Les dirigeants de la zone euro se réunissent mardi pour un sommet extraordinaire à Bruxelles où ils vont essayer d'empêcher une dérive de la Grèce hors de la monnaie unique, au surlendemain du non massif exprimé par les grecs aux propositions des créanciers de leur pays (UE, BCE, FMI).
Avant un sommet extraordinaire de la zone euro prévu à 16H30 GMT, les ministres des Finances de la zone euro se sont retrouvés à la mi-journée à Bruxelles.
Les dirigeants de ladite zone vont explorer lors de ce sommet les minces chances de sauvetage de la Grèce, qui risque de dériver hors de la monnaie unique, si elle n'obtient pas rapidement une nouvelle aide financière.
Ces dirigeants attendent de la Grèce des propositions de réformes «crédibles» pour éviter le scénario du pire au pays qui risque de dériver hors de la monnaie unique, et afin de pouvoir négocier éventuellement un nouveau plan d'aide et pourraient se contenter dans l'immédiat d'envisager une forme d'aide humanitaire à apporter à la Grèce.
«Ma volonté, mon souhait, est d'éviter un Grexit» (une sortie de la zone euro, ndlr), a déclaré mardi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, au Parlement européen.
A quelques heures d'un sommet de la zone euro à Bruxelles, M. Juncker a jugé qu'il «est temps de se retrouver à la table des négociations». «Je veux que nous nous rassemblions pour trouver une solution», a-t-il insisté, même si «cette solution, on ne la trouvera pas aujourd'hui».
Les Européens divisés
Un volontarisme de moins en moins partagé au sein de la zone euro, où une majorité de pays ne veut plus venir en aide à la Grèce, après deux plans d'aide d'un montant total de 240 milliards d'euros.
Les pays plus durs à l'encontre d'Athènes sont sans surprise l'Allemagne, mais aussi les pays de l'est, ainsi que ceux qui ont été durement frappés par la crise de la dette, comme l'Irlande et le Portugal.
La France, quant à elle, tente de faire entendre un autre son de cloche en prônant notamment un «rééchelonnement» de la dette grecque, qui avoisine les 180%. Lundi soir, les deux têtes de la zone euro, François Hollande et Angela Merkel, se sont vus pour tenter de trouver une ligne commune.
Ils se sont mis d'accord pour faire pression sur le Premier ministre grec Alexis Tsipras en exigeant de lui des «propositions tout à fait précises» et «sérieuses» pour pouvoir éventuellement négocier un nouveau plan d'aide.
Pour sa part, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici a estimé mardi que «c'est aux Grecs de «dire comment ils souhaitent agir pour éviter le pire».
Mais si le résultat n'est pas jugé satisfaisant, une sortie de la Grèce de la zone euro n'est «pas exclue», a averti Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne.
Tsipras consolide sa position à l'intérieur
Le Premier ministre grecque a cherché à consolider encore sa position, convoquant pour la première fois les dirigeants des partis d'opposition grecs ensemble.
Un texte commun est sorti de la réunion, à laquelle seul le parti néonazi Aube dorée ne participait pas. Il plaide pour la conclusion d'un accord couvrant les besoins de financement de la Grèce accompagné de réformes et d'efforts budgétaires «justement répartis».
Les banques grecques resteront fermées au moins jusqu'à mercredi, et les mesures de contrôle des capitaux seront maintenues. Cet état d'urgence financier empêche la banqueroute immédiate, mais aggrave de jour en jour l'asphyxie économique.
Lundi soir, une source du gouvernement grec a indiqué que M. Tsipras avait déclaré au président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi que les banques grecques, fermées pour empêcher leurs clients de vider leurs comptes, devraient rouvrir avec l'aide de la BCE. M. Tsipras s'est également entretenu avec la directrice générale du FMI Christine Lagarde «de la nécessité de trouver une solution viable aux problèmes réels de l'économie grecque», selon cette source.
Appels au compromis
Les Etats-Unis ont exhorté lundi les dirigeants européens et ceux de la Grèce à trouver un compromis. Le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, a appelé les parties «à se mettre d'accord sur un ensemble de réformes et un financement qui permettent à la Grèce d'être sur la voie d'une gestion durable de sa dette, mais aussi de la croissance économique».
Le président américain Barack Obama s'est entretenu lundi de la crise grecque avec M. Hollande, a indiqué la Maison Blanche. Les deux hommes ont évoqué «l'importance de trouver la voie à suivre pour permettre à la Grèce de reprendre les réformes et de retourner vers la croissance (...) à l'intérieur de l'eurozone» et ont reconnu «que cela va nécessiter des compromis difficiles de tous les côtés», selon la présidence américaine.
Le FMI, l'un des acteurs majeurs d'une crise qui dure depuis 2010, a choisi la sobriété. «Nous surveillons la situation de près et nous nous tenons prêts à aider la Grèce si on nous en fait la demande», a déclaré Mme Lagarde.
Le FMI a pourtant contribué à entretenir la tension entre Athènes et ses créanciers en remettant avec fracas sur la table la semaine dernière la question d'une restructuration de la dette grecque.
La BCE durcit les conditions de son aide d'urgence aux banques d'une Grèce menacée de dérive financière
La Grèce, au centre de discussions d'un sommet extraordinaire européen mardi pour explorer les minces chances de sauvetage du pays, ne doit sa survie qu'au maintien, lundi soir, du niveau actuel des prêts d'urgence (ELA) de la BCE aux banques grecques, en l'absence d'une nouvelle aide financière.
