Voyage maritime entre Alger et Marseille : Une traversée en toute quiétude

Publié par Rachedi et Cherbal le 24-08-2015, 00h54 | 1212

Comme toutes les compagnies de transport, confrontées en période estivale à une croissance importante de la demande, l’ENMTV s’est mise au diapason pour satisfaire les attentes de milliers de voyageurs soucieux de rallier en toute tranquillité les deux rives de la Méditerranée.

«Avec ses quatre navires dont un affrété, Algérie Ferries, c'est près de 700 traversées par an, un personnel professionnel, un service efficace, des prestations performantes et un sourire de tous les jours.

Objet d’une polémique «exagérée» et sans fondement au début de l’été, le navire grec Elyros, affrété par l’ENMTV, a de nouveau accosté à Alger pour embarquer près de 2000 voyageurs à destination de Marseille, en cette période de fin de vacances et de retours massifs de nos compatriotes vers la France. Comme à son habitude, le PDG de l’ENMTV,     M. Graira Ahcène veille au grain et suit de près les préparatifs. Une équipe de DK News a pris place sur ce navire pour relater les conditions de déroulement de la traversée

 

Contrôle de police avant l’embarquement

Après la suppression l’année dernière de la fiche de police pour les voyageurs en partance ou en provenance de l’étranger, la Direction générale de la Sûreté nationale a pris cette année de nouvelles mesures pour réduire davantage le temps de contrôle des documents de voyage au niveau des postes frontaliers maritimes, terrestres et aériens. Ainsi, au niveau du port d’Alger, six nouveaux guichets ont été installés pour contrôler les voyageurs à bord de leurs véhicules. Un couloir vert a même été aménagé pour laisser passer en priorité les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes malades. La DGSN est allée plus loin en autorisant les binationaux à entrer sur le sol algérien en présentant uniquement un document officiel (acte de naissance, carte nationale) attestant de leur nationalité algérienne. Tous ces efforts ont été salués par les passagers qui ont emprunté le 18 août dernier le navire Elyros depuis le port d’Alger à destination de la cité phocéenne (Marseille). Ces derniers ont toutefois relevé une certaine lenteur au niveau des services douaniers.

14h20, le navire Elyros accoste au port d’Alger, et la course contre la montre commence pour les membres de l’équipage qui ne disposent que de deux heures pour nettoyer et réapprovisionner le navire, en prévision d’un prochain départ sur Marseille. Pendant les prochaines 22 heures, le navire sera à la fois un moyen de transport mais aussi un hôtel flottant. Ainsi 6 cabines de luxe, 73 cabines extérieures à deux lits, 45 cabines extérieures à 4 lits, 4 cabines intérieures avec 2 lits superposés et 107 cabines intérieures de 4 lits, soit un total de 235 cabines, en plus de 636 places fauteuils et 600 places véhicules, trois restaurants et autant de cafétérias, deux gigantesque ponts, des compartiments fauteuils avec tout le luxe possible et des installations surprenantes, notamment à l’intérieur des cabines (TV, climatisation, douche, toilettes, armoire, frigo, wifi), sont mises à la disposition des voyageurs dans l’unique but d’assurer leur bien-être.

 

Un commissaire veille au grain

Suite à sa création dans les années 1974-1975, une première vague de marins algériens (les premiers à avoir été formés après l’indépendance) a rejoint la société. Mais depuis 5 années, cette génération part en retraite. Aujourd’hui une nouvelle génération a repris le flambeau, notamment au niveau de l’accueil. «Nous avons de très grandes individualités certes, mais pour ceux qui ont besoin de renforcer leurs compétences, l’entreprise a mis au point un programme de recyclage et de formation continue. Dans ce cadre, la société est liée par une convention avec l’Institut national d’hôtellerie et de tourisme de Tizi-Ouzou. Les stagiaires sont envoyés régulièrement (en petits groupes) pour approfondir leurs connaissances. Le volet formation occupe désormais une place importante dans la nouvelle stratégie de l’entreprise. Concernant la différence qui existe entre les navires El Djazair, Tariq, Tassili (qui sont conçus spécialement pour répondre aux exigences, aux besoins et aux spécificités des voyageurs algériens) et Elyros, M. Messaoudi, le commissaire, estime que le navire grec affrété à l’occasion de la saison estivale présente certains atouts que nos navires n’ont pas. Il est plus grand, en terme de capacité, il peut accueillir plus de passagers et de voitures (1800 et jusqu’à 2000 passagers). En matière de sécurité il n’existe aucun problème (les navires ont des certificats par rapport aux équipements de sécurité et de sauvetage). Il n’y a aucune restriction pour les passagers. Ils s’installent où ils veulent et comme ils veulent. On veille juste sur la sécurité. Une équipe de nettoyage travaille très tard la nuit et se met à l’œuvre très tôt le matin pour veiller sur l’hygiène et s’occuper des espaces communs (les halls, les toilettes publiques, les fauteuils). Pour les autres compartiments, chaque équipe nettoie son service. Concernant les cabines, il y a des équipes de femmes de ménage dans tous les ports sauf à Marseille (c’est tout le monde qui s’y met pour la mise au point des cabines à Marseille et l’opération débute avant que le navire n’accoste afin de ne pas causer davantage de retard). C’est une véritable course contre la montre. Il n’y a rien à craindre de ce côté, la société étant très à cheval là- dessus). Les 4 navires que gère la compagnie subissent des contrôles et des révisions périodiques. «Ils sont sûrs». L’ENMTV est également liée par des conventions internationales en matière de sécurité maritime. Les navires sont inspectés par des équipes de l’entreprise et d’autres qui relèvent des institutions internationales. 

