Avec des averses prometteuses, les Algérois ont accueilli samedi l'Aïd El Adha dans la sérénité et des voeux profonds d'une paix «inébranlable» pour le pays et une fraternité «durable» entre eux.
«L'Aïd s'annonce sous de bons auspices», commente un père de famille devant deux de ses voisins, après leur avoir présenté ses voeux de circonstance et évoqué les fortes pluies qui se sont abattues sur la capitale durant la nuit et en début de matinée.
«C'est souvent le cas, les fêtes de l'Aïd s'accompagnent de leur Baraka (bienfaits) comme en témoigne ces précipitations que nous attendions tant et qui charrient avec elles une fraîcheur bienfaitrice», lui lance un des voisins.
Après avoir accompli la prière de l'Aïd, à la mosquée «Ettaqwa» de Bab-El-Oued, ils se sont retrouvés à l'extérieur pour s'échanger les souhaits de «paix» et de fraternité», puis commenté «l'actualité» climatique avant de se quitter.
La salle de prière de ce lieu de culte ne pouvant contenir le nombre important des fidèles, les derniers arrivés sont contraints de se frayer une hypothétique place sur le trottoir, voire une partie de la chaussée mitoyenne.
Les haut-parleurs diffusant la prière de l'Aïd ont permis aux habitants alentour de s'imprégner dés la première heure de la matinée de l'ambiance religieuse de ce jour, béni pour les Algériens à l'instar du reste de la communauté musulmane qui partagent et expriment, en cette occasion, les mêmes voeux.
La scène des embrassades et autres accolades accompagnant ces souhaits est rééditée partout et tout au long de l'Aïd El Adha, au même titre d'ailleurs que celui d'El-Fitr clôturant le mois du jeûne. «Cela fait chaud au coeur de voir tant de communion et de scènes de partage qui devraient se généraliser le reste de l'année pour faire bannir celles de violence et de mauvaise humeur qui tendent hélas à s'accentuer et à prendre plusieurs formes», tient à observer un passant, traînant par la corne un mouton en attente d'être sacrifié.
Cet élan collectif de fraternité et de sociabilité s'est également exprimé pendant l'égorgement des bêtes qui ne pouvait s'exécuter sans l'entraide de deux personnes, voire plus, souvent entre voisins du même quartier.
De Bab-El-Oued à Mohamed Belouizdad (ex-Belcourt), en passant par le quartier du 1er Mai, nous avons constaté la même pratique propre à ce jour: l'égorgement se fait dans la cage ou à devant les immeubles pour certains, d'autres s'y adonnent dans les terrasses tandis que d'aucuns préfèrent la «discrétion» et la «propreté» de leur chez-soi.
Les enfants plus discrets
La scène du sacrifice attire souvent la curiosité et l'émerveillement des bambins, sans que cela ne semble représenter aucun souci à leurs aînés, comme observé à plusieurs endroits de ces quartiers.
«Moi, je ne pourrai jamais laisser un enfant d'à peine 4 ou 6 ans assister à ce genre de spectacle qui n'est pas, à mon sens, psychologiquement indiqué aux enfants», s'indigne presque un jeune homme qui dit «préférer» le recours aux abattoirs mis à la disposition des citoyens, «combien même cela est payant!».
S'empressant habituellement d'«exhiber» leurs nouveaux habits, les chérubins ont été contraints, en ce premier jour de fête, à patienter jusqu'à l'apparition des éclaircies, si bien qu'ils ont été plutôt discrets à s'aventurer à sortir sous la pluie. Ceux qui l'ont fait ont été poussés précisément par cette «avidité» à assister à la «mise à mort» d'une bête qu'ils auront appris à apprivoiser et à affectionner depuis sa présence à leurs côtés, dans le domicile familial.
En ce début de matinée, les femmes sont très peu nombreuses à sortir, affairées plutôt devant les fourneaux à préparer le repas souvent copieux, où la viande ovine s'improvise en vedette de la table. Après avoir achevé la procédure d'égorgement du mouton, certains hommes vaquent à d'autres occupations, dont la quête d'un éventuelle baguette de pain ou d'un providentiel sachet de lait.
«Nous avons pris nos dispositions en ce sens que nous avons congelé ces produits, mais si nous pouvons en trouver ce matin, ça serait bien», relève un habitant du quartier du 1er Mai qui peste contre la fermeture des commerces et la rareté de ces produits de première nécessité. «Les commerçants ont beau être avertis et sommés d'exercer les jours de l'Aïd, sous peine de sanctions, mais rien n'y fait. Pourquoi devraient-ils se soucier des besoins du citoyen», s'indigne-t-il.
Parce que les jours de l'Aïd, en sus du vendredi, sont plus propices que d'autres au recueillement à la mémoire des morts, les cimetières sont particulièrement sollicités par les proches. En ce premier jour de la fête du sacrifice, l'affluence a été néanmoins plutôt faible en raison des pluies d'une part, et à la difficulté de se libérer pour les familles ayant souscrit au rite de l'égorgement.
Devant l'entrée du cimetière de Sidi M'Hamed, au quartier Mohamed Belouizdad, un vendeur de fleurs côtoie des mendiants, des nationaux mais visiblement des ressortissants étrangers également.
Prosternés sur quelques tombes, des proches, majoritairement des femmes, prient dans un silence religieux pour le «repos éternel» des leurs. Les yeux larmoyants pour certaines, mais arborant toutes un visage empreint de gravité.
«Que Dieu ait pitié des âmes de tous les morts et puisse-t-il les accueillir dans son paradis», nous lance une vieille dame, venue se recueillir sur la tombe de ses défunts mari et fille. Elle n'a pas omis de prier aussi pour le reste de la communauté musulmane de part le monde, spécifiant les populations «martyrisées» de Syrie, de Palestine et d'Irak.
Le retour progressif du soleil devra inciter, invariablement, les enfants à se faire plus nombreux à l'extérieur et à faire entendre leurs rires contagieux et leurs gloussements, rompant ainsi avec la platitude de la matinée imposée par les fortes averses. L'après-midi sera consacrée à recevoir ou à rendre visite aux proches et voisins, et ce, comme de coutume. Il en sera ainsi également pour le second jour de la fête, voire tout au long des jours suivants.