Agriculture : Les politiques commerciales favorisent une dépendance des pays les moins nantis

Publié par DK News le 27-02-2014, 17h24 | 25

Les politiques commerciales de par le monde ont favorisé surtout depuis les années 1980 l’agriculture d’exportation et généré paradoxalement une dépendance de beaucoup de pays parmi les moins avancés, a affirmé mercredi à Paris le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter.

« On a investi dans l’agro-export, on a sous-investi dans les productions vivrières et dans la capacité des systèmes agroalimentaires locaux à satisfaire les besoins des communautés locales», a-t-il affirmé lors d’un séminaire international sur l’agriculture familiale, organisé en marge du Salon international de l’Agriculture qui se tient depuis dimanche dans la capitale française.

Selon le responsable onusien, cette tendance a été favorisée depuis une trentaine d’années par des plans d’ajustement structurel, par des politiques commerciales qui ont conduit à réduire les tarifs à l’importation exposant les producteurs locaux à la «concurrence déloyale par des producteurs de pays de l’OCDE». 
«Malheureusement, les victimes de ce processus sont les petits producteurs dans les pays en développement à deux titres :

ils sont moins bien outillés pour bénéficier des opportunités de l’agro-export, ils ne peuvent pas facilement respecter des exigences en matière de standards, de production, de volumes de production pour les acheteurs, et ont du mal à être attrayants pour les acheteurs qui les relieraient aux marchés internationaux «, a-t-il précisé. Ces pays moins nantis, a ajouté le rapporteur de l’Onu pour l’alimentation, « n’ont pas  gagné à l’agro-export, mais ont, au contraire, perdu puisqu’ils ont vu arriver sur leurs propres marchés locaux des produits largement subsidiés leur faisant une concurrence déloyale sur des marchés les plus proches, ceux auxquels ils auraient normalement eu le meilleur accès «. 
Evoquant les autres obstacles ayant entravé certains pays en développement dans leurs politiques respectives de promotion de l’agriculture familiale, M.De Schutter a cité la dette extérieure des pays pauvres.

«Cette dette extérieure qui continue de définir, telle l’épée de Damoclès, les politiques publiques, agricoles comprises, des pays pauvres, est un obstacle majeur à une transition vers un investissement réel dans l’agriculture familiale et dans les cultures vivrières «, a-t-il opiné, affirmant qu’il y a là une responsabilité de la communauté internationale à « favoriser l’effacement de la dette extérieure, moyennant un engagement à investir davantage dans la réduction de la pauvreté rurale «. Toute en insistant sur la nécessité d’impliquer

la paysannerie dans la formulation des politiques publiques, M.De Schutter a affirmé avoir constaté, dans bon nombre de ses missions, des « abus caractérisés « dans des positions de certains acheteurs qui, en position de force, exercent leur « diktat» sur la masse des petits producteurs qui voulaient à travers eux écouler leurs marchandises. «Depuis 2007-2008, on voit une tendance du secteur privé à une intégration verticale plus poussée, jusqu’à contribuer, parfois, à l’accaparement de terres et au contrôle de l’ensemble de la chaine d’approvisionnement, au détriment de la possibilité, pour les petits producteurs, de préserver un accès aux ressources dont ils dépendent et au détriment parois des droits fonciers pour les populations locales», a-t-il relevé 

Ce séminaire se place dans le cadre de l’Année internationale de l’agriculture familiale, proclamée pour 2014 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Selon des données rendues publiques, l’agriculture familiale produit plus de 70% de la production alimentaire mondiale et gère une proportion jugée considérable des ressources naturelles.