La générale de la pièce de théâtre "Ma Tabaqqa Min Ech’Charaf" (ce qui reste de l’honneur) a été présentée jeudi au Théâtre national Mahieddine Bachtarzi (TNA) par un duo de comédiennes qui a répercuté sur les planches, les inquiétudes de la femme célibataire rangée par la peur de rester éternellement seule.
Mis en scène par Abbas Mohamed Islem, assisté par Ahmed Meddah, sur un texte de Lâamri Kaouane, inspiré d’une idée du dramaturge syrien Mamdouh Adwane, le spectacle propose une exploration profonde des différents états d’âme que connait une femme, en âge de se marier, vivant encore seule, faute de prétendant.
Cherifa, personnage extravagant campé par Sara Brahimi, vit seule dans ses tourments et ses peurs de ne jamais connaitre les joies du mariage malgré toutes les tentatives de se convaincre du contraire. Ne pouvant plus supporter l’absence de prétendant sérieux, elle hallucine et entend des voix, se retrouvant contrainte de prendre des calmants.
Un "intrus" cagoulé, interprété par Maria Amara, lui rend visite au milieu de la nuit, laissant croire qu’il s’agissait d’un voleur. Cherifa, terrifiée, lui offre tous ses bijoux qu’il refuse de prendre car il est venu chercher autre chose à Au fur et à mesure que la dialogue s’installe entre les deux antagonistes, Cherifa sent par intuition qu’elle connait son interlocuteur et se lance dans des suppositions, évoquant d’abord Hani, un charmeur auquel elle tient qui la gorge de fausses promesses, puis Adel, un autre aventurier.
Dans un échange ferme et catégorique, Cherifa, austère et prude visiblement irritée, se défendait d’être comme Amel, cette autre femme aux mœurs légères, connue de tous, et rappelait toujours qu’elle était pure refusant ces visites inopinées, nocturnes de surcroît.
La solitude et l’absence de conjoint rappellent à Cherifa sa triste réalité qui fini par s’abandonner à des impulsions intérieures démesurées qui la poussent à faire des avances malsaines à son agresseur, devenu invité.
A sa grande stupéfaction, elle découvre que son ravisseur n’était autre qu’Amel, venue récupérer un précieux collier appartenant à sa mère et qu’elle avait offert à Hani l’imposteur qui, à son tour, l’avait offert à Cherifa pour l’apaiser et l’amadouer.
"Ma Tabaqqa Min Ech’Charaf", psychodrame social aux allures d’expérience entreprise, une heure durant, par Abbas Mohamed Islem, conseillé sur le plan technique par Mustapha Alouane, vise à "repousser davantage les limites du débat autour de sujets qui demeurent encore inaccessibles sur le plan social", explique le metteur en scène.
Dans un décor signé Djaïeb Kamel, fait de panneaux transparents suggérant un intérieur-maison, le duo de comédiens a évolué dans un espace limité et une atmosphère ramassée, créée par un éclairage feutré aux couleurs rougeâtres et sombres. "Ya nour ayniya" célèbre chanson andalouse de la regrettée Meriem Fekkaï alternant avec les bruitages stridents qui illustraient les hallucinations de Cherifa, ont bien rendu le tempérament du personnage vivant entre espoir et incertitude.
Le public, peu nombreux, a adhéré au spectacle, "Nos jeunes n’ont pas où habiter, moi-même j’ai une fille qui a refusé trois prétendants qui devaient rester chez leurs parents faute de logements personnels, elle se retrouve maintenant à endurer le même problème", a estimé une spectatrice.
Produit par la Coopérative "El Fadae" (l’espace), le spectacle "Ma Tabaqqa Min Ech’Charaf" sera présenté pour la seconde fois vendredi au TNA.