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M. Yahia Zane et le commissaire général du Siafe, M. Laala Boukhalfa, invités hier du forum de DK News - Agriculture : filière fruits et légumes Comment produire plus et mieux ?

Publié par DK News le 18-03-2015, 19h56 | 63
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Le Salon international de la filière fruits et légumes se tiendra du 21 au 23 avril à Mascara, l’occasion de débattre sereinement de ce qui empêche cette sphère d’activités agricoles de décoller et de satisfaire aux besoins du consommateur à des prix  de concurrence loyale.

Le président de l’Union nationale des agronomes, Yahia Zane s’intéresse à tout ce qui participe des conditions optimum de production, tandis que le commissaire du salon, M. Laâla Boukhalfa  focalise sur les défaillances de l’aval dans la valorisation du travail humain et des capital-terre facteurs de production sous rentabilisés.
Le Forum de DK News leur donne la parole : Yahia Zane, président de l’Union nationale des agronomes :

« Tirer les leçons des échecs »

«La filière des fruits et légumes souffre. Les facteurs limitant son développement sont le rétrécissement de la surface cultivée, les problèmes de l’eau, de la production de semences (importées à 70%) ; celles de la pomme de terre coûtent 100 millions de dollars ! Toutes les cultures vivrières importent les semences… »

Explique le président  de l’Union nationale des agronomes.Le président égrène les obstacles à une production suffisante des fruits et légumes : «  Les produits phytosanitaires, les engrais, manquent et sont importés ; cette absence d’une industrie chimique orientée vers l’agriculture pénalise le producteur et le consommateur puisque les avaries sont supportées par l’un et l’autre. »

Le troisième handicap majeur est le retard dans la mécanisation à tous les stades : de production, de récolte et de distribution » selon M. ZaneEnfin, il relève «  un manque flagrant de la vulgarisation agricole à l’ndroit des producteurs. Tous ces facteurs limitant retentissent sur les rendements, la qualité et la commercialisation » malgré les efforts.

Préalables à l’autosuffisance

«  Les questions d’organisation, de commercialisation et de distribution sont les talons d’Achille de la filière des fruits et légumes. On arrive mal à organiser le marché de ces produits sans comprendre les fluctuations des prix inexpliqués. Toutes les réformes en matière d’organisation et de commercialisation ont été des échecs.»

Les maîtres du marché

M. Zane se demande : «Comment l’Etat qui ne contrôle que 2% du marché peut jouer un rôle de régulation ? Au niveau du marché, 9 000 collecteurs centralisent 95% de la production des fruits et légumes. On constate le recul du secteur étatique dans le commerce de gros. » La situation est également incontrôlée au niveau des marchés de détail tenus par les vendeurs ambulants.

«En fait, on a créé des structures publiques pour le privé » ironise le président de l’Union des agronomes.De même les nouvelles tendances dans la « production » comme la vente sur pied à différents moments de maturation des fruits ou légumes ! Activité illégale qui n’est pas pénalisée.

Problème de fond

«  Les ministères de l’Agriculture et du Commerce doivent agir pour faire participer tout le monde à la régulation du marché national. Parler de la loi de l’offre et de la demande, c’est tourner le dos au problème » assène le président Zane.

Invoquer les aléas climatiques, le manque de main d’œuvre est fallacieux : «Réduire la dépendance à l’importation de semences en développant une filière locale ; soutenir une industrie mécanique pour que les différentes étapes de la production, de la récolte et de la commercialisation soient aux standards internationaux. Il faut aller vers une agriculture industrielle, vers les nouvelles techniques », conclut le président de l’Union nationale des agronomes.

Boukhalfa Laâla :

Intervenant à son tour, le commissaire du Salon International de la Filière fruits et légumes qui doit se tenir à Mascara du 21 au 23 avril de cette année a été encore plus explicite :

«Le mal se situe au niveau de l’aval»

Des exemples de  pertes sèches supportées par le seul agriculteur sont  relevées par M. Laâla : «Les producteurs de pommes de Khenchela (variété homologuée parmi les meilleures au monde) n’ont pu commercialiser leur récolte faute de moyens de transport, d’unités de stockage aux normes et ont dû la brader à 30DA le kilo et jeter celles qui ont été avariées.

Qui paiera le différentiel ? Il est certain que l’année prochaine, la pomme de Khenchela sera rare sur les marchés. »«  La production d’abricots de N’Gaous a connu un phénomène de mévente  qui a coûté cher aux agriculteurs. Les pommes de terre d’Aïn Defla ont été jetées dans l’oued… »

Pourquoi ce gâchis ?

«  Parce que la filière n’est pas organisée ! Que le Syrpalac (Système de régulation des produits de large circulation) est un slogan plus qu’un organisme efficient, on l’a vu lors de la flambée des prix de la pomme de terre ! »

Rechercher, reconnaître, remédier

Rechercher «  les causes des phénomènes cycliques qui désorganisent la filière. Reconnaître les erreurs. Y remédier avec tous les intervenants, telle est la démarche pour mettre fin à l’anarchie totale qui domine le secteur »  préconise le commissaire du Salon international de la Filière Fruits et légumes qui se tiendra à Mascara.

