Au moins neuf personnes dont quatre étrangers ont été tuées dans l'assaut d'un commando taliban contre un hôtel de luxe en plein coeur de Kaboul, perçu par les autorités afghanes comme une tentative des insurgés de destabiliser le pays à deux semaine de l'élection présidentielle.
Quatre jeunes insurgés talibans ont réussi à pénétrer dans l'hôtel et ont tiré au hasard sur les clients, avant d'être tués par les forces de sécurité, a indiqué le ministère afghan de l'Intérieur.
Vers 20H30 locales, les assaillants ont ouvert le feu sur des clients réunis dans le restaurant de l'hôtel, dont certains célébraient Norouz, le nouvel an afghan, a déclaré le porte-parole du ministère, Sediq Seddiqi.
Un total de cinq afghans, dont deux femmes et deux enfants, ont également été tués dans l'attaque.
Quatre ressortissants étrangers figurent aussi parmi les victimes et sont de nationalité canadienne, néo-zélandaise, indienne et pakistanaise, ont indiqué des responsables afghans. Selon le ministre paraguayen des Affaires étrangères Eladio Loizaga, un ex-diplomate du Paraguay, Luis Maria Duarte, fait aussi partie des victimes.Selon l'AFP, le journaliste du bureau de l'agence française à Kaboul Sardar Ahmad, sa femme et deux de ses enfants ont été tués dans cette attaque.
La police de Kaboul a ouvert une enquête pour déterminer comment les quatre assaillants ont pu passer les contrôles de sécurité de l'hôtel Serena, situé près du palais présidentiel, a précisél le porte-parole du ministère de l'Intérieur. L'assaut, revendiqué par les talibans, s'est terminé trois heures plus tard lorsque les insurgés ont été abattus par les forces afghanes. M. Seddiqi a expliqué que les insurgés tentent d'effrayer les gens avant les élections présidentielles, prévues le 5 avril. Il a ajouté que l'attaque a été planifiée en dehors de l'Afghanistan.
Il s'agit de la deuxième attaque dans un lieu fréquenté par les étrangers à Kaboul depuis le début de l'année. Le 17 janvier, 21 personnes, dont 13 étrangers, ont été tuées dans un attentat à la bombe et une fusillade contre un restaurant libanais. Le 11 mars, un reporter anglo-suédois Nils Horner a été tué en pleine rue à Wazir Akbar Khan, un quartier de la capitale afghane où sont établies de nombreuses ambassades. En 2008, cinq personnes, dont deux Américains, avaient été tuées dans une attaque similaire à l'hôtel Serena, à Kaboul.
Insécurité à deux semaines de la présidentielle afghane
L'attaque contre l'hotel Serena de Kaboul intervient à deux semaines de la présidentielle du 5 avril qui doit permettre de désigner le successeur de Hamid Karzaï, qui dirige le pays depuis l'intervention militaire occidentale ayant chassé les talibans du pouvoir à la fin 2001.Selon la Constitution, M. Karzaï ne peut briguer un troisième mandat lors de ce scrutin ce qui ouvre la voie à une première transition démocratique dans ce pays miné par plus de trois décennies de guerre. Les talibans ont toutefois prévenu qu'ils allaient «perturber» cette élection et attaquer le personnel politique, électoral et des observateurs, ce qui pourrait avoir une incidence sur la participation populaire et sur la capacité à détecter de possibles fraudes électorales sur le terrain.
«L'objectif politique des talibans est clair: ils veulent discréditer les élections, créer une crise de légitimité à Kaboul... et ainsi arriver à la table des négociations en position de force», a déclaré Ahmed Rashid auteur de nombreux ouvrages sur les talibans. La branche des insurgés hostile à toute réconciliation avec le pouvoir pour stabiliser le pays après le retrait de l'Otan à la fin de l'année pourrait, elle, prendre prétexte d'une telle crise à Kaboul pour tenter de saisir le pouvoir par les armes, a-t-il ajouté.
L'attaque du Serena s'inscrit aussi dans le cadre d'une vague de violence ciblant les étrangers en Afghanistan, ce qui a forcé des organisations à réduire leur suivi des élections.