Lutte contre toutes formes de racisme en France : Enfin, le taureau par les cornes ?

Publié par Cherbal E-M le 19-04-2015, 17h07 | 53

Agissant au nom de l’exécutif français, le Premier ministre Manuel Valls a mis la machine en branle cette semaine en déclinant un plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme en France.

Issu d’une promesse électorale du président Hollande, cet acte fondateur du discours de l’Etat français sur un sujet aussi sensible semble prendre la forme d’un engagement irréversible allant dans le sens d’une institutionnalisation de la lutte contre des fléaux qui ne cessent de proliférer dans une ambiance gagnée par les discours populistes.

Choisissant la ville de Créteil, dans la banlieue parisienne, haut lieu symbolique qui a vécu récemment un acte antisémite proféré contre un couple de juifs, Valls a laissé entendre le ras-le-bol du gouvernement français qui semble résolu à mettre un terme à une situation d’impunité qui a laissé exploser les actes antimusulmans autant qu’antijuifs.

Constatant que «le racisme, l'antisémitisme, la haine des musulmans, des étrangers, l'homophobie augmentent de manière insupportable dans notre pays», le Premier ministre français a affirmé que son gouvernement est décidé à «ne plus rien laisser passer»,  soutenant, comme le rapporte l’AFP que  «les Français juifs ne devaient plus avoir peur d'être juifs», de même que «les Français musulmans ne devaient plus avoir honte d'être musulmans».

Le plan d’action présenté à cette occasion compte sur une enveloppe de 100 millions d’euros pour un échéancier de trois années et vise essentiellement trois paliers.

D’abord l’école où un travail de sensibilisation et de mémoire devra permettre aux élèves de bénéficier à chaque palier de leur scolarité de visites sur des lieux de mémoire symboliques. Une bonne partie de l’enveloppe financière servira d’autre part à une grande campagne de communication pour sensibiliser les citoyens sur ces fléaux qui gangrènent la société française.

Au niveau du droit français, le travail du gouvernement permet de classer dorénavant les actes et paroles racistes dans le droit pénal au lieu du seul de la presse comme c’était le cas jusqu’à présent. Une criminalisation que des avocats et militants des droits de l’Homme espèrent ne pas voir déborder sur la liberté de presse.

D’autre part, le nouveau plan de Manuel Valls entend autoriser les actions collectives en justice contre ces fléaux, comme cela se pratique pour la protection des consommateurs.

Se tournant vers le réseau internet, jugé comme un lieu de l’impunité, Valls promet de mettre fin à la « passivité sur internet » et prévoit donc de mettre en place une «unité de lutte contre la haine sur internet», en sommant les hébergeurs de disposer de représentation juridique sur le territoire français.

Les réactions à cette sortie du Premier ministre français vont de l’applaudissement au soutien, même du bout des lèvres, en attendant de voir concrètement le plan produire de l’effet  sur le terrain.