La France était sous le choc samedi après le carnage perpétré jeudi contre des estivants à Nice, alors que la classe politique se déchire, consommant ainsi l’unité nationale née après les deux attentats terroristes de janvier et novembre 2015.
Plus de 36 heures après la folie meurtrière d’un Français d’origine tunisienne, à bord d’un camion, qui a foncé droit ciblant une foule nombreuse d’estivants à la Promenade des Anglais, la France compte dans la douleur ses morts.
Selon un bilan, toujours encore provisoire, cet attentat, revendiqué samedi par l’organisation terroriste autoproclamée "Etat islamique (Daech), a fait au moins 84 morts, dont 10 enfants (2 Algériens) et adolescents et une femme algérienne qui était en visite familiale à Nice. Selon le Procureur de Paris, chargé de l’enquête judiciaire, le bilan pourrait encore s'alourdir avec ses 202 blessés, dont 52 en "état d'urgence absolue" qui sont "entre la vie et la mort".
Trois jours de deuil ont été décrétés à compter de samedi et les drapeaux étaient déjà en berne dès vendredi. Le gouvernement a également décidé de prolonger la durée de l’état d’urgence, qui devra prendre fin le 26 juillet.
"Un projet de loi permettant la prorogation de l'état d'urgence pour une durée de trois mois supplémentaires sera présenté en Conseil des ministres, après avis du Conseil d'Etat, mardi prochain, pour que le Parlement puisse examiner ce texte mercredi et jeudi prochains", avait indiqué vendredi le Premier ministre Manuel Valls.
Du côté de l’enquête, cinq proches de l’auteur du carnage, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, que sa famille atteste qu’il n’a aucune relation ni de près ni de loin avec la religion musulmane, ont été placés en garde à vue. Quatre hommes ont été interpellés à Nice, vendredi et samedi et son ex-femme était toujours samedi en garde à vue.
Les enquêteurs cherchent à déterminer si le tueur a pu bénéficier de complicités. Par ailleurs, la classe politique autour des questions liées à la prévention, au renseignement et à l’efficacité des moyens mis dans la lutte antiterroriste, depuis les attentats de Paris et de Saint-Denis du 13 novembre 2015, qui avaient fait 130 morts.
L’esprit du 11 janvier, qui s’était manifesté après les attentats de Charlie Hebdo et de la supérette Hyper Cacher, et l’unité nationale constituée au lendemain de attentats du 13 novembre, ont fait pratiquement long feu.
Quelques heures à peine de l’attentat, l'opposition n' pas cessé de critiquer le gouvernement, lui reprochant le manque de réalisme dans la lutte contre le terrorisme et de n’avoir pas utilisé tous les moyens, mis en place depuis 2015, pour protéger les Français.
Le président François Hollande, dont son mandat présidentielle est éprouvé par trois importants attentats terroristes, s’est dit, en réaction à ces critiques, refuser de "s'abaisser à je ne sais quelle outrance, excès".
"Si tous les moyens avaient été pris, le drame n'aurait pas eu lieu", a affirmé l'ancien Premier ministre Alain Juppé. "Bien sûr qu'il faut faire plus, qu'il faut faire mieux. D'abord en ce qui concerne nos services de renseignement", a-t-il estimé.
"On a un exécutif qui s'arc-boute sur des certitudes qui n'en sont pas, qui ne veut pas regarder une autre réalité en face", a pour sa part relevé le député (Les Républicains) Georges Fenech, président de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015.
Face à cette polémique, Manuel Valls a appelé à "faire bloc", soulignant que qu’une campagne présidentielle "ne mérite pas qu'on divise le pays".