Le président chilien Sebastian Piñera a promulgué mardi la loi votée par les deux chambres du Parlement autorisant un retrait anticipé et partiel des fonds d'épargne-retraite privée afin d'atténuer les effets de la crise économique résultant de la pandémie.
Le gouvernement du président conservateur s'était jusqu'ici opposé à cette mesure populaire, en déposant un recours devant la justice, que la Cour constitutionnelle a rejeté mardi.
M. Piñera, qui avait qualifié le projet de loi d'"inconstitutionnel", pouvait opposer son droit de veto à cette décision, ce qu'il s'est refusé de faire.
"En tant que gouvernement, nous respectons et acceptons la décision de la Cour constitutionnelle, même si nous ne la partageons pas", a-t-il déclaré.
La semaine dernière le Sénat et la chambre des députés ont, pour la troisième fois en neuf mois, approuvé un projet de loi autorisant les Chiliens à retirer jusqu'à 10% de leur épargne-retraite privée.
Ce différend, qui oppose le président aux parlementaires et sénateurs, a déclenché une nouvelle crise politique dans le pa ys.
"Le président Sebastian Piñera s'est tiré une balle dans le pied, il a commis une erreur historique", a estimé le député d'opposition de centre-gauche, Raul Soto, après la décision de la Cour. Avec une popularité au plus bas (9%), une première depuis la fin de la dictature militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990), le président Piñera a même perdu le soutien de certains de ses alliés.
"La façon dont les décisions sont prises est non seulement technocratique, mais aussi extrêmement élitiste et avec peu de débat, or la société chilienne est aujourd'hui demandeuse de plus de démocratie et les politiques ne sont plus considérés", analyse le chercheur Marcelo Mella de l'Université de Santiago.
Le système de retraite privé au Chili a été mis en place sous la dictature de Pinochet.
Le mécanisme était pionnier dans la mise en place d'une capitalisation de retraite individuelle et constitue l'un des moteurs du système économique chilien.
Mais une réforme de ce régime, qui oblige les travailleurs à verser 10% de leur salaires sur un compte d'épargne retraite individuel, était au coeur des revendications du mouvement de contestation sociale qui a débuté en octobre 2019.
Ce système a en effet plongé de nombreux Chiliens dans la pauvreté, les condamnant à des retraites inférieures au salaire minim um (301.000 pesos, 375 euros).
De précédentes tentatives de réforme s'étaient heurtées à l'opposition de la droite et du patronat.