L'Union européenne a décidé jeudi de tripler le budget de son opération de surveillance et de sauvetage en mer Triton, actuellement de trois millions d'euros par mois, pour prévenir de nouveaux drames de l'immigration en Méditerranée.
«Nous voulons agir vite, ce qui signifie tripler les ressources financières» de cette opération, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, à l'issue d'un sommet extraordinaire des dirigeants européens convoqué après le naufrage d'un chalutier qui a fait plus de 700 morts en Méditerranée dimanche.
«Nous avons triplé Triton, alors que la proposition était de le doubler», a souligné le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Il a indiqué que les dirigeants européens avaient annoncé une hausse de leurs contributions, avec plus de navires qui vont patrouiller en Méditerranée, mais aussi des avions, des hélicoptères et du personnel.
Mme Merkel a confirmé que l'Allemagne était prête à mettre à disposition deux navires. La France a également annoncé la mise à disposition de deux navires, et la Belgique d'un.«Il est important que nous avancions sur tous les éléments pour que, si possible, une telle tragédie ne se reproduise pas» a-t-elle ajouté. Sur le mandat de Triton, «nous n'avons pas élargi aujourd'hui le champ opérationnel» permettant de sortir des eaux territoriales et d'aller plus près de la Libye.
«Mais nous avons sans doute besoin de discuter cela de nouveau», a-t-elle reconnu. En ce qui concerne l'accueil de candidats à l'asile, Mme Merkel a affirmé que les 28 n'avaient «fixé aucun chiffre parce que nous pensons que 5.000 n'est pas suffisant». Les pays se sont également entendus pour «soutenir la proposition de la Commission pour tester une répartition des migrants en cas de besoin», a-t-elle ajouté.
L'ONU appelle l'Europe à sortir de sa stratégie «minimaliste» et à «sauver des vies»
Par ailleurs, L'ONU a exhortée l'Union européenne à sortir de sa stratégie «minimaliste» sur l'immigration et à sauver des vies, soulignant que le respect des droits fondamentaux de tous les migrants et réfugiés doivent être au premier plan de la réponse de l'UE.
«L'Union européenne doit aller au-delà de sa position minimaliste actuelle sur l'immigration», ont affirmé jeudi à Genève le Haut commissaire aux réfugiés, Antonio Guterres, le Haut commissaire aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, le directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), William Lacy Swing, et le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour les migrations, Peter Sutherland.
Ceux-ci demandent aux dirigeants des vingt-huit pays de l'UE de donner la priorité au respect de la vie et de la dignité humaines, indiquant qu'il faut combattre la rhétorique raciste et xénophobe vilipendant les migrants et les réfugiés.
«La réponse de l'UE doit aller au-delà de l'approche minimaliste actuelle en dix points», proposée lundi 20 avril par les ministres européens des Affaires étrangères et de l'Intérieur et limité au contrôle de l'arrivée des migrants sur les côtes du continent.
«La sécurité, les besoins de protection et les droits fondamentaux de tous les migrants et réfugiés doivent être au premier plan de la réponse de l'UE», poursuit la déclaration commune.
Par ailleurs, ils exhortent les dirigeants européens à travailler avec les pays d'origine et de transit pour traiter des nombreux facteurs qui poussent les migrants désespérés à recourir à des voyages dangereux par la mer.
«Le seul contrôle des flux migratoires ne résoudra pas le problème de l'immigration irrégulière, et pourrait au contraire augmenter les risques et les abus auxquels les migrants et réfugiés sont confrontés», préviennent les quatre représentants de l'ONU.
Il soulignent, par ailleurs, que le seul contrôle des flux migratoires ne résoudra pas le problème de l'immigration irrégulière. Ils recommandent un éventail plus large de mesures, dont la mise en place, sans délai, d'une opération de recherche et de secours robuste, avec la même capacité que celle menée de l'an dernier par l'Italie, Mare Nostrum, et avec l'objectif clair de «sauver des vies», souhaitant aussi la création d'alternatives légales suffisantes pour éviter que les migrants ne tombent entre les mains des passeurs.
Les chefs d'Etat et de gouvernement, ont-ils soutenu, doivent également s'engager à recevoir un nombre beaucoup plus grand de réfugiés à travers des programmes de réinstallation, en plus des quotas actuels.
«Ils doivent aussi renforcer leur soutien aux pays de premier accueil, soit l'Italie, la Grèce et Malte, et répartir mieux les responsabilités à travers l'UE», estiment les dirigeants de l'ONU.Les dirigeants européens ont décidé jeudi, lors du sommet extraordinaire de l'UE sur le drame des migrants en Méditerranée, de tripler les moyens alloués pour le sauvetage des migrants en Méditerranée, et vont chercher l'aval de l'ONU pour mener des actions militaires contre les trafiquants en Libye.
Mais aucun accord n'a été trouvé pour permettre aux navires de l'opération européenne de surveillance et de sauvetage en mer Triton de sortir des eaux territoriales afin d'aller plus près de la Libye. Les dirigeants se sont aussi divisés sur la prise en charge des réfugiés, en renvoyant les décisions à plus tard.