Nouvelles discussions sur l'accord de libre-échange UE-USA à New York à partir de lundi

Publié par DK News le 18-04-2015, 16h41 | 25

De nouvelles discussions sur le traité transatlantique de libre-échange UE-USA, le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) vont démarrer lundi à New York, alors que dans beaucoup de pays européens, ONG et syndicats font campagne contre le projet.

Mais globalement le projet, également appelé Trans-Atlantic Free Trade Agreement ou Tafta, laisse indifférent la plupart des Européens mais déchaîne les passions en Allemagne, première économie européenne: les oppositions au futur traité y sont vives, un particularisme de la culture politique allemande qui pourrait perturber le projet, estiment les experts observateurs.

Outre les Allemands, les Autrichiens et les Luxembourgeois manifestent une forte opposition à ce vaste accord. Selon un sondage YouGov publié fin mars, 43% des Allemands pensent que l'accord, soutenu par le gouvernement, serait «mauvais» pour leur pays, contre 30% qui l'estiment «bon». Aucun autre des sept pays interrogés n'a un tel pourcentage de sceptiques.

Les réserves se focalisent sur les standards sanitaires et de sécurité, notamment alimentaires, et les mécanismes d'arbitrage international des différends économiques.

Pour Peter Sparding, chercheur du German Marshall Fund, le débat en Allemagne, «a atteint une telle ampleur que les responsables des deux côtés doivent envisager le risque d'un échec ou d'une sérieuse réduction de la voilure» de l'accord.

Sur près de 600 manifestations prévues samedi à travers le monde pour protester contre les accords de libre-échange, plus de 200 auront lieu en Allemagne, sur les 1,7 million de signatures collectées en Europe par le collectif européen «Stop TTIP», environ un million l'ont été en Allemagne - près de dix fois plus qu'en France et 50 fois plus qu'en Italie.

Pour Maritta Strasser, directrice de campagne chez Campact, l'une des ONG allemandes derrière «Stop TTIP», la singularité allemande tient à ce que la mobilisation a commencé tôt, sous l'impulsion de quelques personnalités très engagées, mais petit à petit elle gagne le reste de l'Europe. «Plus les gens en savent, plus il y a de rejet», veut-elle croire.

Mais, sans doute parce que l'Allemagne, fortement exportatrice, paraît prédestinée à tirer profit de l'accord, les avocats de TTIP, le gouvernement et les fédérations économiques allemandes mettent maintenant les bouchées doubles, avec des prévisions chiffrées de créations d'emplois et d'effets sur la croissance, soulignent par ailleurs les experts.

Sans grande chance de faire bouger les lignes, tant les positions sont figées, relève le chercheur du German Marshall Fund.

La plupart des observateurs se retrouvent sur un point: la vigueur du débat doit beaucoup au fait que «cela va bien pour l'Allemagne en ce moment», explique Tanja Borzel, professeur de sciences politiques à l'Université Libre de Berlin.

L'économie crée des emplois, les revenus augmentent, les Allemands ont plus le loisir de se pencher sur des débats de société que leurs voisins français par exemple qui ont «bien d'autres problèmes à l'heure actuelle», relève-t-elle.