une bonne planification du rythme et de la portée des réformes, une forte volonté de réforme de la part des autorités qui doivent obtenir un consensus favorable à la réforme, la mise en place ou le développement de dispositifs efficaces de protection sociale pour atténuer les effets de la réforme des subventions sur les populations vulnérables, et des conditions économiques favorables, en particulier une croissance économique relativement élevée.