Libye : Formation d'un gouvernement d'union nationale, prélude au règlement de la crise

Publié par DK News le 15-02-2016, 18h10 | 22

Après d'âpres discussions, le Conseil présidentiel libyen a annoncé la formation d'un gouvernement d'union nationale qu'il a soumis au Parlement reconnu, dont l'approbation va permettre l'émergence d'un cadre institutionnel légal à même de venir à bout de la crise politique et sécuritaire qui secoue la Libye.

S'il est trop tôt pour parler d'un règlement définitif de la crise libyenne, la cadence du processus s'accélère et l'espoir se dessine malgré les écueils qui restent encore importants.
Aussi, pour les observateurs, la formation d'un gouvernement d'union nationale constitue une force de dissuasion face à la montée des groupes terroristes notamment l'organisation autoproclamée «Etat islamique» (EI/Daech).

Après des discussions soutenues, le Conseil présidentiel libyen a annoncé dimanche qu'un gouvernement d'union nationale a été formé et sa composante a été soumise à l'approbation du Parlement reconnu par la communauté internationale.

Le gouvernement sera composé de 18 membres, dont cinq ministres d'Etat et trois femmes, en regroupant les représentants de tous les groupes politiques à travers du pays.
Le Conseil présidentiel est composé de neuf membres de factions rivales libyennes et dirigé par Fayez al-Sarraj, appelé à devenir le Premier ministre selon un accord conclu sous l'égide de l'ONU.

Le parlement reconnu internationalement qui siège à Tobrouk, dans l'est de la Libye, devrait voter hier ou aujourd’hui pour approuver ou non le gouvernement d'union nationale.Un premier gouvernement de 32 ministres avait été rejeté le 25 janvier par le Parlement reconnu , jugeant entre autres le nombre de postes ministériels élevés.

Echos favorables parmi la communauté internationale
Après avoir annoncé la formation du gouvernement, le porte-parole du Conseil présidentiel, Fathi al-Mejebri, a déclaré: «Nous espérons que cela sera le début de la fin du conflit en Libye».
L'émissaire de l'ONU pour la Libye, Martin Kobler, s'est félicité hier de la formation d'un gouvernement d'union nationale libyen, appelant les Libyens à saisir cette chance en vue de ramener la paix dans le pays.

«La caravane de la paix a bel et bien pris sa route pour le peuple libyen», a déclaré M. Kobler après l'annonce par le Conseil présidentiel libyen de la liste formant le gouvernement libyen. Il s'agit, soutient l'émissaire onusien, d'«une chance unique pour rétablir la paix en Libye et qu'il faut absolument saisir».

Autre écho favorable, des dirigeants européens ont appelé le Parlement à reconnaître rapidement le gouvernement d'union pour qu'il puisse être mis en place «très prochainement». «J'espère que la Libye pourra avoir un gouvernement pleinement opérationnel très prochainement», a déclaré la chef de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, en arrivant à une réunion des 28 ministres des Affaires étrangères de l'Union à Bruxelles.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a espéré que cette assemblée donnera son feu vert «cette semaine». «Cela serait un immense pas en avant en vue d'une pacification du conflit politique et un moyen de rétablir l'Etat» dans le pays, a-t-il fait valoir.

Un gouvernement d'union seul en mesure de rétablir l'ordre
Les grandes puissances estiment que seul un gouvernement d'union nationale peut constituer un interlocuteur fiable pour combattre l'EI, qui s'est implanté à Syrte (à 450 km à l'est de Tripoli), et dont les effectifs s'élèvent à 5000 selon les estimations de l'administration américaine.

Les Occidentaux, inquiets de l'installation d'un bastion de l'EI à 300 kilomètres seulement de l'Europe, se disent prêts à contribuer au rétablissement de la sécurité en Libye à condition qu'un gouvernement d'union nationale en fasse la demande.

Les Européens avaient signifié au printemps dernier, après le lancement des pourparlers sous l'égide de l'ONU visant à réunifier pays, leur intention d'aider un nouveau gouvernement d'unité à asseoir son autorité, proposant une enveloppe d'aide de 100 millions d'euros.

Le gouvernement, s'il est adopté, pourra également discuter avec les pays concernés de la meilleure option pour juguler l'émigration clandestine vers l'Europe à partir des côtes libyennes.
Dans cette lancée, les pays voisins de la Libye devraient se réunir prochainement à Tunis pour «coordonner leurs efforts sur le dossier libyen» a annoncé dimanche le ministre des Affaires maghrébines, de l'Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelkader Messahel, au terme d'un entretien avec le ministre tunisien des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, en visite de travail en Algérie.

Une «convergence de vues» a été relevée à l'occasion de cet entretien, concernant la nécessité d'un règlement de la crise dans ce pays à travers l'«installation au plus vite d'un gouvernement d'union nationale qui siègera à Tripoli et aura de larges prérogatives pour remettre de l'ordre dans ce pays».

La Libye est plongée dans le chaos depuis la chute de l'ancien régime de Maammar El-Gheddafi en 2011 et deux autorités politiques se disputent le pouvoir depuis l'an dernier, l'une basée à Tripoli et l'autre, la seule reconnue internationalement, basée à Toubrok dans l'Est. *