L'offensive du nord constantinois et le congrès de la Soummam, 20 août 1955-1956 : Un nouveau souffle pour la guerre de libération

Publié par DKNews le 19-08-2016, 18h04 | 195

L'offensive du nord-Constantinois, le 20 août 1955, et le Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, constituent deux rendez-vous importants dans la longue marche du peuple algérien pour le recouvrement de son indépendance après de longues années sous le joug colonial.

Les deux évènements que l'Algérie célèbre cette année, respectivement le 59è et le 60è anniversaire, ont donné un nouveau souffle à la guerre de libération.

L'offensive du nord-Constantinois est une opération militaire qui a permis la réalisation d'un double objectif : élargir la lutte armée et desserrer l'étau imposé par les forces de l'armée française coloniale sur la région des Aurès.

Pour le Congrès de la Soummam, dont les travaux ont été sanctionnés par la plate-forme éponyme, il a déterminé les structures de l'ALN et du FLN, et donné une stratégie à la lutte armée, 20 mois après son déclenchement, le 1er Novembre 1954.

Intervenue moins d'une année après le début de la lutte armée, l'offensive du nord Constantinois a généré également, selon des historiens et des acteurs de la révolution, une rupture entre le peuple algérien et le régime colonial.

Menée par Zighout Youcef et ses compagnons, l'offensive a imprimé, dans ce sens, un nouvel élan à la révolution qui traversait une période des plus difficiles, marquée par des persécutions que subissaient les militants et l'absence de logistiques et de moyens sur le terrain de lutte.
La révolution subissait en effet un coup dur dans le sens où, en l'espace de trois mois, elle sera «amputée « de trois de ses chefs.

Didouche Mourad assassiné le 12 janvier 1955, Mustapha Benboulaid, arrêté le 12 février 1955 et Rabah Bitat également arrêté le 16 mars 1955.

« Si cette offensive avait été retardée, la Révolution aurait été sérieusement compromise», disait le défunt moudjahid Lakhdar Bentobbal, selon des écrits d'historiens « Le peuple algérien avait pris conscience, à cette date, qu'il pouvait prendre son destin entre ses mains et reconquérir son pouvoir souverain sur l'espace et le temps «, notait pour sa part, l'historien Daho Djerbal.

Quant au Congrès de la Soummam, organisé dans la localité montagneuse d'Ifri, commune d'Ouzellaguen (Béjaia), ses résolutions ont permis de mener la révolution vers le succès en organisant les instruments et organes politiques et militaires de la guerre de libération.

La plate-forme de la Soummam a, en effet, fixé les objectifs à atteindre, les moyens d'y arriver, comme elle a posé le problème des négociations et les préalables de tout cessez-le-feu avec la force coloniale.

Elle proclamait, à titre d'exemple, « la reconnaissance du FLN comme seul représentant du peuple algérien et seul habilité à toute négociation «.

La plate-forme de la Soummam a apporté par ailleurs, une réponse aux accusations des autorités françaises selon lesquelles « le FLN était au service d'une puissance étrangère».

Il a été ainsi proclamé que «la Révolution algérienne, malgré les calomnies de la propagande colonialiste, est un combat patriotique dont la base est incontestablement de caractère national, politique et social. Elle n'est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni à Washington».


Tizi Ouzou : Impact du Congrès de la Soummam sur la Révolution

Le Congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956 à Ifri Ouzellaguen dans la wilaya de Béjaïa, avait consacré une nouvelle étape dans la lutte armée contre le colonialisme français et donné un autre souffle à la guerre de libération nationale, a indiqué jeudi lors d'une conférence Mohand Ouramdane Hachour, secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) de la wilaya de Tizi Ouzou.

Cet évènement historique, de haute signification, a permis «la restructuration de la Révolution et sa réorganisation à travers, notamment, l’élaboration d'une plate-forme qui est devenue la référence dans le processus de lutte qui s’est poursuivi jusqu’en 1962 et le découpage du territoire national en wilayas, en zones et en secteurs, a souligné le SG de l'ONM de Tizi Ouzou lors de cette conférence sur le thème «L’impact du Congrès de la Soummam sur la Révolution algérienne» organisée par l’association des enfants de moudjahidine de la wilaya de Tizi Ouzou à la maison de la culture Mouloud Mammeri à l’occasion de la Journée nationale du moudjahid et le 60ème anniversaire du Congrès.

Pour le moudjahid Mokrane Benyoucef, le congrès de la Soummam est venu en réponse à un besoin organisationnel qui s’est exprimé deux ans après le déclenchement de la guerre de libération.
«Les moudjahidine menaient des actions à travers les quatre coins de l’Algérie dans l’anarchie et l’incohésion».

Le manque d’un cadre organisationnel, a-t-il dit, «les a empêché de structurer leurs actions et de déterminer les tâches des uns et des autres. Ce n’est qu’après la tenue du Congrès, minutieusement préparé par Abane Ramdane et certains compagnons de lutte, que les missions ont été déterminées et confiées».

C’est également grâce à ces assises que la Révolution a eu «ses institutions et ses portes parole légitimes qui lui ont valu une reconnaissance et un soutien sur le plan international, au moment où l’Armée de libération nationale (l’ALN) s’est dotée d’un encadrement militaire qui lui ouvert la voie pour poursuivre sereinement sa mission sur le terrain», a-t-il témoigné.