Modèle de consommation

M. Laâla traite des dérivés de la pomme de terre et s’inquiète que lorsque la surproduction est là, ce tubercule ne soit pas transformé en poudre, en chips, en farine pour faire du pain de pomme de terre, en croissant de pomme de terre.

Le modèle de consommation algérien  a disparu et a été supplanté par un autre qui favorise la consommation de pain - l’Algérien consomme 740 gr de pain par jour ! Les normes de l’OMS sont de 340 gr.Le consommateur algérien absorbe 140 litres de lait en moyenne par an au lieu  de 70 selon l’OMS

Ce modèle de consommation importé a des conséquences sur la santé publique : «  Le diabète, les cancers (le lait surconsommé est un facteur) sont liés aux habitudes alimentaires.
L’Etat qui soutient les prix des produits de large consommation a le devoir de développer des campagnes de vulgarisation d’un modèle de consommation sain.

Bien exploiter la terre

M. Lalla est convaincu que les superficies agricoles utiles bien exploitées, en aval, du capital foncier, seraient suffisantes pour répondre aux besoins de la population.«  Biskra qui n’était pas connue comme zone d’agriculture nourrit 25 wilayas. El Oued produit des pommes de terre pour 15 wilayas. Des expérimentations ont montré que le maïs, la luzerne auraient des rendements plus que satisfaisants.

M. Lalla pose la question : «  Il existe un programme d’irrigation de 2 millions d’hectares, pourquoi ne pas réserver les 800 000 supplémentaires à la création de pâturages ?
Les milliers de vaches laitières produiraient plus de 8 milliards de litres de lait, l’Algérie en exporterait 3 milliards ! » Le « Salon international des fruits et légumes de Mascara » sera sûrement très intéressant à suivre.
Par O.Larbi


La science au service de l’agriculture

Depuis que le prix du baril de pétrole a commencé la chute aux enfers, il s’est dessiné un large consensus national. Il faut assurer notre sécurité alimentaire laquelle est liée étroitement à la sécurité nationale. Cette préoccupation ne date pas d’aujourd’hui.

La sécurité alimentaire. La sécurité nationale. Deux concepts qui ne s’ignorent pas. Leur lien officiel, le deuxième dépendant du premier, est reconnu. Le thème n’est pas forcément du monopole du ministère de l’Agriculture.

Il y a juste quelques années, une conférence-débat sur la sécurité alimentaire a été organisée durant deux journées par la commission défense nationale du Sénat, présidée alors par feu Abdelhamid Latrèche. Bien entendu, toutes les interventions ont lié la sécurité alimentaire à la sécurité nationale. C’est inévitable. La sécurité alimentaire avait tout le temps été liée à l’autosuffisance alimentaire. Cela a toujours été le cas. On ne pouvait pas l’éviter dans les discours politiques institutionnels. Aujourd’hui encore, on parle d’autosuffisance alimentaire. Mais on ne dit pas dans quelles filières il faudrait  la réaliser.

Des constats ont été dressés, des recommandations ont été formulées. Depuis, d’autres études ont été lancées qui viendraient  en accumulation aux études précédentes.En accumulation ou en continuité ?  L’union nationale des ingénieurs agronomes est très active en ce domaine.

Hier donc, c’était son président, à savoir Mr Yahia Zane qui était l’invité du   forum de DK News. L’autre invité était M. Laâla Boukhalfa, le Commissaire du Salon International des fruits et légumes. Le thème portait sur les « enjeux pour les filières fruits et légumes ». Cette conférence-débat est inscrite dans le cadre de l’organisation future du salon qui sera tenue du 21 au 23 avril prochain dans la wilaya de Mascara.

Quelle problématique pour le développement des filières légumes et fruits ? Fatalement, des variables  interviennent à la fois comme facteurs bloquants et comme facteurs dynamisants. Celles-ci  ont-elles été maitrisées mais pourquoi  sommes-nous actuellement dans une situation où les prix grimpent et échappent au pouvoir de régulation des pouvoirs publics ?

Les filières fruits et légumes sont très importantes dans la part de consommation interne.  Que faudrait-il faire pour réduire les importations ? Les importations ne concernent pas que ces deux filières. Il y a d’autres produits.

Rappelons quelques chiffres. L’Algérie est le premier importateur africain des denrées alimentaires (75% sont importées). 20% des importations sont des produits alimentaires. Sur le plan des céréales, notre pays est un grand consommateur. La production locale ne couvre que 25% de nos besoins. Dans le revenu des ménages, le budget alimentaire des familles avoisine 45%. 60% de nos besoins en lait sont importés.

Autosuffisance alimentaire ? Les experts avancent l’idée que l’autosuffisance alimentaire ne sera jamais atteinte comme objectif.Notons d’abord que l’Union nationale des agronomes algériens n’est pas une formation syndicale. Elle joue le rôle de force de propositions.C’était en 1994 que fut créée cette organisation.

