Le dernier film documentaire de Nazim Souissi et Zineb Merzouk, "Merci pour la civilisation", projeté mercredi soir, à Bejaia, a éclairé le public sur un pan, peu connu, de l’histoire du début de la colonisation française en Algérie (1830-1834), notamment l'occupation d’Alger qui fut désastreuse et sanglante.
Massacre de populations, notamment la tribu d’El-Ouffia, aux portes d’Alger (1832), l'incitation forcée des élites à l’exil, la destruction des lieux de savoirs, de culte et d’éducation dont la fameuse bibliothèque d’Alger, les déplacements des populations et la spoliation de leurs biens, la destruction du savoir-faire industriel et artisanal local, ont été le lot du début de la colonisation.
"On a tué des gens juste pour faire commerce de leurs os et alimenter les fours des raffineries de sucre de Marseille", a souligné sur la foi de témoignages la voix off accompagnant le déroulé du film.
"C’était ça la civilisation", a ironisé durant les débats, Nazim Souissi, qui n’a pas manqué de mettre en évidence, l'Algérie, de cette époque, son niveau de développement économique et culturel, qu’il a jugé, en se basant sur des statistiques d’époque, "des plus respectables".
Le film est un pamphlet anticolonialiste. A partir de documents d’archives, de témoignages d’époque, et de représentations iconographiques, les auteurs se sont attachés à livrer une enquête journalistique et dérouler le fil de l’histoire dans sa stricte vérité.
Un montage historique réussi, rendu encore plus édifiant avec l’intervention d’universitaires, dont Daho Djerbal qui a, à chaque fois, donné ses analyses, sa lecture personnalisée des événements, et les perspectives envisagées pour décoloniser les esprits et écrire la vraie histoire.
"Absolument prenant et captivant", a déclaré un spectateur visiblement charmé, estimant que "le film devrait être diffusé dans les tous les cours d’histoire".