La proposition d’inscrire, dans la révision constitutionnelle, la déchéance de la nationalité au binationaux, condamnés pour terrorisme, a non seulement causé une déchirure au sein de la gauche, mais également provoqué une tempête au niveau du gouvernement après les signaux contradictoires envoyés par la ministre de la Justice, Christiane Taubira.
Venant parasiter l’image d’un gouvernement soudé autour des grandes questions, notamment après la décision ferme du président François Hollande, lors du Conseil des ministres, de maintenir cette disposition dans le projet de révision constitutionnelle, la ministre a réaffirmé jeudi sa conviction que la déchéance de nationalité n'est pas souhaitable» pour les Français binationaux, critiquant une mesure à l'efficacité absolument dérisoire».
Je ne fais pas mystère du fait que oui, je pense que la déchéance de nationalité n'est pas souhaitable pour des Français binationaux parce que l'efficacité, je l'ai dit avant tout le monde (...) et le Premier ministre en a convenu sans difficulté, est absolument dérisoire», a-t-elle expliqué sur iTELE.
Plusieurs observateurs de la scène politique française se sont demandé, après cette déclaration, comment la ministre, connue pour être proche des frondeurs» de l'aile gauche de la majorité, va pouvoir défendre devant les députés le projet de réforme de la Constitution comprenant la déchéance de la nationalité, sur laquelle elle n’est pas d’accord. Une situation qui prend une allure inédite» au sein d’un gouvernement, jugent-ils. A moins, expliquent-ils, que le Premier ministre, Manuel Valls, ne procède à un léger un remaniement ministériel avant le grand débat. A ce propos, Valls a indiqué, mercredi dernier, dans un entretien à BFMTV, qu’un remaniement de son gouvernement était toujours possible», probablement voulant lancer un dernier signal à sa ministre de la Justice.
Interrogé sur le sort de Christiane Taubira, il n'a pas directement répondu : Christiane Taubira défend son projet, qui est le sien», alors qu’elle persiste et signe qu’elle y est opposée. Vendredi, la droite ne s’est pas fait attendre en appelant François Hollande à «trancher» le cas de Christiane Taubira. «Cette crise gouvernementale, elle doit se trancher soit par le fait que Mme Taubira retire ses propos, ce que je n'imagine pas qu'elle pourrait faire, soit qu'elle quitte le gouvernement», a déclaré le président du MoDem, François Bayrou. Je comprends qu'elle veuille s'accrocher à son poste de ministre, mais si elle considère que c'est un sujet important et qu'elle est en désaccord avec le président de la République, j'imagine qu'elle devrait avoir à cœur de respecter ses convictions et de quitter e gouvernement», a souligné pour sa part le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde. Pour les Républicains, Thierry Solère ironise en relevant qu’au sommet de l’Etat, personne ne croit à ce que le président de la République et le gouvernement mettent en œuvre» cette disposition, alors que pour Luc Chatel, François Hollande doit mettre un terme à ce désordre». Même si le premier responsable du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a tenté de minimiser l'affaire, de nombreux observateurs s’attendent à un changement de gouvernement dans les jours à venir pour que Valls le présente avec un véritable esprit d’équipe et éviter toute cacophonie.