Grèce : Le gouvernement en quête de soutiens européens pour alléger sa dette publique

Publié par DKnews le 01-02-2015, 18h31 | 47

Le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a entamé hier une tournée dans des pays européens en quête de soutien pour alléger le fardeau de la dette publique de son pays tout en rassurant ses créanciers, ont rapporté des médias.

M. Varoufakis entame sa tournée par une visite à Paris où il doit rencontrer son homologue français Michel Sapin, et le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, avant de se rendre à Londres où il s'entretiendra demain avec son homologue britannique George Osborne et des représentants des milieux d'affaires de la City.

Mardi, il sera à Rome pour renconter son homologue italien Pier Carlo Padoan. Depuis la victoire électorale du parti anti-austérité, Syriza, dimanche dernier, le nouveau gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras tient ses partenaires européens en haleine sur la question du remboursement de la dette grecque.

Au cours de ses rencontres, M. Varoufakis aura une «approche technique du dossier», avec des arguments rigoureux et chiffrés pour obtenir des soutiens, selon son entourage.

Vendredi, le chef de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem s'était rendu à Athènes et les échanges avec M. Varoufakis devant la presse ont été «glacials», le ministre néerlandais mettant en garde contre le non-respect des accords passés par la Grèce, qui ploie sous une dette supérieure à 300 milliards d'euros, représentant plus de 170% de son PIB.

Syriza, la formation de M. Tsipras, a remporté sa victoire grâce à la promesse de remettre en cause les politiques d'austérité imposées par les créanciers de la Grèce en échange de leurs largesses. La Grèce peut-elle obtenir davantage de temps pour rembourser, des échéances plus légères, ou carrément effacer une partie de son ardoise, s'interroge-t-on à Athènes.

M. Varoufakis aura aussi pour mission de clarifier la position d'Athènes sur les aspects techniques de la négociation. Actuellement, les créanciers de la Grèce sont représentés par la «Troïka», réunissant le FMI, la Commission européenne et la BCE (Banque centrale européenne).

Le nouveau gouvernement grec dominé par le parti de gauche radicale Syriza veut effacer une partie de la lourde dette publique du pays, et remettre à plat les accords passés avec ceux qui la détiennent, à savoir le FMI,  la Banque centrale européenne, et les Etats européens. 

Ces accords, en échange d'une aide globale de 240 milliards d'euros et de mesures de clémence financière prises à partir de 2010, fixent à Athènes des objectifs très contraignants, consistant à dégager chaque année un excédent budgétaire conséquent et à faire contracter fortement sa dette.
Le ministre des Finances grec assure dans un entretien publié dimanche que le programme d'austérité mené dans son pays est «très mauvais pour toute l'Europe».

Merkel écarte toute idée d'effacement de la dette

La chancelière allemande Angela Merkel est montée samedi au créneau pour écarter toute idée d'effacement pur et simple de la dette grecque, largement détenue par les Etats européens.
«Il y a déjà eu un renoncement volontaire des créanciers privés, les banques ont déjà renoncé à des milliards de créances sur la Grèce», a justifié la dirigeante dans un entretien au quotidien de Hambourg Abendblatt.

«Je ne vois pas de nouvel effacement de la dette», a précisé Mme Merkel. Il s'agit de la première interview de Mme Merkel depuis la victoire de la Gauche radicale Syriza en Grèce dimanche. 
Jusqu'à présent, la chancelière, trés décriée en Grèce pour l'orthodoxie budgétaire qu'elle prône depuis le début de la crise de la dette en zone euro, avait réagi par communiqué à la nomination de M. Tsipras, ou par la voix de son porte-parole.

Début 2012, la Grèce avait procédé à une opération d'échange de dette: les créanciers privés avaient vu leurs titres remplacés par d'autres moins rentables.   Quelque 100 milliards d'euros de dette ont ainsi été effacés.

Mais le pays sous assistance financière internationale depuis 2010, croule toujours sous le poids d'une dette qui atteint quelque 175% de son Produit intérieur brut (PIB).

L'Europe «va continuer de montrer sa solidarité à la Grèce comme aux autres pays particulièrement touchés par la crise si ces pays entreprennent des réformes et des mesures d'économie», a poursuivi la dirigeante allemande, adepte de l'austérité rejetée par les nouvelles autorités à Athènes.


La Grèce choisit la banque d'affaires Lazard pour l'assister dans la gestion de la dette publique et la politique fiscale

La Grèce a chargé samedi la banque d'affaires franco-américaine Lazard de conseiller le ministère des Finances sur la dette publique et la gestion de la politique fiscale», indique un communiqué du ministère.

La société de conseil financier a déjà offert ses services à la Grèce entre 2010 et 2012 et travaille actuellement pour le conseil du fonds de restructuration bancaire grec.

Le vice-président de Lazard, Matthieu Pigasse, a estimé vendredi sur sur la radio BFM Business, que la restructuration de la dette grecque est non seulement «nécessaire» mais également «possible».
«Je pense qu'il faut réduire de moitié la dette détenue par les institutions publiques en Grèce», a-t-il ajouté.

Lors d'une restructuration de la dette grecque, en 2012, seule la dette privée avait été restructurée et non celle détenue par l'UE et le FMI, a-t-il rappelé: «sur les 320 milliards et quelque de dette, 75% est détenue par des mains publiques. La restructuration doit porter sur cette dette publique», qui représente donc environ 200 milliards d'euros.

«Il y a toute une panoplie de solutions possibles: l'allongement des maturités, la baisse des taux d'intérêt et une solution beaucoup plus radicale qui est ce qu'on appelle un +haircut+, un abattement de la dette», a-t-il expliqué.

«Je pense que si on abattait cette dette de 50%, on réduirait de 100 milliards ces 200 milliards, on permettrait à la Grèce de retrouver ce qu'on appelle un ratio dette sur PIB acceptable, aux alentours de 100 à 120% du PIB, contre la situation actuelle de 170%», a détaillé M. Pigasse.

Dans l'attente de l'issue des négociations entre la Grèce et ses créanciers publics sur l'avenir des réformes structurelles mise sur railles par Athènes en contrepartie d'une aide de 240 milliards de d'euros qui lui ont été en grande partie versés pour la sauver de la faillite, le pays est désormais soumis, selon les économistes, à un compte à rebours au terme duquel il pourrait se trouver en état d'asphyxie financière.

Le plan d'aide de l'UE doit en effet s'achever fin février, avec le versement de 7,2 milliards d'euros, sous la condition expresse que la Grèce continue d'observer une stricte sagesse budgétaire.
L'annonce de la décision grecque de s'affranchir de la troïka quitte à renoncer à ce dernier et précieux versement a fait grimper le taux de la dette à 10 ans à plus de 11%.

A un tel tarif, impossible pour Athènes de revenir emprunter sur un marché dont le pays est banni depuis 2010. Mais pour le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, la date butoir du 28 février est «une date arbitraire, fruit d'un accord négocié par le précédent gouvernement».

Le «vrai enjeu», selon lui, sera en juin, juillet, quand les obligations que détient la BCE arriveront à échéance.