Le directeur général des archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, a annoncé que les archives algériennes transférées par la France entre 1961-1962 ont été déplacées vers des endroits «inconnus» après avoir été emmagasinées dans le Centre des archives à Paris et le Centre régional d'Aix en Provence, près de Marseille.
Les autorités françaises ont procédé depuis cinq ans à l'«éparpillement» des archives nationales transférées dont une partie importante a été déplacée vers d'autres endroits qui «restent à ce jour inconnus», a indiqué M. Chikhi dans un entretien à l'APS à la veille de la célébration du 62e anniversaire de la révolution du 1er novembre.
En 2009, l'Algérie et la France avaient signé un accord de coopération portant sur les modalités de restitution des archives nationales se trouvant sur le sol français «dans leur copie authentique» mais la question s'était confinée dans la remise de copies «par étape et de manière provisoire».
M. Chikhi a précisé à ce propos, qu'«au lieu d'aider l'Algérie à entamer l'opération tel qu'énoncée dans l'accord, la partie française avançait moult prétextes dont la nécessité pour l'Algérie, de cibler les archives qui l'intéressent», déclarant que ces archives en question ne se trouvaient plus au niveau des archives centrales de Paris ou au Centre régional d'Aix en Provence.
En contrepartie de cela, la France s'est engagée à remettre des listes d'archives dont elle dispose sous forme de livrets mais, «ces derniers ne renferment pas la totalité des documents», a-t-il fait remarquer avant de dire que l'Algérie s'est contentée de cela en «tant que début pour la récupération de ce qu'elle qualifie d'urgent».
Poursuivant sa démarches rédhibitoire, «la partie française a exigé que l'Algérie prenne en charge l'envoi d'équipes de techniciens qui se pencheront sur la recherche et la copie des archives. Une opération qui requiert un nombre considérable d'experts en archives devant effectuer un déplacement en France».
Face à cette difficulté, M. Chikhi a affirmé que les deux parties étaient parvenues à un compromis qui «n'a pas encore été appliqué» et qui permet à l'Algérie de récupérer des copies des archives ayant été numérisées.
Le total des archives en France dépasse de loin le chiffre avancé
Répondant à une question sur les statistiques officielles relatives au nombre total des archives transférées par les autorités françaises, M. Chikhi a estimé que «la quantité à ce sujet ne signifie absolument rien» car, a-t-il dit, la mémoire de l'Algérie conservée dans ces archives «dépasse de loin le chiffre avancé» estimé par certains chercheurs et historiens à 60 tonnes.
La France traite la question des archives selon des lois qui fixent ce qui est autorisé à être consulté et dont l'accessibilité au public n'est permise qu'après une période allant de 20 à 100 ans. D'autres restent extrêmement confidentielles car classées sécurité nationale.
Concernant les archives sur l'époque ottomane que la France prétend avoir restituées dans leur totalité à l'Algérie, le responsable a démenti cela dans le sens où «un nombre important de correspondances entre les Deys et les Rois de France sont toujours en possession de la partie française.
Aucune archive ni copie d'archive ont été remises». S'agissant des traités signés à l'époque et sur une durée de trois siècles, «l'Algérie n'a reçu que la liste».
Il a rappelé en outre, que l'Algérie et de par sa gestion du dossier «traite avec une partie qui a de fortes raisons qui la poussent à refuser de restituer ces archives», ajoutant que «la question ne touche pas aux rapports de force mais nous souhaitons que la question soit traitée sur la base du régime politique de l'Etat algérien».
Il a précisé également que l'«Algérie est déterminée à atteindre cet objectif» et pour preuve les rounds de négociations qui n'ont jamais cessé avec la partie française», notant que «le climat était plus favorable durant ces trois dernières années bien qu'il n'ait pas atteint le degré de l'intention absolue».
La récupération des archives auprès des personnes, un autre pas pour préserver la mémoire nationale
Les archives en possession d'individus notamment ceux qui ont participé à la guerre de libération ou leurs familles représente un maillon important dans le domaine de l'écriture de l'histoire afin de relater les évènements marquants qu'a connus l'Algérie.
Annuellement, plusieurs personnes remettent des archives en leur possession à savoir des documents historiques, des documentaires audiovisuels et autres au Centre national de archives (CNA).
Parmi ces personnes, la veuve du défunt Abdelkader Chanderli, représentant de l'Algérie à l'Organisation des Nations unies (ONU) qui a remis des archives qui était en la possession de son époux. Ces dernières se trouvent actuellement au niveau du ministère des Affaires étrangères et seront bientôt transférées au Centre national des archives.
De son côté, le journaliste et historien suisse, Charles Henri Favrod, médiateur lors des accords d'Evian entre les parties algérienne et française, s'est engagé lui aussi à remettre des archives sur cette période durant les jours à venir.
Evoquant l'opération de numérisation des archives d'ores et déjà entamée par le secteur, M. Chikhi a souligné qu'elle avançait lentement en raison du manque de spécialistes en matière d'archivage et de techniques indispensables à cela.
Il a rappelé enfin, l'existence d'un projet portant réorganisation du Centre national des archives et création de cinq centres à Alger, Constantine, Oran, Ouargla et Bechar ainsi que d'autres annexes dans l'extrême sud afin de rapprocher les archives du citoyen et de permettre une meilleure accessibilité aux établissements de la recherche scientifique.