KACI ABDJAOUI, l’ange gardien de la chanson kabyle traditionnelle

Publié par Arslan-B le 14-08-2016, 18h44 | 420

Injustement très peu médiatisé ou presque pas du tout, Kaci jouit, pourtant, de la sympathie et de l’admiration non seulement de milliers de « fans » en Kabylie, en France, au Royaume Uni et même en Amérique, mais également de la considération de « stars » de la chanson algérienne tous styles confondus. Tel qu’Idir, l’interprète de l’éternelle « Vava Inou va ».

Aussi bien ses textes que les lignes mélodiques qui les véhiculent, sans omettre le tempo, collent avec ténacité et une fidélité religieuse au mode « brut de brut » de la chanson kabyle demeurée « vierge », celle du terroir, sans fard ni foulard… lyrique de la polyphonie, ces harmonies « issues du savant solfège » dont sont enveloppées bon nombre de variétés algériennes d’aujourd’hui.

Non, ce n’est point le cas chez Kaci Abdjaoui, cet enfant de « Ham Errih », l’un des vieux quartiers des hauteurs de Béjaia, « Les Hauts de hurlevent », pour qui la chanson kabyle telle qu’il « l’entend » et l’interprète doit aller droit au cœur des « anciens et des anciennes ». Sans ces altérations qu’impose toute allégeance à la modernisation, celle de la musique en particulier.

En somme, pour Kaci, la chanson kabyle « vraie » c’est celle dans laquelle se reconnaissent nos grand-mères, nos  arrières grand- mères, enfin toutes celles et tous ceux restés fidèles à la structure originelle de l’ « achewaq », de « sdha », que « imekhssawen » (Les bergers) ou « thoulawine » (nom affectueux désignant la gent féminine en kabyle) entonnaient dans la nature comme pour rendre hommage à la magnificence de celle-ci, ou pour « meubler » un silence trop assourdissant…

Ainsi « El mahnaou » (Mes déboires), cet énorme succès qui ne veut toujours pas en démordre, sorti en 1982 (paroles de Madjid Noreddine, fils de Cheiqh Noreddine, musique de Kaci Abdjaoui) et allègrement repris par les très vieilles et les très vieux, fredonné parfois à son propre insu alors qu’on est absorbé par une tâche quelconque…

C’est cela, un « tube ! ». Qui, à Béjaia, ne connaît pas cette superbe et naïve chanson dédiée  aux filles de la campagne, ces roses gorgées de séduction naturelle au parfum de vertu, déambulant nonchalamment  le long des chemins escarpés du village, telles ces mannequins magnifiques lors d’un défilé de mode, en allant à la source pour s’approvisionner en eau…

Cette célèbre chanson s’intitule «  Oualagh thaqchicht dheg cherchour, mi thoughem thetchour… »( son premier 45 tours en 1976). (J’ai aperçu une jeune fille à la source, puis dès qu’elle eut fini de remplir ses…) . Subtil jeu de mots, décence oblige : « Thetchour », en kabyle, signifie aussi bien « a rempli ses récipients » que « elle a un bien joli corps »( Erotisme passé par le filtre de l’esthétique poétique) .

Kaci Abdjaoui, aujourd’hui 67 ans et de son vrai nom Dehouche Belkacem évolue entre la France et l’Algérie depuis 1980 et a commencé à chanter dès 1963.

L’Amicale des Algériens en Europe l’a beaucoup aidé et de 1974 à 1978 l’artiste chéri des couches sociales humbles et conservatrices de Béjaia dit « avoir eu l’honneur de travailler avec l’orchestre de la RTA, alors sous la houlette de feu Mustapha Skandrani ».

Dans les années 1970, Kaci « est descendu à Béjaia en compagnie de la super-star kabyle de l’époque, en l’occurrence Hamid Idir (Voir photo, prise aux Aiguades).  L’enfant de « Ham Errih » a toujours le…vent en poupe !