Le besoin existait de créer un espace de débat spécifique dans un contexte national tragique qui fermait tout débat. L’objectif  premier était de constituer une communauté scientifique  autour de la discipline de l’agronomie. L’agronomie est perçue comme plus vaste que l’agriculture car elle regroupe plusieurs spécialités. L’Union se veut un carrefour interprofessionnel, lieu d’échanges et de débats.
Deux finalités principales.

Développer le recours aux concepts, méthodes et techniques qui permettent d’appréhender et résoudre les problèmes du développement agricole, de l’alimentation, de l’environnement et du développement durable. Deuxièmement, contribuer à la capacité d’adaptation de l’agronomie à la prise en compte des nouveaux enjeux de la société.

Quelles attributions de l’organisation ? Elle a mis en place un réseau d’experts pour des groupes de travail autour de la capitalisation et transmission des savoir tout en réfléchissant sur le rôle des agronomes dans la prise de décision.   L’Union est composée de chercheurs, ingénieurs et enseignants. Elle a un rôle à jouer dans le développement du secteur agricole, tout en respectant l’environnement et la promotion des familles rurales.

Elle poursuit plusieurs objectifs liés aux échanges d’expériences et d’informations aux ingénieurs agronomes et la coopération entre différents instituts de recherche.

L’ appelle de l’Union

L’Union appelle à la création d’un Cnational de l’agriculture et de l’alimentation, considéré comme un élément stratégique pour le développement agricole et la sécurité alimentaire, tant en qualité qu’en quantité. Les quatre dimensions, disponibilité, accès, stabilité et salubrité doivent être réunies. simultanément pour que l’objectif de sécurité alimentaire soit atteint.

 M. Zane précise que depuis 1963, le secteur de l’agriculture connait des souffrances. Des réformes ont été faites. Des «PDAU rurales, des SAU ont été dégagées  pour les filières fruits et légumes, soit 380 000 ha pour les maraîchers et 445 000 pour l’arboriculture. Mais, la rentabilité a été bloquée par des facteurs limitants dont les aléas climatiques,  les phytosanitaires,  les semences, la mécanisation, la distribution ou la commercialisation.

Un autre problème concerne le contrôle de la distribution donc de la mercuriale. L’Etat ne peut pas jouer son rôle de régulateur car il n’est impliqué directement que dans 2% du marché qui est étatique. Il ne contrôle pas, n’oriente pas et pourtant c’est lui qui accorde les prêts et qui cède parfois aux revendications d’effacement des dettes.

Sur le terrain, le constat est clair, pour les experts. Il faudrait globalement axer la réflexion autour des axes de travail suivants : rechercher, reconnaitre, et remédier.En amont et en aval de l’acte de produire, il semble que les institutions s’ignorent et évoluent séparément les unes des autres.

Il faudrait mettre en place  les instruments d’une  meilleure gestion des ensembles communs, d’une approche plus globale, par exemple un Observatoire qui regroupe les institutions du commerce, de l’agriculture, de l’industrie dans sa relation avec l’alimentation.

Par Said Abjaoui


Elle fait l’objet d’exportation illicite: La pomme de terre de Oued Souf prisée en... Espagne !

 

 A elle seule, la wilaya de Oued Souf produit 25%  des besoins nationaux en pomme de terre. En matière de rendement, la wilaya enregistre des taux record avec une moyenne de 400 quintaux par hectare. «De qualité supérieure, la pomme de terre de Oued Souf qui fait l’objet d’exportation illicite, est très convoitée par les pays européens particulièrement l’Espagne», a indiqué M. Laâla.


Pour éponger la surproduction: Du pain et des croissants à base de pomme de terre !   

Parmi les solutions préconisées par M. Laâla pour éponger la surproduction de pomme de terre en Algérie, la création d’unités de transformation pour la production de poudre de pomme de terre «purée», de chips mais aussi de pain. «Une société purement algérienne a mené dernièrement une expérience qui consiste à  fabriquer du pain et autres produits dérivés comme les croissants, à partir de la pomme de terre.

Les résultats, très satisfaisants, devraient inspirer les investisseurs pour se lancer dans la production de ces produits qui ont un goût et une texture meilleure que le pain fabriqué à base de blé».


Elle assure l’approvisionnement en fruits et légumes de 35 wilayas : Biskra première wilaya en plasticulture

Avec 5 852 hectares de cultures sous serre, la wilaya de Biskra occupe la première place en matière de plasticulture. Grâce à sa production maraichère abondante, Biskra assure l’approvisionnement en fruits et légumes de 35 wilayas. La surface de culture sous serre globale est estimée à 16 000 hectares à travers tout le territoire national.


Le montant des exportations de dattes a atteint 38 millions de dollars

Lors de son intervention, le commissaire du Salon international des fruits et légumes a indiqué que le montant des exportations de dattes en 2014 a atteint 38 millions de dollars. La part de production de l’Algérie au niveau du bassin méditerranéen est de 24%. Pour rappel, le premier exportateur de ce fruit est la Turquie.

Par R. R.

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