Le CNES appelle à un «plan d'émergence à l'horizon 2035»

Publié par DK News le 24-11-2015, 23h20 | 55

Le Conseil national économique et social (CNES) a appelé lundi à Alger à la mise en place d'un «plan d'émergence à l'horizon 2035», ayant comme priorité la diversification de l'économie du pays, et la rendre moins vulnérable aux chocs pétroliers.

Dans son rapport de conjoncture économique et sociale pour le premier semestre 2015, le CNES a estimé qu'il est pertinent de tirer profit de la soutenabilité des indicateurs de la dette intérieure et externe et du niveau des réserves de change pour contracter des prêts auprès des instituions internationales et des partenaires à des conditions avantageuses.

La rencontre consacrée à la présentation du rapport du CNES s'est déroulée en présence notamment du ministre des Travaux publics Abdelkader Ouali, de celui de l'Aménagement du territoire, du Tourisme et de l'Artisanat, Amar Ghoul, du ministre de l'Industrie et des Mines Abdesslam Bouchouareb, du gouverneur de la Banque d'Algérie Mohamed Laksaci et du président du CNES Mohamed Séghir Babès. Estimant probable «une baisse du solde du Fonds de régulation des recettes (FRR) en deçà de son seuil minimal réglementaire, voire son extinction», le Conseil a recommandé aussi d'explorer, à court terme, les moyens de dégager de nouvelles ressources afin de faire face à l'érosion des avoirs du Fonds en raison du recul des prix du pétrole.

 Lors des débats, des experts ont unanimement affirmé l'importance d'adopter une démarche à même d'assurer des ressources de financement alternatives à celles des hydrocarbures. Ainsi, l'expert en finances Kateb Skander a insisté sur la nécessité de mettre à niveau le système bancaire en Algérie en vue d'un meilleur accompagnement du développement économique souhaité.

De son côté, Mouloud Hedir a plaidé pour «une révision du système statistique national» considérant que des «données chiffrées fiables sont nécessaires à la prise d'une bonne décision». Cet expert en commerce international a estimé, à ce propos, que «le système statistique actuel ne permettait pas d'avoir une réelle visibilité sur la situation économique du pays et donc de prendre les bonnes décisions».

Par ailleurs, la formation de la ressource humaine a été considérée, à l'unanimité, comme un élément prioritaire dans la démarche d'un développement économique affranchi de la dépendance totale du secteur des hydrocarbures. A ce titre, le professeur Chemseddine Chitour, de l'Ecole polytechnique d'Alger, s'est attardé sur l'implication de l'université dans le projet de relance de l'économie nationale.

«Adopter des filières répondant aux besoins du marché du travail et, plus généralement, à la stratégie de développement prônée par le gouvernement, est plus que jamais une priorité», a souligné cet universitaire. Lors des débats, le gouverneur de la Banque d'Algérie a assuré que la liquidité sur le marché monétaire algérien reste suffisante, précisant que c'est plutôt l'excès de liquidité qui a baissé depuis le début de l'année en cours.

«La liquidité dont nous disposons peut supporter des financement à l'économie. Des crédits, notamment en direction des entreprises publiques et privées, se poursuivent à un rythme appréciable», a dit M. Laksaci, en affirmant, néanmoins, que «les banques algériennes doivent déployer des efforts afin d'innover en terme de produits financiers». Intervenant à son tour, le ministre de l'Industrie et des Mines a souligné que le plan quinquennal 2015-2019 est le premier programme économique qui consacre la diversification de l'économie nationale, dans la conjoncture actuelle marquée notamment par la perte de la moitié des ressources d'exportation des hydrocarbures. «Il est important pour l'Algérie d'augmenter ses capacités de production d'hydrocarbures pour être prête en temps voulu, parallèlement à la mise en exploitation de nouveaux gisements», a insisté, d'autre part, le ministre.

Il a affirmé que le gouvernement a déjà décidé d'accorder des avantages spécifiques aux investisseurs dans le secteur industriel, au même titre que dans les secteurs du tourisme et de l'agriculture, particulièrement dans le domaine du foncier. Evoquant, par ailleurs, le volet lié à la statistique économique, M. Bouchouareb s'est dit pour une révision du système statistique national du fait, a-t-il expliqué, que «la matrice utilisée dans ce domaine remonte à 1989», tout en appelant le CNES à s'impliquer dans une démarche à même de parvenir à des statistiques économiques fiables. Pour sa part, le ministre des Travaux publics a rappelé l'importance de la dynamisation des ports et des routes et autoroutes reliant les infrastructures portuaires à l'intérieur du pays et les pays africains.

Enfin, le ministre de l'Aménagement du territoire, du Tourisme et de l'Artisanat, Amar Ghoul a relevé l'intérêt d'impliquer l'ensemble de la société algérienne, dans toutes ses composantes, dans le projet de relance économique. Il a considéré dans ce contexte que la diversification de l'économie nationale ne se fera pas à court terme, affirmant que les actions allant dans ce sens devaient être prises dans l'immédiat.

