Les séminaires, journées d'études et autres congrès internationaux sur la santé se succèdent à Sétif et ne se ressemblent pas de par leur pathologie. C'est ainsi qu'après le cancer, la neurologie, l'allergologie, la chirurgie générale, c'est au tour de l'infectiologie, jeudi dernier, de traiter de ce sujet d'actualité depuis l'ère des temps avec l'organisation de la 8e édition de sa Journée internationale.
L'auditorium Mouloud Kacem Naït Belkacem de l'université Sétif 1 d'El Bez a abrité cette 8e Journée internationale d'infectiologie traitant cette année du sujet scientifique brûlant d'actualité de maladies émergentes telles que le coronavirus, Ebola etc.
C'est en présence du représentant de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) en Algérie, le Pr. Mba Keita, du président du comité d'organisation, le Pr. Abdelmadjid Lacheheb, du directeur de la santé et de la population de la wilaya de Sétif, d'éminents spécialistes et conférenciers venus de l'ensemble du pays et de France que le recteur de l'université Sétif 1, Djenane Abdelmadjid, a donné le coup d'envoi de cette rencontre scientifique où il n'a pas manqué de souligner toute son importance sur le plan sanitaire.
Intervenant à cette occasion, le représentant de l'OMS en Algérie, s'est déclaré très satisfait de sa présence une seconde fois à Sétif pour débattre d'un sujet aussi important, '' à un moment dira-t-il, où nous assistons à l'émergence de nouvelles maladies et à la résurgence d'autres qu'on avait pensé avoir éradiqué à tout jamais. Tous les Etats aujourd'hui ont pris conscience de l'importance et de l'ampleur de la maladie à virus Ebola''. '' Cette rencontre, ajoute-t-il, va profiter à enrichir vos connaissances, débattre de beaucoup de maladies et renforcer le système de santé pour les combattre plus efficacement''.
Evoquant cette rencontre de santé publique, le Pr Lacheheb nous déclare: '' Cette Journée, la 8e du genre entre dans le cadre de la formation médicale continue. Le sujet de cette année traite des maladies émergentes. Cette maladie est un problème de santé publique mondiale parce que ces maladies se caractérisent d'abord par leur survenue à n'importe quel moment.
Elles ne s'annoncent pas. Elles peuvent survenir n'importe où et quelque soit la performance du système de santé et de surveillance le plus performant où l'on peut citer un exemple des Etats-Unis qui ont été confrontés en 1999 à une maladie émergente le west lite qui est partie de l'Afrique pour arriver aux Etats-Unis. Leurs évolutions sont imprévisibles''.
Et de poursuivre : ''Nous vivons depuis 2013 la maladie à virus Ebola, ce n'est pas encore fini. C'est un problème de santé publique international. C'est pour cette raison et à cette occasion, nous avons invité deux représentants de l'OMS, qui ont accepté d'assister avec nous pour nous apporter un peu leur soutien et surtout leur expérience, dans le domaine de lutte contre ces maladies émergentes.
En Algérie, de par sa situation géographique, et par également les caractéristiques des maladies émergentes et comme je viens de le dire, aucun pays n'est épargné. Pour se préparer, c'est de la surveillance et beaucoup plus par anticipation et çà c'est difficile. Il y a un règlement sanitaire international de l'OMS qui a été mis en application en 2007 et en Algérie, il a été signé par un décret présidentiel en 2013. Ce règlement sanitaire international donne toutes les directives, les grandes lignes et les spécificités dans la prise en charge de ces types de maladies''.
''L'Algérie et aucun pays ne peut être épargné, indiquera-t-il, surtout le nôtre avec la situation géographique avec l'Afrique subsaharienne, avec l'émigration, le problème de transport, de marchandises, de personnes. Ces maladies émergentes peuvent intervenir avec l'implication de trois éléments fondamentaux.
D'abord les microbes, ils sont là avant l'arrivée de l'être humain. Il y a plus de trois milliards d'années, ils existaient déjà, ils sont toujours en perpétuel lutte avec l'homme et jusqu'à maintenant c'est eux qui gagnent la bataille. Le deuxième élément qui intervient ans ces maladies émergentes, c'est l'environnement, le changement climatique, la déforestation. Le maitre d'orchestre c'est l'homme, avec ses activités, ses mouvements, le déplacement rapide, on est en incubation d'une maladie à Sétif aujourd'hui, le lendemain on est aux Etats-Unis, en Europe et on peut transporter ces maladies très rapidement. C'est un problème international.''
'' C'est fondamental, insiste-t-il, la détection aussi à temps d'une maladie est très importante. L'Anticiper reste très difficile. Ces maladies épidémiques d'une façon générale, c'est de détecter le premier cas. Dès nous avons le premier cas d'une maladie émergente, l'information doit circuler non seulement à l'échelle nationale, mais internationale, pour que tout le monde se prépare.