 

Un chef au four et au moulin

La société veille à servir pour ses clients des repas sains et frais. L’approvisionnement en fruits, légumes, viandes et autres produits se fait régulièrement selon les besoins, soit au port d’Alger, à Oran, à Alicante ou à celui de Marseille. Pour des appoints uniquement, il y a également une équipe de cuisine composée de 7 personnes, chapeautée par un chef, qui est là pour assurer le service en fonction des voyages et du nombre de passagers. Le commissaire de bord est responsable de l’approvisionnement, il se fait aider dans cette tâche par un chef magasinier (chef cambusier) et un intendant. Concernant le nombre de repas servis par voyage, M. Messaoudi cite l’exemple de cette traversée. Il y a 1343 passagers à qui on doit servir 2 repas plus un petit-déjeuner (soit un total de 2686 repas et 1343 petits déjeuners). Ajoutez à cela 90 membres d’équipage dont une quarantaine de Grecs qui doivent régulièrement se restaurer (200 repas de plus). A cette occasion, M. Messaoudi a tenu à saluer les équipes en cuisine et aux restaurants, qui ne ménagent aucun effort pour satisfaire la clientèle. Les membres d’équipage ne comptent plus le nombre d’heures passées à bord, le seul objectif étant de bien faire leur travail. M. Messaoudi a reconnu que parfois il n’est pas évident de faire face à certains clients qui se croient tout permis. Il y a un phénomène qui prend de l’ampleur. Les expatriés achètent des billets cabine pour eux et enregistrent leurs enfants comme passagers fauteuil. Au moment du repas, ils exigent, parfois même d’une manière violente, de manger en compagnie de leurs enfants dans le restaurant alors qu’ils n’ouvrent pas droit. Nous gardons le sens professionnel face à ces situations, malgré les dépassements et les agressions verbales parfois. «Je dis toujours aux employés que les passagers sont nos clients et qu’il est de notre devoir de les satisfaire». M. Messaoudi essaye d’inculquer cet état d’esprit à bord et pour le moment ça marche.

Rencontré à l’heure de la préparation des repas, (9h40), le chef de cuisine Hadibi Hamid, qui exerce à bord de navires depuis 15 ans, s’est dit satisfait des conditions dans lesquelles travaille son équipe. Tous les moyens sont mis à sa disposition. «Quand on a les moyens nécessaires, on travaille plus à l’aise». Le plat du jour : quiche, poulet et purée pour les clients de la salle à manger (première classe) et ceux de la classe économique. L’important est de bien servir les clients, déclare M. Hadibi, qui souligne que «le but de son travail est d’assurer une bonne traversée aux passagers». Les plats confectionnés différent d’une traversée à l’autre. Le menu est préparé selon les produits qui sont mis à la disposition du chef. Par ailleurs, pour ne pas faire attendre longtemps les clients, deux espaces ont été transformés en salle à manger.

Par ailleurs il est à signaler le rôle primordial joué par la direction de l’hôtellerie et avitaillement qui ne ménage aucun effort pour satisfaire la demande de tous les bords.

Cette direction à la tête de laquelle se trouve un ex-officier, M. DENIDENI MOHAMED (capitaine au long cours) qui s’est reconverti suite à de multiples formations (DES en sciences du tourisme à l’ENST plus une licence en gestion hôtelière à l’université de Montpelier) veille au bon déroulement de la saison estivale pour l’ensemble de la flotte. Tous les éléments de cette structure sont mobilisés H/24 pour avitailler les navires dans tous les ports algériens (vivres, linge, produits d’accueil et matériel de restauration). Ce qu’il faut souligner, c’est que la majorité des produits servis à bord sont de production nationale (algérienne).

Aussi les navires de l’ENTMV ont été dotés de fours et moyens pour la préparation et la cuisson du pain frais et les produits de viennoiserie servis chauds à bord.

 

Une équipe médicale à pied d’œuvre

Médecin généraliste de formation, le Docteur Abdelouahab travaille sur des navires comme médecin de bord depuis 28 ans (octobre 1988). Il a également été formé à la médecine d’urgence. La médecine de mer est particulière. S’il y a une urgence, il faut prendre soi-même une décision, il n’y a pas de confrère à consulter. «Dans ce cas, on est le seul maître à bord. La décision nous revient s’il faut évacuer un malade ou un blessé soit par hélicoptère, soit en déviant le navire vers un port». Le docteur Abdelouahab a traité plusieurs urgences durant sa carrière.