APS


À retenir...

Le président du CNES, M. Babès a , devant les ministres des Finances, de l’Industrie, de l’Agriculture, de l’Aménagement du territoire, de l’Artisanat et du Tourisme, de l’Habitat, introduit la réunion du jour en insistant sur sa forme novatrice, à savoir la désignation de membres de panels pour discuter des  sous-thèmes : Environnement international, équilibres extérieurs et internes, situation financière et commerce extérieur, dont le modérateur est M. Mustapha Mékidèche.

Le panel 2 : Evolution du PIB et activités de la sphère réelle est chapeauté par M. Mohamed Bouhali

Le panel 3 : Prix, inflation et revenus, climat social et environnement est en charge de M. Ammar Belhimmer.

Chaque panel est composé de cinq personnalités.

Le président du CNES a remercié les représentants du patronat, le gouverneur de la Banque d’Algérie, M. Laksaci, les experts de la Banque mondiale et du système des Nations unies, confiant que le panel environnement a été introduit après que l’ONU eut inscrit le Forum COP21 à son agenda, rappelant au passage la présence à Alger de M. Borloo et de Mme Benguigui,  venus plaider « l’électrification de l’Afrique ».

«On ne peut plus ignorer le monde» dira-t-il.

 

Discours de vérité

M. Bakalam est ensuite intervenu pour exposer la note de conjoncture du premier semestre 2015.

Il y a lieu auparavant de rappeler que le CNES est habilité pour évaluer les politiques publiques : «La chute brutale des revenus des hydrocarbures a fortement impacté l’économie qui a connu un processus de décélération qui s’est poursuivi depuis 2014 », annonce dès l’entame le responsable du CNES. Cette « croissance atone a trois causes : Premièrement le rééquilibrage de la Chine vers les technologies des services, la consommation interne avec la conséquence sur la demande pétrolière. Deuxièmement, l’appréciation du dollar en baisse par rapport aux autres monnaies, ce qui a comme conséquence la baisse des prix des principales matières premières. Troisièmement, la situation en Syrie, Irak et Mali, le retour sur le marché de l’offre de grands producteurs de pétrole comme l’Iran influe sur la conjoncture en cours, si bien que la croissance mondiale sera loin des 5% de la fin des années 2000 ». Cette dernière information a provoqué des « mouvements divers » sur les bancs réservés aux journalistes.

 

Impact sur l’économie nationale

« L’abondance de l’offre, la production d’hydrocarbures de schiste, le retour prévu de l’Iran sur le marché  ont agi en baisse des prix et donc des revenus des pays pétroliers ». Par ailleurs «  l’appréciation généralisée du dollar, la baisse des cours des matières premières ont pour conséquence de gonfler la dette des pays en développement qui ont le dollar comme monnaie de paiement international. » Aussi, au plan interne, « forte baisse des recettes d’exportations, les importations connaissant un mouvement similaire avec 10% de baisse. La balance commerciale est déficitaire pour la première fois de 7, 8 milliards de dollars ; les recettes étaient en 2014 de 32 milliards de dollars et sera en 2015 de 18 seulement, le déficit étant de 14 milliards»,  énonce M. Bakalam qui ajoute que néanmoins «  la dette extérieure reste très faible à 3 milliards de dollars. »

«  Le dinar s’est logiquement déprécié passant de 78,3 dinar pour un dollar à plus de 95 dinars pour un dollar au change officiel. La répercussion sur la balance commerciale est déficitaire si bien que l’on a cherché l’argent « là où il se trouve, c’est-à-dire au Fonds de régulation  des recettes,  avec  un prélèvement de 33% sur les 4408 milliards de dinars existants », précise M.Bakalem.

 

Objectivité et responsabilité

Le discours du CNES est un constat de la situation réelle. Cette institution fait de plus preuve d’un courage et d’un esprit de responsabilité au service des décideurs et plus largement en informant les citoyens sur toutes les questions qui les concernent. Ce travail de communicant indépendant, de prestataire de travaux de recherche, d’enquêtes, de veille stratégique dans les sphères qui lui sont familières est irremplaçable, d’autant plus qu’il n’occulte aucune information des institutions internationales  économiques, financières, sociales, prenant en compte les avis de l’OCDE, du FMI et de la Banque mondiale sans suivisme, avec l’autorité que confère  le travail scientifique. M. Bouhali insiste de ce fait sur l’écoute effective des décideurs au plus haut niveau. Il s’insurge contre  la tendance à prendre les réflexions de certains pour argent comptant : «  Depuis des années, l’Etat concrétise les recommandations du CNES ». Ce qui  veut dire que la grille de lecture dépend des intérêts et des objectifs que se fixe la société algérienne.

O. Larbi