Ukraine: Tension en Crimée entre pro et anti-russes, Kiev craint une «intervention militaire» russe

Publié par DK News le 27-02-2014, 17h32 | 42

La tension est montée d'un cran jeudi en Crimée, péninsule russophone du sud de l'Ukraine, où des hommes armés pro-russes ont investi des bâtiments officiels provoquant la préoccupation des nouvelles autorités en place à Kiev qui ont mis en garde la flotte russe contre «toute agression militaire».

Après plusieurs semaines de violences à Kiev, les troubles se sont déplacés ces derniers jours en Crimée lorsque des milliers de manifestants russophones étaient sortis dans les rues pour protester contre le nouveau pouvoir ukrainien. Jeudi matin, une cinquantaine d'hommes armés, ont pris le contrôle du Parlement et du gouvernement de la capitale de cette région autonome Simféropol sur lesquels ils ont hissé le drapeau russe.

Le Premier ministre de Crimée, Anatoli Mohilyov a indiqué que les autorités locales s'apprêtaient à «prendre des mesures», tandis que le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a annoncé la mise en alerte de l'ensemble de la police, dont les forces spéciales.
La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, est la région d'Ukraine la plus susceptible de s'opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev après la destitution du président Viktor Ianoukovitch la semaine dernière.

Elle a été rattachée en 1954 à l'Ukraine qui faisait alors partie de l'Union soviétique. Après la chute de l'URSS en 1991, la Crimée est restée au sein de l'Ukraine, mais a reçu le statut de région autonome et continue d'héberger la flotte russe de la Mer Noire dans ses quartiers historiques.
Les pro-russes réclament la tenue d'un référendum sur le statut de la Crimée, en proie à des tensions séparatistes.

Kiev met en garde contre toute agression militaire

En réaction aux événements survenus en Crimée, le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov a lancé jeudi un avertissement aux dirigeants militaires de la flotte de Mer Noire en disant que tous les militaires «doivent rester sur le territoire prévu par les accords. Tout mouvement de troupe armé sera considéré comme une agression militaire».

De son côté, le leader du parti nationaliste Oleg Tiagnibok, l'un des trois meneurs politiques de la contestation qui a provoqué samedi dernier la chute du président pro-russe Ianoukovitch après plusieurs semaines de troubles a accusé le Kremlin de vouloir «détruire» l'intégrité territoriale de l'Ukraine.
Pour sa part, la Russie a décidé de renforcer la protection de sa flotte de la mer Noire --basée en Crimée-- et a ordonné une inspection surprise des troupes des districts militaires de l'Ouest, non loin de l'Ukraine, et du Centre, pour vérifier leur aptitude au combat. L'opération, qui mobilisera 150.000 hommes, durera jusqu'au 3 mars.

Dans une allusion à ces manoeuvres russes, les Etats-Unis ont appelé les «acteurs extérieurs» à s'abstenir de toute «provocation». «Toute intervention militaire qui violerait la souveraineté, l'intégrité territoriale de l'Ukraine, serait une grave erreur», a averti John Kerry.


Une Ukraine «souveraine, indépendante et stable» et «fermement engagée en faveur de la démocratie» constitue un «élément clé» de la sécurité dans la zone euro-atlantique, ont de leur côté affirmé mercredi les ministres de la Défense de l'Otan réunis à Bruxelles.

Le nouveau gouvernement entre en fonctions jeudi

Les événements de Crimée interviennent au moment où le nouveau gouvernement s'apprête à entrer en fonctions à Kiev sous la houlette du pro-européen Arseni Iatseniouk, une fois qu'il aura reçu le feu vert du Parlement.
Arseni Iatseniouk (39 ans) va prendre la tête du gouvernement d'union nationale appelé à diriger le pays, avant l'élection présidentielle anticipée prévue le 25 mai. Membre du parti de l'égérie de la Révolution orange Ioulia Timochenko, il a déjà été ministre de l'?économie et des Affaires étrangères.
La composition du gouvernement, qui comprend plusieurs personnalités issues du mouvement de contestation, avait été solennellement dévoilée mercredi soir par le conseil du Maïdan --composé des leaders politiques de la contestation ukrainienne, de la société civile et des groupes radicaux.

Par ailleurs, le président destitué Ianoukovitch est toujours «recherché sur le plan international»,selon la justice ukrainienne, qui a réclamé contre lui un mandat d'arrêt international pour «meurtres de masse».

Mais Viktor Ianoukovitch se considère toujours comme «le président d'Ukraine» et juge illégitime les décisions prises par le Parlement, qui a voté sa destitution et la mise en place d'un pouvoir de transition, dans une déclaration transmise jeudi aux agences de presse russe.

Le chef de l'Etat déchu, qui a disparu depuis qu'il a tenté en vain samedi d'embarquer dans un avion dans son fief de Donetsk (est), n'a donné aucune indication sur le lieu où il se trouve. Il a demandé à la Russie d'assurer sa  «sécurité personnelle» face aux «extrémistes».

La Russie a aussitôt répondu favorablement à sa demande: «Etant donné que M. Ianoukovitch s'est adressé aux autorités russes pour leur demander d'assurer sa sécurité personnelle, nous informons que cette demande a été satisfaite sur le territoire russe», a indiqué une source au sein des structures du pouvoir russe, citée par les agences russes.