Culture

A cœur ouvert avec Djura : Un message d’amour et de paix

Publié par Entretien réalisé par Rachid Rachedi le 31-07-2015, 17h10 | 713
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Après 35 années d'absence, la chanteuse Djura, fondatrice du groupe mythique «Djurdjura», signe   son retour sur la scène artistique algérienne à l’occasion du 37e Festival international de musique de Timgad.

La chanteuse qui sera présente en Algérie pour une tournée de 5 jours, se produira ce soir à la salle Ahmed Bey de Constantine, demain dimanche 2 août au Casif de Sidi Fredj à Alger, le mardi 4 août à la maison de Culture de Tizi Ouzou et le mercredi 5 août au Complexe de l’artiste Abdelouahab Salim de Chenoua wilaya de Tipasa.

Née en 1952 dans la commune d’Ifigha, wilaya de Tizi-Ouzou, «Djura», de son vrai nom  «Djouhra Abouda», est considérée dans le milieu artistique comme la pionnière de la chanson berbère engagée. A l’âge de 5 ans, elle quitte l’Algérie pour s’installer en France avec sa famille. Après un cursus universitaire en Arts plastiques, suivi d’une expérience dans le cinéma en tant que réalisatrice, «Djura» se lance dans le monde la musique. Avec ses deux sœurs, elle fonde à la fin des années soixante-dix, le groupe berbère «Djurdjura».

Porté par un public admiratif et avide de leurs textes conjuguant à la fois amour, espoir, et liberté, le groupe se produit sur les plus prestigieuses scènes de France. Alors qu’elle enchaîne les succès, Djura, victime d’un drame familiale, décide de mettre entre parenthèses sa carrière d’artiste. Quelques années plus tard, elle sort une autobiographie «Le voile du silence» dans laquelle elle explique les raisons qui l’ont poussée à se retirer de l'univers de la musique.

Dans cet entretien, accordé en exclusivité à DK News quelques heures seulement après son arrivée à l'aéroport international Houari Boumediene, Djura revient sur sa carrière d'artiste mais aussi sur son histoire personnelle...

DK News: Tout d'abord bienvenue dans votre pays : après 35 ans d'absence vous rentrez finalement chez vous en Algérie. Pourquoi avoir attendu si longtemps?
Djura: Avant tout permettez-moi de dire que c'est une grande émotion pour moi de me retrouver chez moi en Algérie. En réalité, cette longue absence ne dépend pas de moi.

J’ai débuté ma carrière en 1979 et j'ai tout de suite eu un grand succès. L’ascension du groupe Djurdjura s'est faite très rapidement, c'était phénoménal. Toutefois je pense que le pays n'était pas encore prêt pour les sujets que j'osais aborder à l'époque. Jura défendait la condition des femmes, celle des immigrés, j'ai d'ailleurs réalisé un film sur le sujet intitulé "Ali au pays des merveilles", j'ai écrit sur la lutte contre le racisme, mais ce qui m'a pris le plus de temps c'était les conditions des femmes et des jeunes.

Etant moi même une femme, j'ai vécu des conditions très difficiles. J'ai quitté l'Algérie très tôt, à l'âge de 5 ans. Une fois arrivée en France j'ai dû m'adapter à cette nouvelle culture. A la maison, les traditions étaient encore très tenaces ce qui a créé un conflit générationnel. Voulant profiter de ma liberté "au sens noble du terme" j'ai rencontré de sérieux problèmes familiaux. Mon père a voulu me marier de force. J’était même promise depuis l'âge de deux ans.

Tous ces évènements ont eu l'effet d'un choc "identitaire et culturel" que j'explique d'ailleurs dans mes deux livres «Le voile du silence» et "La saison des narcisses", dans lesquels je reviens sur mon parcours d'artiste. Ces difficultés m'ont donné l'envie de lutter pour que l'Algérie devienne un pays moderne, où l'homme est la femme sont traités de manière égale.

Vous êtes connue pour votre engagement dans la défense des droits des femmes. Serait-ce la clé de votre succès fulgurant?    
Avec le recul, je pense que les thèmes abordés dans mes chansons étaient en avance par rapport à l'époque. Aujourd'hui, les générations ont évolué. Il y'a un discours neuf qui donne de l'espoir et un sens à la vie. Moi-même j'ai changé, je suis devenue maman et j'ai envie d'aider les jeunes pour que l'Algérie dont j'ai toujours rêvé puisse exister, si ce n'est pas à travers mois alors ça le sera peut-être à travers nos enfants.

