Les camionneurs centrafricains et camerounais qui desservent la route Bangui-Garoua-Boulaï (Cameroun), principal axe commercial pour la Centrafrique, ont arrêté le trafic pour protester contre les exactions des groupes armés et l'insécurité, a indiqué jeudi un syndicat centrafricain.
«Nous avons décidé de l'arrêt du trafic (...) pour protester contre les exactions des groupes armés, les actes de vandalisme de la population, et la mauvaise manière du contingent onusien du Bangladesh de sécuriser les convois» dans le nord-ouest du pays, a déclaré Gilbert Yazimongo, de l'Union syndicale des transporteurs centrafricains.
«Depuis hier, aucun camionneur n'est parti» de Bangui vers la frontière camerounaise, ni de Garoua-Boulaï vers Bangui, a affirmé un camionneur. Principale voie terrestre reliant Bangui au port camerounais de Douala, la route Bangui-Garoua-Boulaï est essentielle pour les importations de la Centrafrique, pays enclavé.
«Tout le long du corridor les hommes en armes continuent de tirer sur les conducteurs. Samedi, un conducteur camerounais a été tué. Et à chaque fois que se produit un tel incident, la population pille les camions et récupèrent les marchandises et mettent les véhicules hors d'état de fonctionner en enlevant les pièces (détachées) pour les revendre», a-t-il assuré.
Dans un communiqué, le Bureau des Nations Unies de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a condamné l'attaque d'un convoi de vivres du Programme Alimentaire Mondial (PAM) samedi dans le nord-ouest de la Centrafrique.
Le convoi, «destiné aux populations affectées par la crise», et escorté par les Casques bleus de la Minusca, «a reçu des tirs qui ont mortellement touché le chauffeur» camerounais, a confirmé OCHA.
Par ailleurs, a accusé M. Yazimongo, «le contingent du Bangladesh qui sécurise les convois se place en tête et à la fin du convoi. Il roule à vive allure, laissant les véhicules du milieu à la portée des hommes armés et des vandales».
«Nous allons observer le mouvement jusqu'à ce que le gouvernement prenne ses responsabilités et que la Minusca (force onusienne de maintien de la paix) nous dise que rien ne sera comme avant», a-t-il conclu.
Le renversement en mars 2013 du président centrafricain François Bozizé par une rébellion à dominante musulmane, la Séléka, avait plongé cette ex-colonie française dans la plus grave crise de son histoire depuis son indépendance en 1960, déclenchant des tueries de masse entre communautés musulmanes et chrétiennes.
Si la capitale connait un certain retour au calme depuis des mois, en province de nombreuses «zones grises» restent en proie aux groupes armés et au banditisme, en dehors de tout contrôle de l'administration centrale.