L’échange de mets entre voisins pendant : le Ramadhan à Khenchela Une pratique «résistante»

Publié par Dknews le 22-06-2015, 17h22 | 24

Si beaucoup de traditions propres au mois de Ramadhan ont tendance à se perdre, sacrifiées sur l’autel de la modernité, il en est une qui «tient bon» à Khenchela : l’échange de plats et de mets entre voisins.

La «résistance» de cette pratique qui remonte à des temps immémoriaux, n’est pas pour déplaire à Mme Atika B., une quinquagénaire qui affirme se souvenir qu’enfant, elle assistait sa mère dans la cuisine avant d’emporter, à l’approche de la rupture du jeûne, une partie des plats mijotés chez les voisins.

Cette femme raconte que les voisins «acceptaient le don avec une joie aussi immense que celle qu’ils ressentaient en me tendant une assiette provenant de leur propre cuisine, délicatement recouverte d’un torchon propre». C’est une pratique qui renforce les liens entre proches et voisins et qui constitue, dans certains cas, une forme de solidarité avec les ménages démunis, n’ayant pas les moyens de préparer autre chose que la chorba du f’tour, ajoute Atika.

Pour Raouf Ch., 28 ans, un cadre originaire de la commune d’Aïn Touila, les traditionnels échanges de mets «ne sont plus aussi systématiques que par le passé mais il n’est pas, pour autant, rare de voir des assiettes recouvertes de serviettes sortir, à l’approche du Maghreb, sortir d’une maison pour entrer dans une autre». Il reste, ajoute Raouf, qu’il n’est pas une seule famille à Khenchela, la perle des Aurès quelle soit aisée ou de condition modeste, à ne pas penser aux voisins lorsqu’elle prépare un mets traditionnel savoureux et apprécié de tous, comme une chekhchoukha.

«Lorsque le repas est copieux, connu pour être aimé de tous, toutes les familles sont très enclines à le partager avec les proches voisins en ce mois de pitié et de partage», explique le jeune homme. Autre tradition persistante en pays chaoui : celle qui consiste à célébrer les enfants jeûnant pour la première fois, généralement vers 10 ans, voire avant cet âge.

Durant la journée, l’enfant est surveillé de près par sa maman qui s’assure qu’il observe correctement le jeûne et vérifie que celui-ci ne l’affecte pas physiquement. En fin d’après-midi, l’enfant est emmené dehors par son père pour flatter le jeune jeûneur devant les voisins et les amis dont certains n’hésitent pas à lui offrir des petits cadeaux.

Au f’tour, l’enfant est gâté avec les mets qu’il apprécie le plus. Mais c’est avec du lait et des dattes qu’il est toujours invité à rompre le jeûne. «Ces traditions, pour surannées qu’elles puissent paraître, nourrissent l’amour du prochain et cimentent la cohésion sociale», estime Raouf qui affirme que rien que pour cela, «il faut tout faire pour les préserver».