Si Mohand Saïd Akli, qui vient de publier un livre sur la plateforme de la Soummam, a révélé que la préparation et l’organisation du Congrès n’était pas chose facile pour ses architectes qui devaient travailler dans la discrétion et loin de toute suspicion.

Ils ont d’ailleurs été contraints de changer le lieu qui devait l’abriter après que le camion transportant les documents du congrès ait fini son périple dans un poste de contrôle de l’armée française, a relevé Si Mohand Saïd Akli, fils du colonel Mohand Oulhadj.

«Grâce à leur volonté, leur détermination et leur vision politique, Larbi Ben M’hidi, Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Zighoud Youcef, Ben Djebbar Lakhdar, Lakhdar Bentobal, le colonel Dehiles et Abane Ramdane, en plus du colonel Si Cherif qui a envoyé son rapport à partir du sud algérien, ont réussi à concrétiser ce projet et ont pu offrir une nouvelle restructuration à la Révolution tout en la dotant d’un texte de référence qui a tracé ses objectifs et ses moyens de lutte», a-t-il précisé.

Les invités de l’association de wilaya des enfants des moudjahidine ont, par ailleurs, mis l'accent sur les attaques du nord constantinois menées par Zighout Youcef le 20 août 1955 dans le but de desserrer l’étau de l’armée française sur les Aurès, mais aussi d’impliquer les populations rurales à adhérer à la révolution en attaquant les symboles du colonialisme français tels que les postes militaires, la gendarmerie et les représentations administratives.

Des attaques qui ont suscité une réaction féroce de l’armée française qui n’a pas hésité à commettre un nouveau massacre et de réprimer violemment les populations de ces régions, a-t-on rappelé.


Les offensives du 20 août 1955, un évènement majeur

Tournant décisif dans le cours de la guerre de liberation nationale dont l’onde de choc a été ressenti dans tout le Maghreb et l’Hexagone, les offensives du Nord constantinois le 20 août 1955 avaient révélé le potentiel de l’Algérie révoltée et son poids sur la politique de Paris, affirme l’historien Toufik Salhi.

Dans une déclaration à l’APS, ce professeur d’histoire à l’université de Skikda «20 août 1955’’ note qu’en ce début de l’année 1955, le Nord constantinois était «en rupture’’ avec la révolution de novembre que l’armée coloniale tentait «d’encercler et d’étouffer’’ dans la région des Aurès en déployant tout son arsenal de guerre. 

Le jour «J’’ de l’offensive a été précédé les 1er et 8 mai et le 5 juillet 1955 par des embuscades sur les routes reliant les grandes villes visant à causer le maximum de dégâts à l’armée française, s’accaparer des armes et saccager certaines installations économiques de sorte à accentuer la pression sur l’armée et la communauté des colons, souligne Pr.  Salhi qui relève qu’il était devenu impératif, en ce moment critique de la révolution, d’engager une action qui placerait la Révolution sur la voie du non-retour. 

Les initiatives de récupération des armes détenues par des particuliers pour les remettre aux djounouds de l’Armée de libération nationale (ALN) dont le nombre des bénévoles augmentait sans cesse ont été intensifiées et Zighoud Youcef qui mesurait fort bien l’enjeu de la conjoncture disait alors que : «aujourd’hui, l’affaire est devenue une affaire de vie ou de mort’’, souligne l'universitaire.

Le sacrifice d’une génération pour l’indépendance

A 88 ans, Ramdhane est le seul survivant des trois frères Leftissi devenus tous moudjahidine.  Lors des évènements du 20 août 1955, il avait à peine 26 ans.  Placé sous le commandement de Lasbaâ Zidane, il faisait partie du groupe chargé en ce samedi 20 août, jour chômé, d’empêcher la fuite des soldats français dans la région d’El Hadaïk à la sortie Sud de la ville de Skikda.

Lors de l’accrochage, Ramdhane raconte que son camarade Bouzebra fut touché à l’épaule.  Poursuivi par une patrouille de soldats français, il a dû mettre le feu dans un champ de céréales pour couvrir par la fumée et les flammes son repli vers la région de Ezzamel (Bouchetata actuellement) puis vers la Tunisie. 

Son frère Salah avait le même jour placé une bombe dans un café au centre-ville de Skikda.  Selon Ramdhane, Salah était resté trois jours sous les corps déchiquetés des français en raison de la forte présence des soldats français avant de se diriger vers la maison de son oncle maternelle à la cité Napolitain.

Salah rejoignit ensuite les maquis où il tomba au champ d’honneur, ajoute le moudjahid octogénaire. L’aîné des trois frères, Messaoud avait rejoint plutôt le mouvement nationaliste en France où il fut chargé durant la Révolution de collecter les fonds pour le financement de la révolution et des militants, précise Ramdhane.

Plus d’un demi-siècle après, Ramadhane se souvient encore avec émotion de sa jeune épouse de 16 ans Zineb Messikh appelée Mahbouba avec qui il n’a vécu que quatre mois avant d’en être séparé pour rejoindre les maquis. Elle était belle et fière, assure Ramdhane qui demeure encore touché par les conditions de sa mort.

Elle fut brûlée avec cinq autres femmes et deux hommes de la famille Bouchetata après avoir été encerclés, relate d’une voix étouffée le vieux Ramdhane qui demeure avec ses deux frères des symboles d’une génération qui a sacrifié ce qu’elle a de plus cher pour l’indépendance et la liberté de l’Algérie.