Les coffres de la Grèce sont presque vides et le pays doit faire face dans les prochains jours à différents remboursements, certains à des créanciers privés, mais surtout plusieurs milliards d'euros à la Banque centrale européenne le 20 juillet, alors que les partenaires européens du pays restent intransigeants sur l'impérativité d'«un programme grec de réformes crédible», comme préalable à une reprise des discussions, interrompues dès l'annonce d'un référendum sur le plan d'austérité présenté par les bailleurs de fonds du pays.
Si Athènes ne paye pas ou ne trouve pas un accord, la BCE pourrait lâcher les banques grecques, conduisant le pays à une sortie de la zone euro et à une dérive financière.
La BCE, qui avait décidé de prolonger son aide d'urgence aux banques grecques après le rejet des Grecs des propositions des créanciers du pays, en durcit cependant les conditions, rappelant que l'ELA peut seulement être octroyé en échange de «collatéraux» suffisants, des titres mis en garantie par les banques grecques pour avoir accès aux prêts d'urgence auprès de la Banque de Grèce).
Or, souligne-t-elle lundi, la dégradation financière de la Grèce a un impact sur ces «collatéraux», justifiant une augmentation de la décote qui leur est appliquée, tout en laissant cependant une marge de manoeuvre aux banques grecques pour l'avenir, sans les «asphyxier», assure-t-telle. Les banques grecques resteront fermées au moins jusqu'à mercredi, tandis que les mesures de contrôle des capitaux seront maintenues.
La crise grecque continue de peser sur la devise européenne
L'euro baissait face au dollar mardi, affecté par les incertitudes persistantes sur l'avenir financier de la Grèce à quelques heures d'un sommet extraordinaire de la zone euro, déterminant pour l'avenir du pays au sein de l'Union monétaire.
La monnaie européenne valait 1,0972 dollar en milieu de matinée, contre 1,1057 dollar lundi soir.
Elle reculait également face à la devise japonaise, à 134,47 yens contre 135,50 yens la veille au soir, tandis que le dollar se stabilisait face à la monnaie nippone, à 122,57 yens contre 122,55 yens lundi.
«La probabilité accrue d'un défaut de paiement de la Grèce et de sa sortie de la zone euro contribue à un climat d'échanges peu favorable à la prise de risques à court terme», commentait un analyste chez Bank of Tokyo-Mitsubishi.
Les cambistes sont sur la défensive depuis dimanche et la victoire du non au référendum grec de dimanche sur les mesures demandés par les créanciers du pays, alors que l'Eurogroupe se retrouve mardi à Bruxelles pour explorer les minces chances de sauvetage d'une Grèce en état d'urgence financière.
Ce sommet extraordinaire doit être précédé dans la matinée par une réunion des ministres des Finances de la zone euro qui doivent discuter des conséquences du non au référendum et de la mise en place éventuelle d'un troisième plan d'aide pour Athènes.
Dans ce contexte, «le risque de contagion lié à un +Grexit+ (contraction en anglais de Grèce et sortie signifiant la sortie du pays de la zone euro, NDLR) commence à être de plus en plus agressivement inclus» dans les cours, commentait un analyste chez TradeNext.
Ainsi, les actifs jugés à risques, comme l'euro, étaient sous une pression accrue.
Autre source d'inquiétude pour les cambistes et alimentant leur aversion pour les investissements risqués, la débâcle sur les marchés chinois se poursuivait, et ce en dépit des efforts du gouvernement pour l'enrayer.
De son côté, la livre britannique montait légèrement face à la monnaie européenne, à 70,76 pence pour un euro, mais baissait face au dollar, à 1,5503 dollar pour une livre.
La devise suisse progressait face à l'euro, à 1,0395 franc pour un euro, mais reculait face au dollar, à 0,9475 franc pour un dollar.
L'once d'or valait 1.166,79 dollars, contre 1.166 dollars lundi soir.
Mme Christine Lagarde : «Le FMI est prêt à aider la Grèce si on lui en fait la demande»
La patronne du FMI, Mme Christine Lagarde, a déclaré lundi que l'institution qu'elle dirige est prête à aider la Grèce «si on lui en fait la demande».
«Nous surveillons la situation de près et nous nous tenons prêts à aider la Grèce si on nous en fait la demande», a déclaré la directrice générale du Fonds monétaire international dans un communiqué, ajoutant que le FMI avait «pris acte» du référendum de dimanche.
Les Grecs ont massivement dit non aux réformes et coupes budgétaires demandées par les créanciers d'Athènes (FMI, Union européenne, Banque centrale européenne) en échange de la poursuite des aides financières.
Le FMI apporte traditionnellement son aide à la requête d'Etats en grandes difficultés financières. Mais la situation avec la Grèce est toutefois particulière : le pays a fait défaut le 30 juin vis-à-vis du FMI qui ne peut, en conséquence, plus lui apporter la moindre assistance financière tant que les arriérés de 1,5 milliard d'euros n'auront pas été soldés.
Le Fonds a appelé les Grecs à de nouvelles mesures d'économie mais exhorte également les Européens à faire un geste pour alléger la dette faramineuse du pays.
Selon les estimations du FMI, la Grèce aura besoin d'au moins 50 milliards d'euros sur les trois prochaines années, dont 36 milliards d'argent frais des Européens.
Alors que le volet européen du plan d'aide à la Grèce a expiré la semaine dernière, celui du FMI court lui en théorie jusqu'au printemps 2016. La Grèce a ainsi encore droit à 16 milliards d'euros de prêts de l'institution financière internationale.