Une personne sur deux de plus de 60 ans souffre d'une opacité du cristallin, appelée cataracte. La seule façon de traiter ce défaut de vision passe par la chirurgie. L'opération consiste à retirer le cristallin et à le remplacer par une lentille.
Chirurgie de la cataracte : une opération très fréquente
L'opération de la cataracte est l'intervention chirurgicale pratiquée le plus fréquemment en France et dans les pays développés. Rien de plus normal si l'on tient compte du vieillissement de la population et du fait que cette maladie n'a pas d'autre traitement possible. L'opération se déroule en ambulatoire : vous vous présentez le matin à jeun et une fois la cataracte enlevée (cela prend en général moins d'une demi-heure), vous rentrez chez vous le jour même avec simplement un pansement sur l'oeil, après une courte période d'observation post-opératoire.
Cette opération totalement indolore se pratique le plus souvent sous anesthésie locale : vous êtes tout à fait éveillé mais votre œil est insensibilisé avec des gouttes qui anesthésient sa surface. Dans certains cas, une piqure permet de limiter les mouvements de l'œil car vous ne devez pas bouger les yeux quand on opère. Le chirurgien fait une petite incision pour livrer passage à une sonde qui émet des ultrasons qui vont pulvériser le cristallin malade. Il implante ensuite le cristallin artificiel par cette même incision effectuée de façon à ne nécessiter aucun point de suture.
Comme le souligne le Dr Albou-Ganem, chirurgien ophtalmologiste et membre de la Société française d'ophtalmologie, "il est même désormais tout à fait possible, lors d'une opération de la cataracte, de corriger tous les défauts de vision en même temps (par exemple myopie et presbytie). Après avoir enlevé le cristallin, on le remplace par un implant multifocal qui corrige à la fois la vision de loin et la vision de près. La qualité optique des lentilles ne cesse de s'améliorer pour que la chirurgie de la cataracte soit complètement réfractive, c'est-à-dire de corriger tous les défauts de vision qui obligent le patient à porter des lunettes".A noter, en outre, que si les deux yeux doivent être opérés de la cataracte, ce sera à 8 jours d'intervalle.
Les suites de l'opération
Un traitement à base de collyres associant plusieurs principes actifs (anti-inflammatoire, antibiotique, corticoïde) est prescrit dès le soir de l'intervention. Mais, malgré la toute petite incision, l'oeil opéré reste un œil fragile. Il est donc impératif de prévoir une vie tranquille dans les 3 à 4 semaines qui suivent la chirurgie, de préférence chez soi.
Il faut éviter tout effort violent ou soulèvement de charges et ne pas se frotter les yeux (donc toute atmosphère poussiéreuse est à proscrire). Il est préférable également de porter des lunettes de soleil pendant quelque temps pour atténuer la plus grande sensibilité à la lumière, tout à fait normale après l'opération. La reprise du travail et de la conduite automobile sont souvent rapidement autorisées en fonction de l'évolution de la vue.
Les complications possibles
Les complications de l'intervention sont exceptionnelles et les infections sont rarissimes depuis qu'on utilise une injection d'antibiotiques en fin d'intervention. Mais il n'y a jamais de chirurgie sans risque : "Statistiquement, le taux de complication après une opération de la cataracte est très faible. Il est inférieur à 3 pour 1000, ce qui est très rassurant" souligne le Dr Yves Bokobza, chirurgien ophtalmologiste à Paris.
Certains "effets secondaires" sont possibles : un hématome du blanc de l'œil (qui va disparaître en quelques jours), une sensibilité accrue à la lumière, une sensation de sable dans l'œil, un larmoiement ou une vision dédoublée. Le plus souvent, ces effets secondaires régressent après quelques jours.
" En revanche, une douleur intense est anormale. Elle peut témoigner soit d'une poussée de tension oculaire, qui impose un traitement adapté, soit d'une infection ou d'une inflammation aigue, très exceptionnelles mais beaucoup plus sérieuses. Elles imposent une prise en charge urgente, le plus souvent en service hospitalier" insiste le Dr Bokobza. " Enfin, une altération de l'acuité visuelle qui fait suite à une amélioration, doit inquiéter : elle peut témoigner d'un œdème de la cornée ou de la rétine (le plus souvent transitoires) ou de complications plus graves. Il faut alors consulter sans attendre."
Cataracte : les multivitamines peuvent-elles la prévenir ?
Même nos yeux ont besoin de vitamines. Il est reconnu que les vitamines A, C, E, oméga-3, puisées dans notre alimentation contribuent à la santé oculaire à plusieurs niveaux. Elles luttent entre autres contre l'oxydation et le dépôt de lipides sur la rétine, symptôme de la DMLA. Ils préviennent aussi l'opacification du cristallin qui fait baisser la vue avec l'âge, à l'origine de la cataracte. Et sous forme de comprimés, les vitamines ont-elles également un effet bénéfique sur les yeux ?
Une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique American Academy of Ophthalmology répond à l'affirmative mais reste prudente. Ces compléments de vitamines ont fait reculer le risque de développer la cataracte chez 14 641 médecins américains.
Tous les jours de 1997 à 2011, la moitié du groupe a pris des comprimés de vitamine C, vitamine E et de bêta-carotène. L'autre moitié du panel a suivi un traitement placebo. Au final, 872 hommes du "groupe multivitaminé" ont développé une cataracte, contre 945 sous placebo, soit une réduction du risque de 9 %. Surtout le risque de souffrir de la cataracte nucléaire (cataracte qui concerne le noyau du cristallin, la forme la plus commune de cette maladie associé au vieillissement), a été diminué de 13 %.
En revanche, les chercheurs de la Harvard Medical School n'expliquent pas le lien entre les vitamines et la réduction du risque de souffrir de cette pathologie sur le long terme. Des études supplémentaires sont donc nécessaires avant de recommander des supplémentations en vitamines pour prévenir la cataracte. "Ces résultats ont besoin d'être mis en perspective avec d'autres essais sur ces compléments de multivitamines à la fois chez les hommes et les femmes", suggèrent les auteurs.
Une prudence justifiée car tous les chercheurs ne s'accordent pas sur l'efficacité de ces suppléments sur la santé oculaire et la prévention des maladies chroniques en général. Une étude de l'université de Baltimore parue en décembre dernier dans la publication Annals of Internal Medicine a conclu que ces compléments ne présentaient aucun intérêt et s'apparentaient plus à « une perte d'argent ».