Les nouvelles dispositions relatives aux Sociétés à responsabilité limitée (Sarl), prévues par un projet de loi avalisé récemment par le Conseil des ministres, amendent trois articles du code de commerce et y introduisent deux autres, selon le projet de ce texte dont l'APS a obtenu une copie.
Ce nouveau texte, qui sera présenté prochainement à l'Assemblée populaire nationale (APN), prévoit la suppression de l'exigence d'un capital minimum pour la création d'une Sarl, l'extension des apports de la société aux apports en industrie, la souscription et la libération des apports en numéraire, la protection des associés et l'augmentation du nombre de ces derniers.
Ainsi, l'article 566 du code de commerce est modifié et complété pour stipuler que «le capital minimum pour la création de la Sarl est fixé librement par les associés dans les statuts de la société. Il est divisé en parts sociales égales. Le capital social doit être mentionné dans tous les documents de la société». Le montant du capital minimum des Sarl est fixé par la réglementation actuelle à 100.000 DA, rappelle-t-on.
A ce propos, le directeur de la régulation et des affaires juridiques du ministère du Commerce, El Hadi Bakir, explique à l'APS qu'il n'y aura plus une limite préalable du capital minimum: «Les associés pourront déterminer, eux-mêmes et librement, le minimum du capital social qui peut aller jusqu'à un (1) DA symbolique».
Quant à l'article 567, sa nouvelle mouture indique que «la répartition des parts sociales est mentionnée dans les statuts. Les parts sociales doivent être souscrites en totalité par les associés. Elles doivent être intégralement libérées lorsqu'elles représentent des apports en nature».
«Les parts représentant des apports en numéraire doivent être libérées d'au moins un cinquième (1/5) de leur montant. La libération du surplus intervient en une ou plusieurs fois sur décision du gérant, dans un délai qui ne peut excéder cinq (5) ans à compter de l'immatriculation de la société au registre du commerce», note encore cet article.
Toutefois, indique encore l'article 567 modifié, «le capital social doit être intégralement libéré avant toute souscription de nouvelles parts sociales à libérer en numéraire, à peine de nullité de l'opération» et ajoute que «les fonds provenant de la libération des parts sociales, déposés en l'office notarial, seront remis au gérant de la société après son inscription au registre du commerce».
Concernant les apports pour une Sarl, deux articles (567 bis et 567 bis1) sont introduits dans le code de commerce actuel: «L'apport en Société à responsabilité limitée peut être en industrie. L'évaluation de sa valeur et la fixation de la part qu'il génère dans les bénéfices sont fixées dans les statuts de la société. Cet apport n'entre pas dans la composition du capital de la société» (567 bis).
«Si la société n'est pas constituée dans un délai de 6 mois à compter du dépôt des fonds, tout associé peut demander au notaire la restitution du montant de son apport» (567 bis1). Concernant le nombre des associés, l'article 590 y afférent a aussi été modifié dans le sens où «le nombre des associés d'une Sarl ne peut être supérieur à cinquante (50). Si la société vient à comprendre plus de cinquante associés, elle doit dans, le délai d'un an, être transformée en Société par actions.
A défaut, elle est dissoute, à moins que, pendant ledit délai, le nombre des associés ne soit devenu égal ou inférieur à cinquante». A rappeler que le nombre maximal actuel des associés d'une Sarl est de 20 personnes.
Encourager la création d'entreprises sous forme de pe rsonnes morales
En somme, explicite M. Bakir, le projet de loi «vise surtout à faciliter et à encourager la création d'entreprises sous forme de personnes morales, et ce, notamment pour les Sarl dont le nombre est encore insuffisant en Algérie» même si c'est la forme de sociétés la plus répandue dans le pays.
«Le gros du tissu économique national est constitué à hauteur de plus 90% de personnes physiques.
Nous voulons renverser la tendance et privilégier la création, le plus possible, de sociétés», soutient-il. Il s'agit également, poursuit le même responsable, «d'améliorer l'indicateur relatif au climat des affaires en Algérie ainsi que son classement au niveau des références internationales» tel le rapport annuel «Doing business» de la Banque mondiale.
A fin 2014, le tissu économique national était composé de 1,7 million d'opérateurs économiques inscrits au registre du commerce dont 157.122 seulement représentant des personnes morales, soit moins de 10% du nombre global des inscriptions. Le nombre de Sarl était à 134.301 à fin 2014, soit 85% du nombre global des sociétés inscrites au registre du commerce.
Les motifs des amendements
Le projet de loi modifiant le code de commerce, avalisé récemment par un conseil des ministres, prévoit de nouvelle mesures pour les Sociétés à responsabilité limitée (Sarl). Voici les motifs d'amendement tels que présentés par les concepteurs de ce texte dont une copie a été obtenue par l'APS:
1- Suppression de l'exigence d'un capital minimum pour la création d'une Sarl:
«Elle s'inscrit dans le cadre de l'encouragement de la création des PME. En effet, cette exigence était justifiée par le fait que la capital social constitue un gage exclusif pour les créanciers de la société».
«Toutefois, cette exigence n'est plus justifiée puisque les apports effectués pour constituer le capital peuvent être librement utilisés et entièrement dépensés ou investis juste après la constitution, et les pertes peuvent atteindre même le capital social.
En réalité, la valeur de la société est évaluée à travers sa capacité d'investir et non du montant de son capital social et les associés peuvent recourir à d'autres moyens de financement, notamment les crédits bancaires».
«Par ailleurs, le montant du capital minimum de la SARL, fixé par la loi, qui est de 100.000 DA, est insignifiant et ne peut constituer une garantie pour les créanciers.»
2- La souscription et la libération des apports en numéraire: «L'article 567 du code de commerce exige la souscription en totalité et la libération intégrale des parts sociales, qu'elles représentent des apports en nature ou en numéraire».
«Dans le souci de simplifier la création des Sarl, le projet prévoit la suppression de l'obligation de la libération totale des apports en numéraire et de limiter cette obligation aux apports en nature.»
3- L'extension des apports de la société aux apports en industrie: «Le projet de loi prévoit que l'apport en Sarl peut être en industrie à l'instar de ce qui est consacré dans certains pays. C'est ainsi qu'il prévoit dans l'article 567 bis nouveau que l'évaluation de la valeur de cet apport et la fixation de la part qu'il génère dans les bénéfices, sont fixées dans les statuts de la société et que cet apport n'entre pas dans la composition du capital de la société».
4- La protection des associés: «Le texte prévoit une protection particulière des associés, en leur octroyant la possibilité de restituer les apports qu'ils ont déposés auprès du notaire en cas de non constitution de la société dans un délai de six (6) mois à partir de la date de leur dépôt. A défaut, de non aboutissement de la restitution des apports par voie ordinaire, ils peuvent demander au juge du référé l'autorisation de retrait du dit montant.»
5-L'augmentation du nombre des associés: «Le projet de loi propose d'augmenter le nombre à 50 associés (contre 20 actuellement), et ce, afin d'éviter la transformation de la Sarl en une société par action et permettre ainsi aux associés de continuer à exercer leur activité en la forme de la Sarl dans le cas où le nombre d'associés venait à connaître une augmentation supérieure au seuil légal existant.»
«La Sarl est souvent qualifiée de PME à vocation familiale dont lesparts sociales sont librement transmissibles entre ascendants et descendants. Dés lors, le nombre d'associés peut connaître une augmentation supérieure au seuil maximum d'associés. Leur imposer de transformer leur société en une autre forme de société risque de s'opposer à leur volonté de continuer à exercer leur activité en la forme de Sarl.