Le chef de cabinet du président de la République est apparu devant plus de 150 journalistes souriant, détendu, sûr de ses arguments, à l’écoute des représentants des médias et, à travers eux, de l’opinion publique nationale et… internationale.
Personne ne doutait des capacités de l’homme d’Etat, ni de la pertinence de ses analyses ou de l’esprit de synthèse qui le caractérise. Pour autant, quel était le but de cette conférence de presse fixée en fin de semaine et dont les propos seront rendus par les chaînes de TV, les radios et la presse écrite ?
«A mi-parcours des consultations avec les partis politiques, les associations, les groupes économiques, les personnalités historiques de la guerre de Libération nationale et de l’Indépendance, les universitaires consultés pour leur personnalité et pour leur expertise, je peux vous affirmer que les rencontres qui ont eu lieu se sont déroulées dans le meilleur climat possible.»
Elles ont duré au moins une heure et jusqu’à deux heures, tout le temps souhaité par les intervenants : «Nous avons écouté les propositions de chaque parti, personnalité, association ; nous avons retenu les avis et nous avons développé nos arguments». Ahmed Ouyahia a noté que les réunions ont permis d’évaluer que les 64 rencontres ont rassemblé 75 personnalités, «22 partis sur les 50 qui ont répondu à l’invitation du Président de la République ont déposé leurs propositions. Je vous informe que Hasan Khatib, le chef de la wilaya IV historique a été reçu hier.»
La Constitution, aujourd’hui ?
L’ancien Premier ministre, ancien chef de parti a posé lui-même la question et y a répondu : «Il y a l’opportunité». Rappelons que le projet de révision de la Constitution est sur la table depuis 2011 en même temps que le lancement des réformes initiées par le Président Abdelaziz Bouteflika. Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation a été chargé de mener les contacts utiles, puis Abdelmalek Sellal, le Premier ministre a rencontré les partis et des experts ont été désignés pour rédiger le texte. Le Président aurait pu convoquer une conférence nationale pour en discuter le contenu, mais des expériences antérieures ne militaient pas en ce sens.»
«La situation de 2014 est différente de celle de 2011. Des changements ont eu lieu. Aujourd’hui, la sécurité s’est généralisée sur le territoire national», confie Ahmed Ouyahia. «Le programme électoral du candidat Abdelaziz Bouteflika portait les projets de révision de la Constitution qui vient après la charte de la réconciliation nationale, le retour de la paix civile, la réponse aux défis économiques et sociaux de la population.» Il poursuit : «L’image de la paix, c’est que 10 millions de filles et fils de l’Algérie ont passé leurs examens pendant qu’à la présidence on discutait de la Constitution.»
«La révision constitutionnelle de 2014 est la seule, avec celle de 1976, à se dérouler en temps de paix», remarque le chef de cabinet du Président.
Les objectifs ?
«Nous voulons faire la démonstration qu’une démocratie pluraliste fondée sur les libertés et les droits est à l’œuvre en Algérie parce que c’est une volonté populaire exprimée le 17 avril 2014. Cette révision vise à renforcer le front intérieur. D’autre part, la sécurité est assurée par l’ANP et les autres forces de défense nationales ; l’indépendance financière est réelle».
Qui participe ?
Ahmed Ouyahia a rappelé que les invitations ont été envoyées «aux organisations et personnalités représentatives de la politique et de la société ; avec les libérateurs et recouvreurs de la souveraineté nationale, les dirigeants de la période d’après la libération, les personnalités nationales, le Cnes, le HCI, le Croissant-Rouge.
Nous avons rencontré 32 partis sur les 64 dont 10 de l’opposition parmi eux le FFS, le plus vieux parti d’opposition, depuis 1963 !» Les journalistes ont noté que tous les segments de la société ont été invités à «relever les défis qui se dressent devant l’Algérie et son avenir.» A ce jour, les partis participants représentent plus de 80% des électeurs ; plus de 95% des élus locaux.
Le Président veut le débat
«Le Président de la République tient absolument à ce que cette révision de la Constitution se fasse dans les meilleures conditions. Pas de limite aux propositions, pas d’exclusive», affirme l’ancien Premier ministre.A une question sur l’invitation d’El Hachemi Sahnouni et Madani Mezrag, M. Ouyahia a rappelé que le premier avait eu le courage de se présenter à la télévision nationale pour mettre en garde contre les agissements des dirigeants de l’ex-FIS», il constate que «les salafistes sont une composante de la société algérienne, c’est la vérité.»
Pour autant, les invitations ne sont pas dictées par «une intention de manipulation de l’opinion ou des organisations ou de quiconque ; elles permettent de construire un consensus autour des défis qui se posent au monde ; un monde peu sûr, en perpétuel changement : comment faire face sans l’union de toutes les forces du pays ?»
Ahmed Ouyahia est convaincu que le Président Bouteflika aurait aimé mener lui-même ces débats. Il y a ceux qui boycottent les débats au prétexte qu’il faut passer par une période de transition ; «cette transition, l’Algérie la dépassée, au prix du sang de ses enfants ; voyez ce que sont devenus les pays des Omeyyades et des Abbassides. Il y en a qui demandent l’amnistie générale, mais c’est demander l’anarchie ! L’appel à la rue pour imposer son point de vue est devenu impopulaire.»
L’opposition participe aux discussions
«Il y a les boycotteurs et il y a les opposants. Ces derniers apportent leur pierre à l’édifice constitutionnel. Que demande l’opposition ? La séparation des pouvoirs, l’indépendance des magistrats, les libertés et la démocratie. Tous ces droits seront codifiés ainsi que la place et le rôle de l’opposition. Dans le cadre de la loi.»
Le rôle de l’ANP
«Le rôle de l’ANP est de protéger la nation et de veiller à l’intégrité du territoire national. Elle est intervenue par le passé lorsque les politiques ont failli à leur mission. Elle lutte fermement contre le terrorisme. L’ANP agit pour que le vœu des Algériens de voir leurs responsables politiques prendre leurs responsabilités soit réalisé.» Au terme de la conférence de presse, il est évident qu’Ahmed Ouyahia a réussi son examen devant les journalistes.
En excellent communicateur, il a passé le message qui lui paraît juste à ce moment de la vie politique algérienne : «La révision de la Constitution est en bonne voie ; tous les segments de la société y participent. L’Algérie sera plus forte et son peuple plus sûr dans une situation politique apaisée. On a aussi compris que la porte restait ouverte à tout homme politique, organisations invités qui le souhaitent dans la limite des invitations lancées.