Régions

Formation : A Aïn Defla, les métiers de l’agriculture boudés par les jeunes

Publié par Dknews le 02-07-2015, 16h41 | 39
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Avec seulement 114 apprentis suivant une formation dans une spécialité se rapportant à l’agriculture au niveau des CFPA de la wilaya, soit moins de 1,25 % de l’effectif total estimé à près de 11.545 apprentis, Aïn Defla peine assurément à rendre le secteur agricole attractif aux jeunes.

Son statut de wilaya agricole  par excellence  que conforte une 2e place à l’échelle nationale en matière de production de pomme de terre n’a pas suffi à inciter les jeunes à opter pour l’agriculture, une situation qui pourrait, à long terme, influer sur la bonne marche de ce secteur au niveau local et régional.

Au moment où la tutelle met l’accent sur la nécessité, pour les structures de formation, de privilégier les spécialités qui tiennent compte de la vocation de chaque région et de ses spécificités, force est de constater qu’à Aïn Defla, cet appel n’a pas eu l’effet escompté, les jeunes préférant de loin les spécialités qui "collent le plus" à leur ère.

Un métier "pénible" et non "valorisé"

Pour Ramzi, un jeune de 19 ans qui vient d’achever une session de formation d’un an et demi au CFPA de Oued Chorfa (sud de la wilaya) en qualité de peintre, l’agriculture est un métier "pénible" exigeant une "grande mobilisation" et des efforts "soutenus" de la part de la personne qui l’exerce.

Selon lui, les chances de réussite dans le domaine ne sont pas garanties à cause de facteurs liés notamment à "l’écoulement de la marchandise et aux caprices du climat", citant en guise d’exemple les cas de nombreuses personnes de son entourage qui n’ont pas atteint leurs objectifs en optant pour l’agriculture.

De son côté Seif Eddine, 18 ans, qui poursuit une formation en menuiserie au CFPA de Aïn Defla 2, estime que l’agriculture exige beaucoup de moyens notamment financiers, "ce qui n’est pas de nature à inciter n’importe qui à l’exercer". Ce jeune, dont le père est menuisier, se dit "parfaitement à l’aise" dans la spécialité sur laquelle il a jeté son dévolu, faisant état des conditions difficiles dans lesquelles travaillent  les agriculteurs en ces jours de chaleur suffocante.

Pour sa part, Kouider, qui en dépit de son âge (38 ans), n’a pas hésité à suivre une formation  dans la spécialité électricité auto, soutient que l’agriculture "n’est pas valorisée sur le plan social".
Cet homme dont le père est, pourtant, agriculteur, soutient que la société n'est pas toujours encline à cette activité, faisant remarquer qu' "on ne peut réussir dans un métier donné si on ne l’exerce pas par amour".

C’est justement l’absence d’amour pour le travail de la terre et cette désaffection entre les jeunes et l’agriculture qui sont à l’origine d’une situation aussi étrange, mais très préjudiciable à l’économie au niveau de la wilaya.

Difficile de coller le discours à la réalité !

Selon le responsable du service suivi et formation à la direction de la formation professionnelle, Abdellah Benmoussa, la tentative de convaincre les jeunes à opter pour des créneaux d’activités en adéquation avec la vocation de la wilaya est "loin de constituer une sinécure".

"On a beau leur vanter les aspects positifs du secteur de l’agriculture pour tenter de les y orienter, en vain", reconnaît-t-il. Le directeur local du secteur, Nourredine Douma, souligne quant à lui que la réticence de nombreux parents à envoyer leurs enfants suivre une formation dans l’agriculture explique, en grande partie, le peu d’engouement pour les créneaux de formation offerts dans ce secteur.

Il a mis en évidence l’importance de la mise en place d’une politique de sensibilisation pour faire évoluer cette mentalité. "Il faut de tout pour faire un monde", a-t-il insisté, mettant l’accent sur la nécessité, pour la société entière, de "revaloriser le travail de la terre auprès des jeunes".

Pas d’avenir sans l’apport des jeunes

De l’avis de nombreux anciens agriculteurs au niveau de la wilaya, "il n'y aura véritablement pas de développement dans le domaine de l’agriculture sans une implication massive et active des jeunes".
Au regard de ses "spécificités , ses contraintes et sa pénibilité, l’agriculture a besoin de la fougue et vde l’énergie des jeunes pour se développer", ont-ils expliqué.

Considérant que le caractère attrayant de l'agriculture pour les jeunes générations est aujourd'hui "loin d'être évident", Ali, un agriculteur de la région de Mekhatria (5km au nord du chef-lieu de wilaya), a déclaré qu’une plus grande "reconnaissance sociale" des activités agricoles est un élément fondamental à même de redorer le blason de ce secteur et le rendre plus captivant  aux yeux des jeunes.

Il a affirmé que pour nombre de jeunes qu’il a rencontrés, l'agriculture est synonyme de "dur labeur" et de "travail archaïque réservé aux villageois", observant que le meilleur moyen d’en finir avec la pauvreté consiste, pourtant, au "retour au travail de la terre et à l’élevage".

Pour ce septuagénaire, l’agriculture d’aujourd’hui se pratique dans des conditions "assurément bien meilleures que celles prévalant il y a 30 ou 40 ans", faisant état de la réussite de nombreux jeunes (dans le domaine de l’agriculture) ayant bénéficié des dispositifs mis en place par l’Etat.

Les TIC à la rescousse

L'avancée rapide des TIC peut conduire à un regain d’intérêt de la part des jeunes pour le secteur agricole et ce à travers le renforcement de l’accès à l’information commerciale, aux techniques de production et opportunités de financement, d'après , El Hadj Aïlam , un enseignant de l’université de Khémis Miliana.

"Ils ne souhaitent certainement pas s’adonner à l'agriculture comme l'ont fait leurs grands-parents, mais de façon moderne, qui tienne compte de leur aspiration en tant que natifs de l’ère du numérique où les perceptions et les aspirations sont façonnées par les nouvelles technologies de la communication", analyse-t-il.

Si l’engouement pour la formation dans le domaine de l’agriculture a reculé, c’est en partie à cause du manque d’ "agressivité" dans le travail visant à rendre ce secteur plus attrayant, a-t-il affirmé, estimant que dans ce registre, Aïn Defla ne constitue qu’ "un échantillon parmi tant d’autres".

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