Culture

19e sila : Ligne éditoriale, subventions et exigences du marché...principaux garde-fous de l'édition en Algérie...

Publié par DK News le 06-11-2014, 17h24 | 168
|

La ligne éditoriale de la maison d'édition, les exigences du marché et les subventions accordées aux éditeurs constituent les trois pivots sur lesquels roule le choix par les éditeurs algériens de tel ou tel titre à présenter au lecteur.

En effet, le lecteur ne peut à lui seul définir les orientations des éditeurs qui obéissent, selon nombre d'éditeurs participant à la 19e édition du Salon international du livre d'Alger (SILA), à plusieurs facteurs dont le coût de l'ouvrage et le domaine de spécialisation.

Intervenant à cette occasion, Assia Ali Moussa des éditions Mim souligne que «la ligne éditoriale se veut l'unique critère qui oriente les choix des éditions Mim et si l'on venait à tenir compte des demandes du lectorat, le livre scolaire serait notre premier choix».

«Le lecteur n'oriente pas nos choix. Bien au contraire, les éditions Mim s'emploient à susciter l'intérêt du lectorat pour chacune de ses publications et refuse d'obéir à la loi du marché», a-t-elle indiqué rappelant que ses éditions «ont défini, depuis le début, leur propre orientation littéraire et intellectuelle dont ils ne comptent nullement dévier».

A contrario, Rachid Khettab des éditions Dar Khettab défend un autre point de vue: «Mon statut d'écrivain et de lecteur dirige grandement mes choix en tant que responsable des éditions Dar Khettab».

«Tout ce qui va en droite ligne avec mes aspirations et mes centres d'intérêt m'incite à assouvir les besoins du lecteur qui me ressemble», précise M. Khettab qui avoue que «la logique du marché joue aussi un rôle déterminant dans mes choix d'édition, c'est pourquoi nous tenons compte de ses exigences, pour peu qu'elles ne s'opposent pas aux principes des éditions Dar Khettab».

De son côté, Mounir Ben M'hidi, directeur de Joussour éditions, précise que sa maison s'est spécialisée dans le livre universitaire, évoquant «une relation harmonieuse entre ses choix et les exigences de l'Université».

Quant aux éditions APIC qui s'intéressent davantage à la littérature africaine, Karim Cheikh indique que «ce choix n'est nullement commercial. Nous publions des titres sur la littérature africaine par choix et conviction et non parce qu'elle représente un grand marché».

«L'édition est une entreprise de longue haleine et un important enjeu», a-t-il estimé. Selon Hassan Ben Naamane, directeur des éditions Dar El-Oumma, le choix de ses éditions obéit au coût d'édition de l'ouvrage, précisant toutefois que la principale orientation de sa maison d'édition est essentiellement centrée sur la publication de «livres académiques, intellectuels et politiques s'inscrivant dans la colonne de la Proclamation du 1er novembre».

Kamel Yahiaoui, directeur de l'Entreprise nationale des arts graphiques (ENAG), précise que son entreprise publie des titres dans tous les domaines.

«L'écrivain qui ne trouve pas d'éditeur nous sollicite pour que nous soumettions son travail aux comités de lecture», a-t-il précisé.

Libérer la littérature algérienne du cadre conjoncturel

Pour Assia Ali Moussa «l'édition qui n'est qu'occasionnellement sous les feux de la rampe constitue une occasion pour certains éditeurs de se faire connaître et bénéficier de subventions. Cependant, elle ne devrait pas commettre l'erreur de confiner la littérature algérienne dans un cadre conjoncturel».

Abondant dans le même sens, Karim Cheikh des Editions APIC pense que «les éditeurs conjoncturels courent après les subventions et sont loin de s'intéresser à la teneur du livre. Pour eux, chaque livre susceptible de faire l'objet d'une quelconque subvention, est bon».

L'Edition de circonstance a «permis l'émergence de plusieurs maisons qui nagent malheureusement à contre-courant», estime Mounir Ben M'hidi.

De son côté, Kamel Yahyaoui voit en l'édition «de circonstance, un signe récurrent de bonne santé qui permet de subventionner l'industrie du livre» précisant toutefois que son entreprise est présente à tous les rendez-vous.

n Sur les 500 éditeurs ayant déposé leurs titres auprès de la Bibliothèque nationale, 267 seulement prennent part au SILA dans l'attente d'une restructuration du secteur de l'édition en Algérie à la faveur de la promulgation de la loi sur le livre.


...le million de visiteurs n'est pas loin, la programmation ne fait pas l'unanimité

Comme lors des précédentes éditions, le 19e Salon international du livre d'Alger (Sila, 30 oct - 8 nov) attire un nombre impressionnant de visiteurs, avec jusqu'ici un pic de 150.000 personnes en une seule journée, intéressés sans doute par le livre, tous genres confondus, mais aussi par les quelques espaces de divertissement aménagés pour la circonstance.

Si on n'est pas loin, semble-t-il, d'un record en terme de fréquentation, avec plus d'un million de visiteurs attendus d'ici la fin de la désormais célèbre manifestation culturelle, les avis divergent parmi le public en matière d'organisation, de programmation ou bien d'animation.