Dernièrement il a dû évacuer un patient atteint d’insuffisance rénale chronique en provenance de Marseille. Ce dernier n’a pas fait de dialyse durant 14 jours. Le médecin a également aidé plusieurs bébés à venir au monde. Toutefois, le plus gros du travail concerne les consultations. En plus des 130 membres d’équipage qui viennent se faire ausculter régulièrement, les passagers profitent de la traversée pour faire examiner leurs enfants qui sont souvent déshydratés ou victimes de diarrhées. Les malades chroniques (hypertendus, malades souffrant de troubles cardiaques) qui ne peuvent pas voyager autrement que par bateau sont également pris en charge à bord. L’hôpital est équipé de deux lits, d’une pharmacie, ainsi que d’un matériel d’urgence (défibrillateurs, etc.).

Les femmes enceintes peuvent voyager normalement jusqu'à 6 mois sur un bateau mais à partir du septième mois il faut l’avis d’un spécialiste. Dernièrement 10 femmes enceintes ont pris le bateau durant la même traversée. Heureusement, aucun problème n’a été signalé. En fonction de la météo le médecin de bord peut interdire à une femme enceinte de monter dans le navire si la mer est agitée car cela comporte un risque. Mais quand il fait beau, il n’y a pas de problème. Le médecin de bord est informé à l’embarquement de la présence de femmes enceintes ou de personnes malades.

Sur un autre plan, les mêmes mesures préventives prises à l’aéroport sont prises à bord pour éviter la transmission des maladies dangereuses. Mais comme le navire ne fait pas de voyage vers l’Afrique, aucun cas de grippe aviaire ou d’autres virus n’a été enregistré. Les traitements d’urgence sont disponibles à la pharmacie. Le navire dispose d’un stock plus que suffisant. La liste des médicaments est régulièrement vérifiée (quantité et date de péremption).

Face au nombre élevé de consultations, le médecin et l’infirmier n’ont pas fermé l’œil de la nuit. Malgré la fatigue ils continuent d’assurer leur service avec le sourire.


Les assurances du commandant de bord

Diplômé en 1978 de l’Institut maritime de Bousmail, M. Zouhir Zaghli est depuis juin dernier le commandant du navire Elyros. Un homme charismatique, d’une grande sagesse, qui a passé la plus grande partie de sa vie en mer. L’intervenant a qualifié Elyros, de confection japonaise, de navire très robuste. C’est un navire gros porteur qui peut transporter jusqu’à 2000 passagers, il atteint une vitesse maximale de 23 nœuds. Il peut faire face à des vagues de 7 à 10 mètres. Les cabines sont très confortables. Les normes de sécurité sont excellentes.

Le commandant est revenu sur l’immobilisation du navire à Marseille qui, selon lui, n’avait aucun sens. C’est vrai qu’il manquait un document mais les passagers avaient été évacués par Tariq. L’armateur grec a par la suite présenté tous les certificats de sécurité et tout est en règle. A bord du navire il y a 90 membres d’équipage dont la moitié est grecque. Ces derniers s’occupent de l’entretien et des machines. L’équipage algérien s’occupe de tout ce qui concerne l’hôtellerie. La particularité d’Elyros est qu’il dispose d’un seul pont commercial, ce qui met les passagers très à l’aise. Même en étant complet, on a l’impression qu’il reste énormément d’espace. Le navire, fermé et sécurisé, convient parfaitement à notre société.

Interrogé sur la rentabilité de l’opération d’affrètement, le commandant a affirmé que le navire n’a jamais fait de voyage au-dessous de 50% d’occupation. Le fait d’être à 30% suffit largement à couvrir les frais d’exploitation. M. Zaghli a estimé que l’ENMTV a besoin d’un navire comme l’Elyros pour renforcer sa capacité de réserve. Si un des navires de l’ENMTV venait à tomber en panne, cela pourrait causer de gros problèmes. Depuis la mise en service d’Elyros, la charge sur les autres navires a baissé.

Concernant l’ouverture de nouvelles lignes vers d’autres pays européens, M. Zaghli a rappelé que l’ENMTV est une entreprise à caractère commercial. Si le besoin d’ouvrir une nouvelle ligne se fait sentir, la société étudiera la question, a-t-il indiqué. Il a rappelé que l’entretien d’un navire demande des investissements lourds. Il faut donc dégager les moyens financiers et humains nécessaires avant de commencer l’exploitation d’une nouvelle ligne.  

A propos du personnel à bord, M. Zaghli a indiqué que la relation entre lui et les membres de l’équipage est semblable à celle qu’entretient un père avec son fils. Avec cette méthode, les jeunes sont beaucoup plus réceptifs aux conseils du commandant. "

Le commandant a programmé pour le voyage retour un exercice de sécurité au profit des membres de l’équipage. Cette opération entre dans le cadre de la formation continue du personnel. Les jeunes recrues sont décrites par le commandant comme étant excellentes sur le plan professionnel et relationnel, ce qui laisse entrevoir un bel avenir pour l’entreprise.