Le public français vous connaît, nos compatriotes établis à l'étranger également, comment appréhendez-vous votre premier contact avec vos fans en Algérie?
J'aborde ce moment avec beaucoup de sérénité car je suis venue ici conquérir le cœur de chaque Algérien, hommes, femmes et enfants, et j'espère que je vais réussir car j'aime ce pays et les gens qui y vivent, j'espère juste qu'ils m'aimeront à leur tour.

Djura ce n'est pas uniquement une magnifique voix, c'est aussi un groupe composé d'excellents musiciens.Cela est très spécifique au groupe Djurdjura. Mon premier métier c'est réalisatrice de cinéma. Je me suis tournée vers la chanson car je voulais trouver un moyen efficace et rapide pour transmettre mes messages.

Très jeune, j'ai fait l'école du spectacle et on a trouvé que j'avais du talent pour ça, c'était naturel. Je tiens à préciser que je n'ai pas fait ce métier par vocation mais par nécessité. A partir du moment que j'ai choisi de faire de la musique, je me suis posé la question du fond et de la forme de ce que je voulais faire.

Comme je suis une créative, je désirais mettre ma patte pour faire ressortir mes goûts pour la musique classique et folklorique, et c'est ainsi que le premier groupe de World music au monde a vu le jour. La fusion entre la musique moderne et la musique ethnique, portée par de grands musiciens de différents horizons, a fait le succès de Djurdjura. Cependant, je ne voulais pas que la musique occidentale soit prédominante par rapport à la musique berbère, mais plutôt le contraire, je voulais que la musique berbère soit le pilier de ce groupe.

J’ai travaillé avec de grands artistes qui m'ont permis de faire évoluer cette musique jusqu'à la fin des années quatre-vingt. Puis à un moment, j'ai tout arrêté à cause d'un drame familial, je me suis alors consacrée à mes enfants et à l'écriture. Vers les années deux mille, j'ai décidé de faire mon comeback en donnant une nouvelle couleur au groupe Djurdjura tout en gardant la même détermination.

C’est ainsi que j'ai fait fusionner mes choristes avec des artistes comme Rabah Khalfa, le petit Moh Abdenour, Cyril Aatef, Arthur Simony, Mehdi de Speed caravane, sans oublier mon fils qui fait de la musique électro et qui j'espère apportera cette couleur jeune et moderne à la musique berbère dont je suis fière d'être l’ambassadrice.

Vous serez  en tournée pendant une semaine à Batna, Constantine, Khenchela, Alger, Tizi-Ouzou et Tipasa.  En 2014, je me suis rapproché de l'ONDA pour régler certains détails en rapport avec mes œuvres artistiques. J’avoue que j'étais très surprise de rencontrer des femmes occupant des postes de responsabilité qui m'ont bien accueillie et qui m'ont sollicitée à l'occasion pour venir me produire en Algérie. A ce moment-là, je me suis dit qu’il est temps de rentrer au pays. Petit à petit, l'idée de cette tournée est devenue une réalité. A présent mon rêve c'est de pouvoir chanter pour tous les Algériens dans toute l'Algérie.    

Quels sont vos futurs projets?
En ce moment je travaille avec les nouveaux musiciens sur un "Best of" qui devrait sortir à la prochaine rentrée, on prépare également une tournée en Europe et j'espère que j'aurais l'occasion de revenir en Algérie très prochainement. D'un autre côté, je prépare un conte musical ainsi qu’un opéra issu de mon travail de bénévole avec les jeunes.

Les médias en France ont tendance à stigmatiser les jeunes, c'est pour cela que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour les aider. Ce travail a abouti par la création de "l'opéra des cités" pour justement anoblir l'image de la cité.

Un dernier mot pour vos fans
Je suis venue pour rassembler et apporter un message d'amour et de paix. On a tous eu des déchirures et connu des souffrances depuis qu'on est petit, mais il y a un moment pour tout, même pour la réconciliation.
 

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