Les autorités ukrainiennes ont annoncé mardi la reprise de l'opération militaire contre les insurgés dans l'Est de l'Ukraine, après que le président Petro Porochenko a décidé de ne pas renouveler le cessez-le-feu unilatéral, alors que la Russie a regretté cette décision et a appelé a une réunion urgente pour une sortie de crise.
«L'opération antiterroriste» a repris mardi matin, a déclaré le président du parlement Oleksandr Tourtchinov à l'ouverture de la séance de la chambre unique, précisant que «les forces armées effectuent des frappes contre les bases et les bastions des terroristes».
Le président Petro Porochenko avait décidé dans la nuit «en tant que commandant en chef des forces armées, de ne pas prolonger le régime de cessez-le-feu unilatéral», et que les forces ukrainiennes allaient «passer à l'attaque».
«Nous allons attaquer» les séparatistes qui contrôlent depuis plus de deux mois une grande partie des régions de Donetsk et Lougansk, a-t-il ajouté dans une adresse à la Nation télévisée. Dans son discours, il n'a jamais mis en cause ni même mentionné la Russie, considérée par Kiev et l'Occident comme étant en grande partie responsable de l'agitation séparatiste.
Il a rejeté la responsabilité de cette situation sur les rebelles, à qui il a reproché d'avoir rejeté son plan de paix.
Moscou regrette la décision et appelle au dialogue
Suite à la décision annoncée par Petro Porochenko de ne pas prolonger le cessez-le-feu et de reprendre l'offensive contre les insurgés prorusses, les autorités russes ont exprimé leurs «profonds regrets».
Le ministère russe des Affaires étrangères a déploré cette annonce qui, selon Moscou «ne s'est pas faite sans influence extérieure, en dépit de la position des principaux membres de l'UE», en saluant les efforts de Paris et Berlin pour maintenir la trêve.
Moscou souligne cependant sa volonté de continuer le dialogue et appelle à «une réunion urgente du groupe de contact» formé avec les Européens, disant espérer pouvoir repartir sur la base de l'accord de lundi soir finalement refusé par Kiev.
Moscou a également demandé à ses partenaires occidentaux «de cesser d'utiliser l'Ukraine comme monnaie d'échange dans les jeux géopolitiques» alors que des consultations entre les chefs d'Etat russe, ukrainien, français et allemand n'ont pas permis une prolongation du cessez-le-feu.
Les Etats-Unis et des pays d'Europe de l'Est, comme la Pologne, sont parmi les soutiens les plus actifs des autorités de Kiev depuis l'annexion de la Crimée à la Russie et les troubles séparatistes dans l'est du pays.
La violence persiste dans l'Est
Ailleurs sur le terrain toutefois, la situation apparaissait relativement inchangée par rapport aux derniers jours de cessez-le-feu, marqués par de nombreux incidents dont les deux parties s'étaient rejeté la responsabilité.
Selon des témoignages cités par des médias, des combats se déroulaient mardi matin à 30 km au sud-ouest de Donetsk, aux environs du village de Marinka. Selon un de ces témoins, des chars de l'armée ukrainienne participaient aux affrontements.
Le plus grave incident rapporté depuis l'expiration du cessez-le-feu s'est produit mardi matin à Kramatorsk, dans la région de Donetsk, où des tirs d'origine inconnue ont fait quatre morts et cinq blessés à bord d'un petit autobus, selon l'administration régionale, fidèle à Kiev, citée par l'agence Interfax-Ukraine.
Par ailleurs, une chaîne de télévision ukrainienne, Hromadske TV, a annoncé qu'une de ses journalistes, Nastia Stanko, et son caméraman, avaient été arrêtés lundi soir par des représentants de la «République populaire» autoproclamée de Lougansk.
Le cessez-le-feu, décrété par Kiev il y a dix jours, avait été violé à plusieurs reprises au cours de combats sporadiques. Selon Kiev, 27 soldats ukrainiens ont été tués et 69 blessés au cours de ces dix jours.