Les ménages semblent dédaigner quelque peu, ces derniers jours (même si c’est très relatif), les produits alimentaires pour se focaliser, à Souk Ahras comme dans toutes les villes du pays, sur les magasins d’habits de l’Aïd, ce qui ne manque pas de créer une grande animation jusqu’à des heures tardives de la nuit.
Un mouvement de «shopping collectif», presque spontané, a transformé les nuits habituellement calmes de l’antique Taghaste en soirées animées, bruyantes et illuminées de mille feux par les innombrables vitrines.
Une animation fébrile qui ne décourage pas le moins du monde les pères de familles qui, même s’ils sortent exsangues des trois premières semaines du mois sacré, sont des milliers à faire du lèche-vitrine avec femme et enfants avant de franchir le pas (ou plutôt le seuil du magasin dans ce cas précis) pour y laisser le peu qui reste du salaire ou des petites économies.
Les moins fortunés, rebutés par la cherté des articles proposés, notamment lorsqu’ils sont importés de Turquie ou d’autres pays européens, sont contraints de se rabattre sur des produits plutôt bas de gamme de provenant de Chine.
C’est le cas de Salem Benamamria, un agent d’administration d’une cinquantaine d’années qui parvient, au bout d’un très long conciliabule, à faire admettre à son rejeton de 9 ans que le tee-shirt jaune et le short assorti qu’il vient de lui offrir sont du plus bel effet. «Que voulez-vous, dit-il, la tenue Made in Turkey affichée à 5.500 dinars était au-dessus de mes moyens».
Paraissant complètement désorientée, Aziza, une mère de cinq enfants âgés entre 8 et 16 ans, est dubitative devant les prix affichés par un magasin «chic» de la place de l’Indépendance.
«Je suis fonctionnaire, tout comme mon époux, et il nous faudra pour habiller nos enfants débourser plus de 65.000 dinarsà c’est astronomique», se désole-t-elle.
Avec la canicule de ces longues journées d’été, durant lesquelles le mercure descend rarement au-dessous des 38 degrés, les habitants de Souk Ahras optent pour les achats nocturnes, provoquant un véritable rush sur les magasins du centre-ville, notamment ceux de l’avenue de l’ALN, de la place de l’Indépendance et de la route de Tébessa, obligeant les commerçants à rompre le jeûne dans leurs commerces pour maximiser leurs ventes.
Moins pesants pour les bourses mais davantage éreintants pour les ménagères, les sacrosaints préparatifs domestiques de la fête de l’aïd el fitr ne sont pas pour autant négligés.
«La tradition à Souk Ahras nous fait obligation de préparer des gâteaux pour la fête, mais aussi d’effectuer un grand nettoyage de la maison», souligne Aziza avant de s’empresser d’ajouter que son problème «immédiat» est de satisfaire ses cinq enfants en leur offrant des vêtements qu’ils accepteront sans trop renâcler. Vaste (et onéreux) programme.