La situation politique de la République démocratique du Congo (RDC) est dans une période délicate depuis que le président Joseph Kabila a annoncé un nouveau gouvernement quelques heures avant la fin de son mandat, l'opposition l'accusant d'avoir rempu le processus électoral.
La lecture de la liste du cabinet a été donnée à l'antenne de la télévision publique peu avant minuit (23h00 GMT). Selon l'ordonnance du chef de l'Etat, ce nouveau gouvernement comporte plus de 60 ministres, dont plusieurs membres de l'opposition politique signataire des accords du dialogue politique du 18 octobre dernier.
Le grand changement effectué par le président Kabila reste celui des ministères de l'Intérieur et des Affaires étrangères, où Evariste Boshab est remplacé par Shadari Ramazani à l'Intérieur, et Raymond Tshibanda est remplacé par She-Okitundu aux Affaires étrangères.
Au lendemain de l'annonce du nouveau gouvernement, des tirs nourris d'armes à feu ont retenti mardi à Lubumbashi, deuxième ville de la RDC où les forces de l'ordre sont largement déployées au dernier jour du mandat du président Joseph Kabila, selon des médias.
Les tirs ont commencé dans un quartier du sud de la ville, selon les mêmes sources. Cette zone est le théâtre d'affrontements entre manifestants et police.
Ces tirs surviennent au dernier jour de la fin du mandat du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, et qui entend se maintenir au pouvoir jusqu'à l'élection d'un successeur, contre l'avis d'une coalition d'opposition qui demande sa démission et l'instauration d'un régime politique de transition jusqu'à la prochaine présidentielle.
Kabila accusé d'avoir rempu le processus électoral
L'opposition accusele président Kabila d'avoir rompu le processus électoral et de vouloir instaurer une présidence à vie alors que l'élection présidentielle qui devait avoir lieu cette année a été reportée sine die.
Le président sortant congolais, à qui la Constitution interdit de se représenter, envisage de se maintenir en fonction dans l'attente de l'élection d'un successeur, en vertu d'un arrêt de la Cour constitutionnelle rendu en mai dernier.
La formation du gouvernement est le fruit d'un accord conclu en octobre entre la majorité et une frange minoritaire de l'opposition, rejeté par la coalition du «Rassemblement» constituée autour de la figure de l'opposant historique Etienne Tshisekedi, 84 ans.
Cer dernier a appelé le peuple congolais «à ne plus reconnaître» l'autorité de Joseph Kabila dans une vidéo mise en ligne dans la nuit de lundi à mardi, dernier jour du mandat du chef de l'Etat. M. Tshisekedi, 84 ans, invite également le «peuple à rester vigilant et mobilisé pour des actions pacifiques, conformément à l'article 64 de la Constitution».
Le président de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) déclare également donner son accord au Rassemblement, large coalition d'opposition à «pousuivre les négociations» avec le pouvoir.
Eviter la spirale de violence, négociations politiques supendues
Lancée le 8 décembre par les évêques catholiques du pays afin de trouver une sortie pacifique à la crise politique qui mine la RDC depuis la réélection de M. Kabila fin 2011 à l'issue d'un scrutin contesté, les négociations politiques en RDC ont été suspendues samedi soir.
Ces pourparlers destinés à permettre l'instauration d'un régime de transition politique associant la majorité sortante et l'opposition, étaient censés reprendre mercredi.
Le conseiller diplomatique du président Kabila, Barnabé Kikaya Bin Karubi, avait déclaré lundi que M. Kabila ne cédera pas à une pression quelconque» sinon à celle du peuple, ajoutant : «La population congolaise ne fait pas pression sur le président Kabila». la RDC, est un grand pays qui administre plus de 70 millions d'habitants qui a éré ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003. La communauté internationale multiplie les appels au calme depuis des semaines pour éviter que ce pays ne replonge dans une spirale de violence.
Le Bureau conjoint de l'ONU aux droits de l'Homme en RDC a recensé 74 arrestations dans le pays lundi alors que la police avait indiqué qu'elle ne tolérerait aucun rassemblement de plus de dix personnes.
Par conséquent, les principales villes du pays - Lubumbashi (sud-est), Kisangani (nord-est), Mbuji-Mayi (centre) - ont perdu leur mouvement. Le Bureau conjoint de l'ONU aux droits de l'Homme en RDC a recensé 74 arrestations dans le pays lundi alors que la police avait indiqué qu'elle ne tolérerait aucun rassemblement de plus de dix personnes.
Depuis 2011, date de la réélection de M. Kabila, plusieurs centaines de personnes ont été tuées dans des violences urbaines à caractère politique à Kinshasa ou ailleurs. Les dernières en date ont fait une cinquantaine de morts en septembre.
Agé de 45 ans, M. Kabila est au pouvoir depuis 2001. La Constitution lui interdit de se représenter. Son mandat s'achève mardi sans que l'élection qui devait lui trouver un successeur ait été organisée.