Bordj Bou Arréridj : En présence de milliers de personnes cheffa enterre ses enfants dans la douleur

Publié par M. B. le 26-07-2015, 18h09 | 76

Samedi après-midi, ils étaient des milliers à venir rendre un dernier hommage à ces 7 jeunes victimes d’une asphyxie dans un puits, dans la nuit du vendredi à samedi, au village de Cheffa, 45 kilomètres à l’est du chef-lieu de la wilaya de Bordj Bou Arréridj.

Il était 15h et les sept cercueils, déposés à peine durant une quinzaine de minutes dans la maison familiale, devaient déjà quitter la demeure des Bendjedou à destination du cimetière. Cheffa crie à nouveau comme un seul homme, pleure de toutes ses larmes ses enfants.

Il faut dire que la douleur est immense, insurmontable. Et ce n'était pas tout le monde qui pouvait résister face aux cris des proches, on craquait les uns après les autres. Ni le soleil de plomb ni l’éloignement n'ont pu retenir les foules de citoyens venus des quatre coins de la région assister les habitants de Cheffa dans cette dure épreuve qui a laissé 6 veuves et pas moins de 14 orphelins.

Les sept victimes sont mortes lors d'une opération de secours qui a mal tourné. Ils  sont tous  membres d'une même famille. L'incident a eu lieu dans un garage au village de Cheffa, près de Khellil, une quarantaine de kilomètres du chef lieu de la wilaya de Bordj Bou Arreridj.

C'est en voulant porter secours à une personne tombée dans le puits, que les d'autres membres de sa famille sont successivement descendus dans la cavité et n'en sont pas remontés, indique le chargé de la communication à la direction de la protection civile de Bordj Bou Arréridj, le capitaine Ali Dahmane Rabah.

Alertée, la protection civile est à son tour intervenue pour repêcher les corps et sécuriser les lieux. Une enquête a été aussitôt lancée pour établir les circonstances précises de ce drame, conclut notre interlocuteur.

De son coté, le directeur par intérim de la protection civile de la wilaya de Bordj Bou Arreridj, le commandant Boukhlifa Abdellah, a expliqué les dangers du travail dans des lieux confinés. «Le puits de 18 mètres de profondeur et d’une ouverture de 1 mètre carré ne disposait ni de ventilateur ni de dispositif d'arrêt du moteur qui permet d'éviter la propagation de la fumée à l’intérieur du puits.

En plus, on a trouvé le moteur à carburant accroché à l’intérieur du puits », dira-t-il. « La combinaison fumée, monoxyde de carbone et gaz du puits rendent l’atmosphère insupportable et le risque d’asphyxie est très rapide », ajoute-t-il.

«De plus, le travail en milieu confiné exige que soient respectées scrupuleusement la qualification des personnes habilitées à y pénétrer, les règles d’hygiène et les consignes sur les moyens de protection individuelle (port du casque, gants, bottes, masque respiratoire etc.).

Par ailleurs, les mesures de formation à la sécurité et d’information sont indispensables, particulièrement en ce qui concerne le sauvetage, la sécurité incendie », précise-t-il en lançant un appel aux citoyens de ne pas s’aventurier dans ces travaux sans connaissance et de s’approcher des services de la protection civile qui sont plus équipés, formés et disponible. «Nous sommes au service du citoyen. Nous sommes disposés à l’aider, à l’assister et à le conseiller», insiste le commandant.

Pour les voisins, ce drame pouvait être évité si l’eau était disponible dans cette localité. « Nous sommes alimentés deux fois par  mois », dira un proche de la famille. « Cette situation pousse les habitants à chercher d’autres moyens pour s’alimenter en eau potable dont celui des puits», ajoute-t-il. «Ils sont descendus pour nettoyer le puits afin de l’utiliser dans leurs quotidien», précise-t-il, les larmes aux yeux.

Il est 16h. Le cimetière du village était noir de monde. Les 7 cercueils ont été déposés pour la prière du mort avant de les enterrer désormais l’un à côté de l’autre. Nous quittons Cheffa et ses larmes mais pas le sentiment d'avoir eu affaire à un malheureux évènement qui noircira encore un peu plus l’imprudence humaine face aux dangers.