Libye : Le Conseil de sécurité fait le point sur la situation en Libye

Publié par Dknews le 18-07-2014, 16h26 | 23

Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Libye, Tarek Mitri, a présenté jeudi, devant le Conseil de sécurité, le point de situation sur ce pays en prévenant que la crise libyenne risquait non seulement de s’aggraver rapidement mais de menacer aussi la fragile transition.

‘‘Le rythme rapide de l'évolution de la situation montre la polarisation qui caractérise la conduite du processus politique en cours dans ce pays’’, a avisé M. Mitri qui a également confirmé l'évacuation de 160 membres du personnel de l'ONU depuis les derniers affrontements à Tripoli.

‘‘Nous sommes au milieu d'une confrontation majeure entre deux groupes rivaux qui s'affrontent dans la capitale libyenne.

Cette confrontation a culminé par les affrontements qui se sont produits aux abords de l'aéroport de Tripoli et qui sont une démonstration des tentatives menées par ces groupes afin de contrôler l'aéroport’’, a rappelé M. Mitri par visioconférence.

A ce propos, il a relevé que l'appel pour un cessez-le-feu lancé par le gouvernement libyen, qui a aussi appelé la communauté internationale à l'aider, n'a pas été entendu’’.

M. Mitri a poursuivi sa présentation en indiquant que durant son exposé du mois dernier, il avait fait part de son intention de convoquer une réunion des représentants de toutes les parties actives en Libye pour discuter d’un accord sur les principales questions à la transition politique, sur les priorités qui se posent au niveau national concernant le reste de la période de transition, et sur les questions sécuritaires immédiates et d’autres problèmes et sujets qui divisent la société libyenne.

Selon lui, les documents préparatoires à la tenue de cette réunion ‘‘ont été rendus publics à cause de fuites organisées, et les informations qui y étaient contenues déformées et mal interprétées par certains médias’’.

En raison de ces fuites, ‘‘certains participants qui avaient initialement donné une réponse positive concernant leur participation ont exprimé leur réticence à s’engager dans un dialogue qu’ils pensaient être biaisé et potentiellement favorable à leurs opposants’’ a-t-il avancé.

La réunion a donc été annulée, a dit M. Mitri qui a considéré que c’est une occasion manquée surtout au vu des affrontements armés qui ont embrasé le pays.

Si la Libye échoue, les répercussions seront immenses et incontrôlables

Intervenant également lors de cette réunion du Conseil de sécurité, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale de la Libye, M. Mohamed Abdelaziz, a parlé du ‘‘stade critique’’ dans lequel se trouve son pays.

La Libye ‘‘est à un stade où les choses avancent vite et où les défis menacent la transformation démocratique à laquelle le pays aspire et risquent de créer en Libye un Etat failli’’, a noté M. Abdelaziz.

Le ministre a cité les défis sociaux auxquels fait face son pays, comme la situation des réfugiés et des déplacés, les conflits tribaux, la fuite de certaines personnes et de groupes entiers, par crainte des poursuites qui pourraient être lancées contre eux, la passivité de l’opinion publique et la crise de confiance entre le peuple et le gouvernement libyen.

Il a également cité les défis économiques comme la chute de la production pétrolière et la perte d’environ 30 milliards de dollars de revenus pétroliers, l’étiolement des services de base et la montée vertigineuse du chômage qui pousse les jeunes à se joindre aux groupes armés.

Quant aux défis politiques, il a évoqué les conflits entre partis politiques, l’absence d’un dialogue national et les conséquences ‘‘de la catastrophique loi sur l’isolement  qui interdit à tous ceux qui ont travaillé dans l’appareil administratif ou politique de l’ancien régime d’occuper aujourd’hui un poste de haut rang alors que parmi ces gens figurent des technocrates qui n’ont jamais eu de lien direct avec l’ancien régime.’’

Il a poursuivi sa déclaration en abordant les défis militaires qui se posent à la Libye, en soulignant que ces trois dernières années, les objectifs fixés en matière de défense et de police n’ont jamais pu être atteints et ne se sont jamais concrétisés.

Aujourd’hui, a dit M. Abdelaziz, la Libye est affectée par un conflit entre ceux qui veulent bâtir un Etat de droit et instaurer la bonne gouvernance et ceux qui s’y opposent, et qui préfèrent parler de création d’émirats placés sous le contrôle de chefs de guerre.

‘‘Si la Libye devait échouer, otage des groupes radicaux et des chefs de guerre, les répercussions de cet échec seraient immenses, voire incontrôlables’’, a averti le ministre libyen. ‘‘A l’heure actuelle, je vous le dis avec certitude, il y a un grave déséquilibre entre les problèmes que subit la Libye et ce que fait la communauté internationale pour venir en aide au pays’’, a affirmé M. Abdelaziz.

C’est dans ce sens qu’il a préconisé qu’un tel déséquilibre doit être corrigé avec la mise en place d’une Mission de stabilisation et d’édification des institutions, en remplacement de la MANUL, ''qui apporterait un appui concret, structurel et législatif dans les domaines prioritaires, et qui constituerait la base d’un
Etat de droit en Libye.''

Cette Mission, selon lui, aurait pour mandat de renforcer les Forces de sécurité libyennes pour mettre en place une armée, une police et une structure de renseignements efficaces, sans oublier de procéder au désarmement et à la démobilisation des groupes armés, comme elle pourrait fournir un appui aux pays voisins pour sécuriser leurs frontières avec la Libye.