La menace de grève des contrôleurs aériens français qui planait depuis quelques jours en France, s’est concrétisée vendredi à quelques jours des grandes vacances, après que deux syndicats de contrôleurs aériens ont appelé à la grève, du 24 au 29 juin, pour protester contre les moyens «insuffisants» accordés à la navigation aérienne.
Les syndicats manifestent aussi leur opposition à la réforme du contrôle aérien européen, d'inspiration «très libérale», que la Commission européenne a présentée le 11 juin.Pesant au total plus de 60 % des effectifs des contrôleurs du ciel, ces deux syndicats, le SNCTA et l'UNSA-ICNA ont déposé un préavis pour un mouvement qu'ils promettent «particulièrement suivi». «Un grand nombre d'annulations et de fortes perturbations des horaires sont à prévoir», ont-ils déjà annoncé dans un communiqué.
Ce mouvement en période de premiers départs estivaux coïncide avec le nouveau plan de financement français pour la navigation aérienne. La France a jusqu'au 30 juin pour présenter à Bruxelles son plan pour les cinq années à venir.Les syndicats reprochent au secrétaire d'Etat français aux transports, Frédéric Cuvillier, de manquer à ses engagements.
En janvier dernier, le SNCTA avait renoncé à faire grève après avoir obtenu «des garanties sur la sécurisation du financement» à cinq ans. «L'action incessante de groupes de pression, associée à une doctrine ultra libérale de la Commission européenne, empêche toute prise de décision objective des pouvoirs publics», a déploré le syndicat.Ce n'est pas la première fois que les contrôleurs aériens s'insurgent contre le projet de «ciel unique européen» de la Commission européenne.
En 2013, ils avaient «éclairci» le ciel européen de ses avions trois jours durant. Assujettis au service minimum, ils peuvent être réquisitionnés pour permettre d'assurer au minimum 50 % du trafic. Lors de précédentes grèves, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a demandé aux compagnies aériennes de réduire leurs vols.Pour les syndicats, c'est la volonté de «Bruxelles de soumettre le secteur aux lois du marché» qui a mis le feu aux poudres.
En pratique, la Commission européenne s'emploie à mettre en place un projet de «ciel unique», une «volonté récurrente depuis 2004 de la Commission européenne», dénonce Olivier Joffrin, secrétaire national de l'Union syndicale de l'aviation civile (USAC-CGT), cité par la presse. Selon lui, Bruxelles aurait opté pour «une position dogmatique». Avec le ciel unique, la Commission tenterait d'imposer «un ensemble de règlements européens pour conduire les Etats à harmoniser la navigation aérienne européenne». ½La mise en place du ciel unique me paraît très logique», a pour sa part estimé Lionel Guérin, président de la Fédération nationale de l'aviation marchande (FNAM), le Médef des compagnies aériennes.
Selon l'USAC-CGT,»la Commission européenne veut obliger les Etats et les prestataires à externaliser et mettre en concurrence une bonne partie des services de navigation aérienne, notamment les services liés aux communications et à la surveillance».Bruxelles a déjà fait voter un arsenal législatif qui découpe le ciel européen en neuf blocs pour obliger les autorités nationales du contrôle aérien à se concerter. Mais «l'harmonisation» souhaitée n'a pas eu lieu, chaque pays ayant jalousement conservé son autorité de contrôle aérien.
Pour les syndicats, l'initiative de Bruxelles pourrait, «poser des problèmes de sécurité et de dégradation des conditions de travail». Ils considèrent que «certains des services que Bruxelles veulent soumettre aux lois du marché font partie intégrante de la chaîne de sécurité de la navigation aérienne».Selon le patron d'une compagnie aérienne, «les contrôleurs ont peur que leurs conditions de travail ne soient tirées vers le bas».Pour l'USAC-CGT, les aiguilleurs du ciel français perçoivent en moyenne entre 4000 et 6000 euros bruts par mois. ½ Des salaires 20 à 50 % inférieurs à ceux des contrôleurs les mieux payés en Europe «,a-t-il indiqué.