Rencontrés dans les allées bruyantes du salon, des étudiants en architecture confient à l'APS se rendre au salon à la recherche "de publications scientifiques, disponibles certes dans les bibliothèques universitaires mais qui demeurent rares en librairie".

Ils disent aussi s'intéresser aux publications relatives à l'histoire, plus présentes à l'actuelle édition du Sila dédiée au soixantenaire de la Révolution armée.

Le même intérêt pour les publications académiques, on le trouve chez beaucoup visiteurs du Sila à l'exemple de Yacine, avocat, et Reda, enseignant, qui faisaient le plein de livres de droit pour l'un et de pédagogie pour l'autre, ces ouvrages étant, selon eux, introuvables en librairie.

Exclusivement portées sur le livre pour enfant et le livre parascolaire, comme bien d'autres visiteurs, deux mères de familles affirment avoir fait le déplacement juste pour faire plaisir à leurs progénitures, considérant le salon comme une "bonne et utile sortie pour les enfants", même si elles estiment que le produit proposé au pavillon jeunesse "plus cher" que dans les librairies de la ville.

D'autres sont attirés par la qualité de l'impression des ouvrages, ceux à contenu religieux notamment, lesquels continuent de bien se vendre, pour le contenu mais aussi pour l' "esthétique de la présentation", selon des témoignages.

Il arrive aussi que des étudiants, venus de loin à la recherche de références dans leurs domaines d'études, repartent bredouilles ne dénichant pas ce qu'ils les ouvrages recherchés dans ce salon et qui restent introuvables dans les rares librairies de leurs localités de résidence.

D'autre part, un grand nombre de familles rencontrées sur l'esplanade du Palais des expositions, réservée aux loisirs pour enfants et à la restauration, reconnaissent ne visiter le salon que pour les quelques animations et jeux pour proposés pour les plus jeunes.

Peu d'engouement pour les activités en marge

En plus des ouvrages universitaires, des publications parascolaires et autres dictionnaires, il y a la littérature algérienne et étrangère ou encore le livre historique.

Pour ces derniers, l'intérêt du public semble nettement moindre au regard de l'affluence, modeste, devant les stands qui leur sont réservés, une réalité constatée et confirmée à maintes reprises sur toute l'année, en dehors du Sila.

Pour un grand nombre d'étudiants rencontrés au salon, le programme de rencontres et de conférences prévu en marge de l'exposition ne suscite que peu d'intérêt auprès du public, estudiantin et autre, en raison d'un "problème de communication mais aussi de contenu", à leur avis. "La programmation est invisible pour un visiteur profane", assène l'un d'eux.

Accompagnant leurs enfants dans les espaces dédiés au public jeune, des parents déplorent par ailleurs des animations "inadaptées" et surtout un "manque d'activités liées à la lecture ou au livre", si l'on excepte un seul et unique atelier autour du livre illustré et du conte.

Spectacle d'humoriste ou de clowns, contes et dessins sont proposés aux plus jeunes alors que les parents auraient préféré trouver, pour rester dans la philosophie du Sila, une initiation à la lecture, des ateliers d'écriture pour adolescents ou un espace bibliothèque comme celui du festival international de la bande dessinée d'Alger (Fibda).

|
Haut de la page

CHRONIQUES

  • Walid B

    Grâce à des efforts inlassablement consentis et à une efficacité fièrement retrouvée, la diplomatie algérienne, sous l’impulsion de celui qui fut son artisan principal, en l’occurrence le président de la République Abdelaziz Bouteflika, occupe aujour

  • Boualem Branki

    La loi de finances 2016 n’est pas austère. Contrairement à ce qui a été pronostiqué par ‘’les experts’’, le dernier Conseil des ministres, présidé par le Président Bouteflika, a adopté en réalité une loi de finances qui prend en compte autant le ress

  • Walid B

    C'est dans le contexte d'un large mouvement de réformes sécuritaires et politiques, lancé en 2011, avec la levée de l'état d'urgence et la mise en chantier de plusieurs lois à portée politique, que ce processus sera couronné prochainement par le proj

  • Boualem Branki

    La solidité des institutions algériennes, la valorisation des acquis sociaux et leur développement, tels ont été les grands messages livrés hier lundi à Bechar par le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales Nouredine Bédoui.

  • DK NEWS

    Le gouvernement ne semble pas connaître de répit en cette période estivale. Les ministres sont tous sur le terrain pour préparer la rentrée sociale qui interviendra début septembre prochain.

  • Walid B

    Dans un contexte géopolitique régional et international marqué par des bouleversements de toutes sortes et des défis multiples, la consolidation du front interne s'impose comme unique voie pour faire face à toutes les menaces internes..

  • Walid B

    Après le Sud, le premier ministre Abdelmalek Sellal met le cap sur l'Ouest du pays où il est attendu aujourd'hui dans les wilayas d'Oran et de Mascara pour une visite de travail et d'inspection.