C'est ce qui est passé avec l'Ebola, l'information a été transmise à tous les pays. Ces derniers ont appliqué les recommandations de surveillance, de détection. Nous restons toujours vigilants et à aucun moment, nous devons baisser les bras, parce qu'aujourd'hui c'est l'Ebola, demain on ne s'est pas ce qui nous attend. Le problème de la santé, et notamment en matière de ces maladies émergentes, n'est pas un problème particulier à la santé, c'est un problème qui fait intervenir les médias, car la communication est fondamentale surtout la bonne.
La plupart de ces maladies émergentes, plus de 70%, viennent de l'animal, transmis à partir des animaux. Il y a plus de 350 maladies émergentes. La prévention est fondamentale. Nous avons insisté sur les maladies qui sont autour de l'Algérie''
L'Algérie dispose d'un certain nombre d'atouts
Interrogé en marge des travaux de cette journée, le Pr. Mba Keita représentant de l'OMS en Algérie nous fera part de ses sentiments et de la stratégie mise en œuvre par l'Algérie face à ces maladies émergentes ou réémergences:'' En 2005, l'OMS pour faire face aux menaces sanitaires qui peuvent avoir une portée internationale a mis en place le règlement sanitaire internationale qui est entré en vigueur en 2007.
L'Algérie a été l'un des pays a avoir ratifié ce règlement sanitaire international, mieux l'Algérie pour montrer son engagement l'a traduit par un engagement politique fort à travers l'adoption de ce décret présidentiel du 4 aout 2013 dont le dispositif que l'Algérie met en place pour faire face à toutes les menaces de santé publique qui peuvent avoir une portée internationale.
Le second élément qui traduit cet engagement de l'Algérie, c'est aussi dans l'effectivité à travers l'élaboration d'un plan national de préparation d'alerte et de riposte face aux menaces sanitaires qui peuvent avoir une portée internationale. En troisième lieu, il faut aussi signaler que l'Algérie est l'un des rares pays, le seul pays de l'Afrique OMS à avoir traduit ce plan d'action en action réelle.
Ceci s'est vu et s'est confirmé lorsque l'Algérie a recensé quelques cas de coronavirus du Moyen-Orient que l'Algérie a su vite juguler à travers un dispositif renforcé, mais également par la mise en place renforcé de ce dispositif lorsqu'il y a eu les menaces qui étaient liées à l'épidémie de la maladie à virus Ebola qui a touché un certain nombre de pays d'Afrique de l'Ouest, dont un pays proche de l'Algérie. Mais à ce jour, fort heureusement de par la surveillance, de par la formation du personnel, nous n'avons recensé aucun cas de maladie à virus Ebola ici''.
Pour savoir où en est la situation actuellement en Algérie pour ce qui est de ces des maladies, notre interlocuteur souligne : '' Pour ce qui est des maladies émergentes et réémergences, je pourrai dire que ceci passe d'abord par une surveillance accrue parce que sans la mise en place d'un système de surveillance épidémiologique, on ne peut savoir quelles sont les tendances évolutives, l'Algérie dispose d'un certain nombre d'atouts dans ce sens et je ne citerai que trois : la qualité des ressources humaines dans le domaine médical, le faite d'avoir aussi des laboratoires qui sont de niveau élevées P3 dans la classification internationale qui font partie des laboratoires qui sont au top niveau en matière de diagnostic et de surveillance, et en troisième lieu le faite d'avoir mis en place le dispositif qui permet à temps de détecter et de passer à la phase de riposte.''
Quant à la question de savoir si les efforts de l'Algérie sont satisfaisantes, mais est-ce aussi suffisantes, il dira : ''Pour ne rien vous cacher, personne n'est à l'abri d'une maladie ou d'une épidémie. Les pays qui sont les plus performants en la matière tels que les Etats-Unis ont connu des cas d'Ebola, malgré tout le dispositif existant. Il n'y a pas de risque zéro, mais nous pouvons dire qu'en Algérie, le système de santé qui est en place permet aujourd'hui d'assurer une surveillance, de pouvoir donner l'alerte et de passer à la phase de riposte lorsqu'il y a des menaces sanitaires qui peuvent avoir une portée internationale''.
Plus d'une quinzaine de communications animées par d'éminents spécialistes ont été au programme de cette journée où l'on peut citer :'' Les maladies émergentes en Algérie : sommes-nous prêts ?'' du Pr. R. Ait Hamouda du service des maladies infectieuses de l'EH S de Batna, '' La maladie à virus Ebola'' du Pr. P. Tattevin de Rennes en France, '' La diphtérie d'origine animale, une pathologie émergente ?'' du Dr. O. Patey, de Paris, en France, '' Les virus grippaux émergents'' du Dr. F. Derrar de l'Institut Pasteur d'Algérie, Sidi-Fredj, ''La situation du paludisme en Algérie'' du Dr. Dj. Hammadi de l'INSP etc.